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Juventus/Napoli, 26 ans après

Le 9 novembre 1986, la Juve reçoit le Napoli au stadio Comunale. C’est l’époque des Platini, Cabrini, Scirea, Maradona, Giordano et autres Carnevale. Un match fou, qui va lancer la folle course du Napoli vers son premier Scudetto.

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Il faut des matches de légende pour écrire une histoire. Celle du Napoli s’est écrite un après-midi de novembre 1986, dans l’enceinte du grand rival turinois. C’était il y a 26 ans. Certains joueurs qui disputeront demain le grand choc entre la Juve et Napoli, comme Giovinco, Vidal, Hamsik ou Cavani, n’étaient même pas encore nés. Replaçons les choses dans leur contexte. En Italie, le début des années 80 est dominé par le duel entre la Juventus et l’AS Roma. Entre 1981 et 1986, la Juve remporte quatre fois le Scudetto, la Roma une seule, mais termine à trois reprises juste derrière la Vieille Dame (avec notamment ce titre complètement fou perdu à la dernière journée contre Lecce, déjà relégué). Mais lors de l’été 1984, un certain Diego Armando Maradona débarque à Naples. Après une première saison anonyme, les dirigeants napolitains se décident à consolider l’équipe, pour que Maradona ne demeure pas seul au milieu du désert. C’est chose faite dès l’été suivant, avec les arrivées du buteur Bruno Giordano, du gardien de Vérone Garella, ou encore la montée en équipe première du jeune Ciro Ferrara. Lors de la saison 1985-86, la Juve est à nouveau sacrée championne, mais Naples fait belle figure. Maradona a d’ailleurs lancé un sacré défi à la Vieille Dame. Le 3 novembre 1985, il bat à lui seul la Juve, grâce à un coup franc dans la surface que de nombreux journalistes sportifs italiens définiront comme « le plus beau coup franc de tous les temps  » . C’est aussi une façon de dire aux Bianconeri : « Attention, l’an prochain, on va venir vous chercher » .

Vidéo
En tête, à égalité

L’été 1986 change tout. Maradona remporte la Coupe du Monde avec l’Argentine et revient à Naples avec un statut de demi-dieu. La saison commence bien pour Naples, mais aussi pour la Juve, championne d’Italie. Après 8 journées, les deux équipes sont invaincues, et à égalité en tête du championnat, toutes deux avec 12 points* (4 victoires et 4 nuls chacune). Tiens, c’est marrant, ça nous rappelle vaguement quelque chose… Le rendez-vous entre les deux équipes ressemble donc à un sacré virage. D’autant que la Juve s’est fait éliminer quatre jours plus tôt de la Coupe des Clubs Champions, en s’inclinant aux tirs au but face au Real Madrid (malgré une victoire 1-0). Ironie : un mois plus tôt, Naples s’était également fait sortir au premier tour de la Coupe UEFA, aux tirs au but, face… à Toulouse ! Mimétisme jusqu’au bout.

Ce jour-là, au stadio Comunale, l’ambiance est électrique. Le stade est plein, les tifosi napolitains sont venus en masse, à tel point que le stade se colore quasiment plus de bleu ciel que de blanc et noir. Football d’un autre temps. Aujourd’hui, le déplacement à Turin est interdit aux Napolitains. Bref. La première période ne raconte pas grand-chose, la seule véritable émotion est ce poteau frappé par Manfredonia, le joueur de la Juve. Mais à part ça, le « big match » déçoit les attentes. Dans les vestiaires, le coach turinois, Marchesi, comprend bien qu’après avoir disputé 120 minutes acharnées contre le Real Madrid, son équipe n’a plus grand-chose dans les chaussettes. Du coup, le mot d’ordre est clair : marquer un but le plus rapidement possible, pour tenter de gérer par la suite. Et ses joueurs s’exécutent. Après seulement cinq minutes en seconde période, un tout jeune Michael Laudrup profite d’une petite faute de main du gardien Garella pour scorer dans le but vide. 1-0. La Juve de Platini pense avoir fait le plus dur. Tu parles.

3 buts en 15 minutes

Le but turinois galvanise l’équipe d’Ottavio Bianchi, qui se rue littéralement à l’attaque. Maradona, avec un œil au beurre noir, prend en main les choses et dicte le jeu de son équipe. Mais en face, les Partenopei tombent sur un gardien, Stefano Tacconi, en état de grâce. En l’espace d’un quart d’heure, le portier s’offre quatre parades totalement folles. Il remporte d’abord un duel face au défenseur Renica, qui avait transpercé la défense turinoise, puis repousse un coup franc de Maradona, avant de mettre à nouveau en échec le Pibe, et de détourner au-dessus de sa barre une fusée de Giordano. Naples aurait pu en être écœuré et se résigner. Mais visiblement, ce n’est pas franchement l’esprit de la maison. A vingt minutes de la fin du match, Ferrario profite d’un cafouillage dans la surface pour foutre ce maudit ballon au fond des filets. Les Turinois réclament un hors-jeu. L’arbitre valide le but. C’est le coup de massue, et le début de l’avalanche azzurra.

Deux minutes plus tard, encore des suites d’un corner, c’est Giordano qui mitraille Tacconi avec une superbe reprise de volée. 1-2. Le stadio Comunale, toujours plus napolitain, est en fusion. Et il le sera d’autant à quelques minutes de la fin du match, lorsque Polpecina (lui aussi hors-jeu, pour la précision) inscrit le troisième but d’une jolie frappe enveloppée. Apothéose. Naples n’avait plus gagné à Turin depuis 29 ans. Une attente infinie, qui prend fin ce 9 novembre 1986. Ce succès est un déclic. Naples est désormais convaincu de pouvoir remporter le titre. Et de fait. Quelques mois plus tard, le Napoli remporte le premier Scudetto de son histoire, en terminant trois points devant la Juventus, qui devra attendre jusqu’à 1995 avant de remporter à nouveau le championnat. Depuis ce jour, Naples ne s’est imposé que deux fois à Turin : en 1988 (victoire 5-3) et en 2009 (succès 3-2), confirmant un tabou qui veut que les Turinois n’aient perdu que 7 de leurs 66 confrontations avec le Napoli à Turin. Visiblement, « tabou » est un mot que Maradona et ses potes de l’époque ne connaissaient pas.


* victoire à 2 points

La vidéo du match :
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Le quotidien Il Mattino, au lendemain de la victoire


Eric Maggiori
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