Katie Taylor switch

Pendant longtemps, elle a mené ses deux sports préférés, la boxe et le foot, de front. Puis Katie a laissé définitivement le ballon pour régner sur les rings féminins et devenir une icône sportive en Irlande. Samedi, elle laissera la boxe amateur derrière elle et disputera son premier combat professionnel à Londres.

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Faire passer Roy Keane pour un chaton n’est pas à la portée de tout le monde. Outre la légende footballistique construite sous les couleurs du Manchester United de Sir Alex Ferguson, Keano, c’est aussi un homme pas embêté par les concessions, capable de laisser traîner un crampon – voire plus – ou les insultes sur le terrain, ou même de menacer le voisinage à la batte de base-ball et au couteau parce qu’on lui avait demandé de tenir ses chiens en laisse. Mais, un soir de novembre 2013, Katie Taylor a bien réussi à faire miauler le Roy. Tout frais adjoint de Martin O’Neill à la tête de la sélection nationale irlandaise, Keano étrenne alors son nouveau costume à l’Aviva Stadium de Dublin, pour un amical contre la Lituanie. Dans les couloirs du stade avant la rencontre, il croise la route de Katie, qui n’en mène pourtant pas large. « Roy Keane est mon héros absolu, mon modèle d’enfance, confesse-t-elle à la presse irlandaise. Je crois que c’est la première fois que je suis restée admirative face à quelqu’un, j’étais un peu faible sur mes genoux. » Et de poursuivre, en se marrant : « Je lui ai proposé un combat de boxe exhibition, mais il a gentiment décliné. »

Adoubée par Liam Neeson


Katie Taylor n’est pas n’importe qui en Irlande. Et Roy ne le sait que trop bien. Un peu plus d’un an avant cette rencontre, la demoiselle portait non seulement le drapeau irlandais lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Londres, mais écrivait aussi l’histoire en devenant la première femme championne olympique de boxe féminine, chez les moins de 60kg, ce qui lui valut d’ailleurs les félicitations surprises de l’acteur nord-irlandais Liam Neeson sur le fixe de sa maison à Dublin. Un rêve olympique pour Katie, qui arrivait à Londres auréolée d’un CV de patronne : première femme irlandaise à participer à un combat officiel de boxe en Irlande, à quinze ans, en 2001, dix ceintures de championne d’Europe de boxe amateur, quatre de championne du monde amateur, une invitation officielle à célébrer la Saint-Patrick à la Maison-Blanche en 2010 et même un moment de shadow boxing avec une certaine Michelle en 2011, lors de la visite d’État des Obama en Irlande.


« Elle aurait pu être la prochaine Marta ou Abby Wambach »


Si Katie Taylor tient Roy Keane pour modèle, ce n’est pourtant pas à cause de son petit passé de boxeur (quatre combats à douze ans, invaincu le Roy, ndlr), mais bien pour sa carrière de footeux. Car Katie, au-delà de son pedigree sur les rings, a aussi, en même temps, roulé sa bosse sur le rectangle vert, au point d’être capée à onze reprises avec la sélection nationale, en tant que milieu offensive ou attaquante, jusqu’à 2009. « Le football est mon second amour » , précise-t-elle dans son autobiographie My Olympic Dream, elle qui a appris à taper dans le ballon avec son frère Peter, d’un an plus âgé qu’elle, « à jouer pendant des heures jusqu’à ne plus voir le ballon tellement il faisait nuit » . À vrai dire, jusqu’au milieu de son adolescence, la boxe occupait même un rôle de support à son football, « comme un entraînement supplémentaire qui diversifiait ma palette de footballeuse. Ça m’a aidé à avoir un avantage physique sur les autres filles contre qui je jouais, notamment lorsque j’ai commencé à intégrer l’équipe nationale d’Irlande senior. » À en croire Olivia O’Toole, meilleure buteuse de l’histoire du foot féminin irlandais et recordwoman du nombre de sélections, Katie n’a pas fait que passer dans le monde du ballon rond. « C’était comme mettre Roy Keane sur le terrain, comme si on avait deux joueuses en plus, image-t-elle dans l’Independent, avant de dégainer les hommages. Elle aurait pu être la prochaine Marta ou Abby Wambach, une superstar du foot féminin. Elle aurait pu joueur pour n’importe quelle équipe européenne ou américaine. » Mais plus la majorité approchait, plus Katie rêvait de gloire en boxe. O’Toole se souvient notamment d’un dîner, lors d’un rassemblement entre les équipes nationales irlandaises : « Nous, les anciennes, demandions quelles ambitions les jeunes avaient dans la vie. Je pensais que Katie répondrait "jouer pour l’Irlande", mais non, elle voulait gagner une médaille d’or aux JO en boxe. Elle avait seize ans. Elle convenait que la boxe n’était pas encore une discipline olympique, mais que ça le deviendrait. »

Estelle Mossely lui a gâché 2016


Reléguant peu à peu le foot au second plan pour son intuition olympique, elle décide de se consacrer exclusivement à la boxe à partir de l’été 2010, quittant tout de même les pelouses par un triplé coupes nationales + championnat avec son club irlandais du FC Peamount United. Et rapporte avec elle quelques restes non négligeables de sa carrière de footeuse : « Ça a complété ma boxe, puisque ma force de jambes et mon jeu de jambes ont toujours représenté une part importante de ma façon de boxer. » Depuis son sacre aux Jeux en 2012, Katie Taylor a continué à frapper, remportant de nouvelles ceintures chez les amateurs (trois européennes – dont les Jeux européens de Bakou – et une mondiale), mais reste sur une année 2016 en deçà de ses standards habituels : une troisième place aux Mondiaux amateurs (battue en demi-finales par la Française Estelle Mossely) et une élimination surprise dès le premier tour aux Jeux à Rio, laissant sa couronne olympique à la même Estelle Mossely. Samedi, Katie va tenter de finir son année sur une meilleure note, puisqu’un nouveau défi l’attend : son premier combat professionnel, contre l'expérimentée Polonaise Karina Kopinska (25 combats, 7 victoires et 3 nuls), à la Wembley Arena de Londres.



Par Ronan Boscher
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Une sportive drôlement impressionnante. Respect.
On se demande qui d'elle ou de Roy Keane est plus impressionné que l'autre sur la photo
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