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Kebab connexion

A Istanbul, la Turquie s'apprête à recevoir une Allemagne déjà qualifiée pour l'Euro. Entre les deux nations, il existe une véritable relation d'amour, mais aussi de fierté mal placée. Reste à savoir ce qu'elles vont proposer sur la pelouse de Galatasaray, d'autant qu'il y a plusieurs intérêts en jeu.

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Les peuples turc et allemand entretiennent des relations depuis belle lurette. Ca, tout le monde le sait. Ici, il n'est point question de rentrer dans les détails pour parler des rapports qu'avaient les deux entités (Empire ottoman et IIème Reich) lors de la Première Guerre Mondiale, ni de parler de l'arrivée massive des travailleurs turcs en Allemagne pour la reconstruction du pays après la Seconde. Ni du fait que Cem Özdemir, né en Allemagne de parents turcs, soit le codirigeant du parti des Verts en Allemagne (Bündnis 90/Die Grüne).

Voici quelques exemples qui montrent que les relations germano-turques sont au beau fixe. Près de cinq millions d'Allemands passent leur été en Turquie; un chiffre croissant d'année en année, les Teutons étant la première population touristique au pays de Mustafa Kemal « Atatürk » (près de 20% du nombre total, qui est de 27 millions). Les Allemands viennent chercher le soleil turc. Les Turcs viennent chercher du travail en Allemagne. Au fil des années, on peut dire qu'au final, il y a eu intégration, en partie. Sinon, comment expliquer ce drapeau germano-turc, avec un croissant de lune et une étoile dessinés dans le corps du Schwarz-Rot-Gold allemand? Un DeuTürk-Fahne qui a été sorti durant la Coupe du monde 2006, en...Allemagne, les Turcs n'étant pas qualifiés, et ayant décidé de soutenir leur pays d'accueil. Rebelote en 2008, et ce même si les deux pays se sont affrontés en demi-finale ; la même en 2010. Voilà qui a dû faire plaisir à Joachim Löw, qui a entraîné deux fois en Turquie (Fenerbahçe en 98-99 et Adanaspor en 2000-01) et dont l'agent principal s'appelle Harun Arslan, un Turc installé en Allemagne depuis près de quarante ans.

« Chose du coeur »

Tout n'est pas rose entre les deux pays cependant. Bien que les familles soient là depuis trois générations maintenant, les Turcs ne se sentent pas vraiment intégrés en Allemagne. La plupart se sentent laissés de côté. Résultat: il y a des difficultés, ne serait-ce qu'au niveau du langage. Pour la génération actuelle, ça va encore, mais dans la deuxième, par exemple, nombreux sont ceux qui éprouvent les pires difficultés à parler la langue d'un pays dans lequel ils ont passé plus de temps que la Turquie. Conséquence: même s'il possède la double nationalité, jamais un Allemand d'origine turque ne s'affichera tel quel. Il dira spontanément: « Je suis Turc » . Rien à voir avec ce que l'on vit en France. Il ne s'agit pas ici de comparer; juste d'observer les comportements.

C'est d'ailleurs sur cette corde sensible que joue Recep Tayyip Erdogan. A l'occasion de nombreux meetings à Cologne ou encore Düsseldorf, le Premier ministre Turc a tenu à rappeler à ses compatriotes que s'intégrer en Allemagne, c'est bien, mais qu'il était hors de question de s'assimiler, de s'identifier aux Allemands: «  L'assimilation est un crime contre l'humanité » . Boum. Des propos forts, qui peuvent choquer, mais qui sont lourds de sens, puisqu'ils trouvent écho, et ce même chez les footballeurs. Ainsi Hamit Altintop avait vivement critiqué le choix de Mesut Özil de jouer pour la Nationalmannschaft plutôt que pour la Turquie. Les deux hommes, qui viennent tous deux de Gelsenkirchen, qui jouent ensemble aujourd'hui au Real et qui se considèrent comme « frères » connaissent là leur seul point de divergence. Hamit accuse Mesut d'avoir choisi l'Allemagne pour une question d'image, de business, quand lui défend une « chose du cœur » . «  Je jouerai toujours pour la Turquie. [...] Je remercie l'Allemagne pour tout ce qu'elle a fait pour moi, mais ma mère est Turque, mon père est Turc, je suis Turc » , envoie ainsi le jumeau d'Halil. Réponse de Mesut: « Ma famille est en Allemagne depuis 3 générations, je suis né ici, j'ai joué pour les sélections de jeunes ici et je me sens bien en Allemagne. Je ne peux imaginer jouer pour une autre nation que l'Allemagne » .


Kung-Fu

Le cas de Mesut Özil est en fait l'arbre qui cache la forêt. Depuis des années maintenant, les fédérations allemande et turque s'arrachent pour convaincre tel ou tel joueur d'évoluer pour ce qu'il considère être son pays. A ce petit jeu, l'Allemagne a récupéré Özil, donc, mais aussi Serdar Tasci et bientôt Ilkay Gündogan. La Turquie a quant à elle convaincu Nuri Sahin (auteur, pour sa première sélection, du but du 2-0 en toute fin de match lors d'un Turquie-Allemagne en 2005, quatre minutes après son entrée en jeu), Hakan Balta, et va faire jouer Ömer Toprak. Bref, une sale histoire d'intérêts, qui devrait atteindre son paroxysme dans quelques années, quand il faudra convaincre Emre Can, le capitaine des U17 teutons (finalistes au Mexique) d'évoluer pour l'Aigle ou pour la Lune et les Etoiles. A propos, Kebab Connexion, c'est l'histoire d'un « Turc » vivant à Hambourg qui souhaite réaliser le premier film de kung-fu allemand. Pourvu que ce soir, ça ne se finisse pas en pugilat...

Ali Farhat

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