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Karim Benzema, l’attraction politique

L’affaire de la sextape dernièrement et maintenant ses propos sur le racisme en France. Depuis quelque temps, Karim Benzema est devenu une attraction politique. Comment ? Pourquoi ? Dans quel but ?

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C’est tombé tôt le matin. Ou tard dans la nuit, c'est selon. Aux alentours de minuit. Marca balance alors des bribes de son interview avec Karim Benzema et lâche sa Une dans la mare : «  Deschamps a cédé face à la pression d'une partie raciste de la France.  »


Pas vraiment de contexte, si ce n’est d’autres punchlines à l’encontre de Valbuena. Pas d’informations supplémentaires. Pas vraiment d’explications non plus. Juste cette phrase lourde de sens. À la machine à café, le soleil n’est pas encore levé. Les matinaliers se réveillent donc avec ce missile à tête chercheuse sous les yeux : «  Deschamps a cédé face à la pression d'une partie raciste de la France » , qui se transforme peu à peu en : «  Deschamps face à une partie raciste de la France » , et en : « Deschamps en partie raciste » pour enfin devenir quelque chose qui ressemblerait à ça : « Deschamps raciste » .

L’œuf ou la poule ?


Pourtant, non, Karim Benzema ne dit absolument pas que Didier Deschamps est raciste. Et c’est bien ce qui a fait réagir, dans un premier temps, toute la sphère médiatique. À tort. En fait, ça ne change pas grand-chose au poids de ses mots, mais Karim Benzema déclare qu’une partie de la France est raciste puisqu’elle a notamment voté pour le FN qui « a atteint le deuxième tour lors des deux dernières élections  » . Encore un raccourci. Quoi qu’il en soit, c’est une pâtisserie, une douceur pour toutes les matinales du pays. RTL avec Thierry Braillard et François Fillon, Europe 1 avec Jean-Pierre Raffarin et Benoît Hamon, France Info avec Nathalie Kosciusko-Morizet, BFM et RMC avec Bruno Le Maire, I Télé, avec encore Thierry Braillard... Bref, chacun et chacune y va de sa petite question, de sa petite citation sur l’affaire, ou même de son tweet pour ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de donner leur avis en direct sur la question. Car c’est désormais une évidence : Karim Benzema est devenu un vrai sujet politique.


À qui la faute ? Aux journalistes qui amènent le sujet ? Ou bien aux hommes politiques qui n’écartent pas la question ? À vrai dire, un peu des deux. Dans l’entourage de Bruno Le Maire, pas forcément expert de la question footballistique, on raconte qu’il « faut bien répondre à la question de l’intervieweur » . Mais on explique aussi que les propos de Benzema sortent désormais du seul cadre sportif et qu’il a donc lui-même, indirectement, poussé les politiques à réagir : « Karim Benzema vient sur le terrain des idées politiques. Si Bruno Le Maire, qui a l’ambition de représenter la France, entend ce genre de propos qui attaque ce qu’est la France, il ne peut pas dire : "Ce n’est pas mon problème." Face à un Français lambda, il lui tiendrait le même discours. » Idem chez Jean-François Copé : « Là, ça dépasse le seul cadre du sport. Il touche aux valeurs républicaines. On ne veut pas reconnaître ses propres défauts, alors on se sert d’autre chose. Je pense que c’est un alibi par rapport aux décisions qui ont été prises. »

« Arrêtez vos conneries ! »


Cette situation ambivalente a débuté le jour où la vie de Karim Benzema a pénétré la sphère judiciaire. En mars dernier, c'est Patrick Kanner et Manuel Valls qui ont ouvert la voix à leurs collègues : « Il est toujours mis en examen. Par rapport à la jeunesse, un grand sportif se doit d'être exemplaire. » Avant que François Hollande, selon une information du Canard Enchaîné, ne leur demande d’arrêter « leurs conneries » . Depuis, plus rien. Ou plus grand-chose, en tout cas. Mais voilà, les dernière sorties en date de Cantona et Debbouze, et donc maintenant celle de Benzema, auront eu raison de leurs différentes privations. Les deux mondes se sont mélangés.


Il faut reconnaître également que la plupart des réactions proviennent de la droite. À gauche, Jean-Marie Le Guen et Benoît Hamon font figure d’exception. À droite en revanche, c’est la « course au buzz, à celui qui aura le plus de reprise AFP » , selon Thomas Guénolé, politologue. Encore plus à l’approche de l’Euro, des primaires et des élections présidentielles : « C’est un sujet porteur qui fait réagir dans cet électorat. À droite, c’est un sujet qui rejoint un des deux moteurs électoraux, à savoir la réforme économique et l’identité culturelle du pays. Et depuis que Nicolas Sarkozy a ouvert les vannes en 2007, avec le Kärcher et les racailles, tout sujet où il est question de racisme, d’identité nationale est très parlant. » En d'autres mots, Karim Benzema a remis une pièce dans la machine à polémiques. Et pas sûr que les Bleus en avaient vraiment besoin.

Par Ugo Bocchi
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