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  3. // Interview Maurice Goldman

« Jusqu'à la saison dernière, je conduisais aussi le minibus... » 



Souveraine en CFA l'an passé, l'ASM Belfort est la belle surprise du début de saison en National. Le plus petit budget du championnat doit en grande partie son succès à un homme : Maurice Goldman, 59 ans. Aux commandes du club depuis plus de dix ans, cet inconditionnel du 4-4-2 a mené ses hommes des tréfonds de la DH à la tête du National. Entretien avec un amateur de la 3e mi-temps.



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Personne n'attendait Belfort en haut du classement du National. Même pas son entraîneur ?


Bien sûr que si ! Non évidemment, je plaisante. On ne s'attendait pas du tout à ça. On est promus, on a fait des matchs amicaux pas terribles… En fait, on était même plutôt inquiets. Enfin surtout moi, les joueurs beaucoup moins. Ils ont attaqué le championnat sans pression, en étant persuadés qu'ils étaient capables d'aligner ces performances, alors que moi, j'avais surtout en tête les difficultés qu'on allait rencontrer. Et finalement, ce sont les joueurs qui ont eu raison. Tant mieux !



Les chiffres sont costauds : six victoires, quatre nuls, aucune défaite, treize buts marqués et seulement deux encaissés (entretien réalisé le 29 octobre). Pour l'instant, c'est un début de saison presque parfait. Comment l'expliquer ?


Vous avez dit le mot essentiel : « Pour l'instant » . J'ai peut-être tendance à être trop négatif, mais moi-même, j'ai du mal à l'expliquer. Je pense que je dois quand même avoir une bonne équipe. Avec les mêmes joueurs, on a quasiment tout gagné l'année dernière et on a perdu seulement trois matchs. On a commencé le National sur cette dynamique. Il faut aussi être franc. On a de la réussite. Quand vous regardez nos matchs, on est souvent en grande difficulté. Les équipes en face sont souvent bien meilleures que nous, ont la possession de balle et des occasions de buts. Mais elles n'en mettent quasiment pas une au fond. Nous, on fait le dos rond, on en plante un et on gagne le match. C'est presque toujours le même scénario.



La recette, c'est donc une dynamique positive, une bonne dose de réussite et une équipe qui se donne à fond à chaque match ?


Exactement. Mes joueurs se donnent à plus de 100%. Ils terminent les matchs rincés. Honnêtement, je suis surpris de leur débauche d'énergie, c'est impressionnant. Le seul problème pour l'instant, c'est qu'on a beaucoup de blessés. Les gars se donnent autant à fond à l'entraînement qu'en match. Et pour l'instant, ça paye.



Quand vous êtes en tête, vous n’avez même pas l’impression d’entraîner. Tout est facile.



De quoi revoir à la hausse vos objectifs et viser plus que le maintien ?


On vise le maintien. Vous savez, ce n'est pas rare de voir des promus qui commencent très bien, mais qui ont énormément de mal à finir. On sait que ça va être difficile. Et puis notre effectif n’est pas très fourni, alors que le National est un championnat très difficile. Mais bon, j'ai envie de dire ce que tout le monde me dit : « Ce qui est pris n'est plus à prendre. » Pour l'instant, on engrange les points, et l'idéal serait d'être maintenu le plus tôt possible. Tout roule jusqu'à aujourd'hui, mais je sais que ça va changer.





Justement, redoutez-vous les prochains matchs et la possibilité de voir votre équipe chuter au classement ?
C'est dans l'ADN de Belfort de lutter et de s'arracher pour se maintenir, donc on sait ce qu'il faut faire pour y arriver. Les joueurs sont prêts. J'ai vraiment un super groupe, avec un désir de progresser incroyable et qui s'arrache à chaque match. Pour moi, c'est facile. Quand vous êtes en tête, vous n'avez même pas l'impression d'entraîner. Tout ce que vous décidez fonctionne, les entraînements se passent bien, les joueurs que vous ne prenez pas ne vous disent rien … Mais il faudra savoir gérer les moments plus difficiles, quand certains joueurs vous regarderont différemment, quand le président commencera à douter de vos compétences… Un entraîneur n'est reconnu qu'en fonction de ses résultats.





Quel est votre discours dans le vestiaire ? Vous leur demandez de ne pas s’enflammer ?


On parle souvent des causeries, de la mythologie des causeries. Quand on est derniers, je mets généralement trois posters dans le vestiaire : un pour l'équipe, un autre pour les coups de pied arrêtés, et un dernier pour expliquer le plan de jeu aux joueurs. Le tableau est bien rempli. Mais quand on est premiers, je ne dis presque plus rien, il n'y a plus de troisième tableau. La causerie est facile et très courte. Je leur demande de poursuivre la dynamique, de faire les mêmes efforts que le match précédent, et de gagner. On attaque chaque match avec l'idée de le gagner. Après, si un jour on se prend une branlée, il faudra sûrement que je change mon discours (rires). On sait que ça peut tourner rapidement.





L'une des forces de votre équipe, c'est également que les joueurs se connaissent bien. L'effectif ne change quasiment pas d'une année sur l'autre.
C'est vrai. Cet été par exemple, deux joueurs sont partis, en Ligue 2, et quatre jeunes sont arrivés. Ça fait douze ans que j'entraîne Belfort et plus de la moitié de l'effectif était déjà avec moi en DH. Se retrouver en National douze ans après, c'est juste impensable. On a franchi les étapes ensemble, pas à pas. On a tout connu, des années où on a arraché notre maintien lors du dernier match. Et le groupe n'a jamais implosé.

Comment s'est passée votre arrivée à Belfort ?
À l'époque, j'entraînais un petit club de DH à côté de Belfort, et le coach de Belfort était prof d'EPS, comme moi. Et un jour, très concrètement, il a craqué. Il n'en pouvait plus et m'a demandé si je pouvais prendre sa place sur le banc de Belfort. J'ai accepté et j'ai vraiment eu de la chance. Car, d'une part, beaucoup de ses joueurs sont partis, et d'autre part, les 18 ans Nationaux, qui étaient très prometteurs, sont passés en seniors. On est monté tout de suite. J'ai accompagné cette génération. Maintenant, beaucoup ont 30 ans, et on est en National. C'est fou. Il ne faut pas oublier que l’on a tout connu, et notamment quelques galères.

Si l’attaquant d’Yzeure marque, on descend. Heureusement, il a tué trois pigeons au-dessus de la transversale.

Comme en 2013 où vous étiez très proches de descendre en CFA 2...
Exactement ! On se sauve lors du dernier match, contre Yzeure, avec quasiment la même équipe que cette année. Je m'en souviens très bien. On avait besoin d'un match nul. À la 94e minute, l'avant-centre d'Yzeure se retrouve tout seul face à notre gardien. S'il marque, on descend. Heureusement, il a tué trois pigeons au-dessus de la barre transversale, et on s'est maintenu. C'est ce qui fait le charme du foot, vous ne pouvez jamais savoir si vous allez perdre ou gagner le match. Même si parfois, c'est très difficile.

Pendant les périodes plus compliquées pour Belfort, vous avez déjà pensé à arrêter et à laisser tomber le foot ?
Bien sûr. Comme tous les entraîneurs. Parfois, c'est vraiment très compliqué. Tu peux avoir des périodes très difficiles, où chaque choix se retourne contre toi, chacun de tes remplacements amène un but de l'équipe adverse. Je suis prof de sport, et je pense que ça m'a toujours aidé. Ça me permet de penser à autre chose et surtout, de relativiser. C'est mon sas de décompression. Et puis si le club me vire, au moins, j'ai une roue de secours (rires). Sincèrement, j'ai aussi de la chance d'être dans un club comme Belfort où j'ai la confiance de mon président. On s'est souvent retrouvés au fond du classement au milieu du championnat, mais au lieu de me virer, mes dirigeants m'ont toujours dit qu'ils feraient les comptes à la fin de la saison. Et finalement, j'arrivais toujours à m'en sortir.

Parlons un peu tactique. Vous êtes fidèle depuis toujours à votre 4-4-2, alors que ce système à deux pointes est de moins en moins utilisé. Pourquoi ?
J'ai toujours fonctionné avec ce système que j'apprécie. Je trouve qu'il permet de bien quadriller le terrain. Les couloirs sont occupés quand vous perdez le ballon et vous pouvez bien vous projeter en contre. En National, on est presque toujours dominés et c'est logique, car on n’a pas une équipe de stars. Avec ce système, on est bien placés pour récupérer le ballon. Bien sûr, si ça ne marche pas, je serai sûrement amené à changer. Mais les joueurs ont leurs repères dans ce système qui nous permet d'être dangereux même en étant dominés. Par exemple, quand on a joué contre Chambly, on a pris un sacré bouillon, surtout au niveau de la possession de balle, mais on a réussi à les contenir et à se projeter devant. Pour l'instant, on a une équipe de contre. On joue avec nos armes. Tout le monde aimerait jouer comme le Barça, mais ce n'est pas possible.

Vous êtes très lucide sur le niveau de jeu de votre équipe.
Les résultats ne suivront pas si vous commencez à surévaluer votre équipe. Et vous ne pouvez pas demander l'impossible à vos joueurs. Nous, on a, en plus, la chance d'avoir beaucoup de réussite pour l'instant.

De la réussite, mais également une défense de fer avec seulement deux petits buts encaissés en dix journées. Quelle est la clé ?
Tout le monde est concerné à la perte du ballon, nos attaquants font un travail défensif remarquable. Ça ne veut pas dire que j'ai un système défensif, mais que mes joueurs s'arrachent sur chaque ballon pour essayer de le récupérer. On peut aussi compter sur une charnière centrale de très grande qualité et un super gardien.

Vous êtes-vous inspiré d'autres entraîneurs au cours de votre carrière ? De modèles de jeu ?
Bien sûr. Le seul moyen de progresser, c'est d'aller voir ce qu'il se fait ailleurs. J'habite à vingt kilomètres de Sochaux et je ne fais pas 50 heures par semaine comme prof de sport. Ça me laissait du temps jusqu’à cette année. Donc de temps en temps, j'allais voir les entraîneurs de Sochaux, lorsque le club était en Ligue 1. J'ai assisté aux séances d'entraînement de Lacombe, Perrin, Gillot, Renard… et j'ai appliqué certains détails à mon équipe. Ça m'a permis de progresser et d'avancer, en même temps que mes joueurs.

Quel regard portez-vous sur Sochaux aujourd'hui ? Si on fait un peu de fiction et que les deux clubs continuent sur leur lancée, on peut imaginer que Belfort sera en Ligue 2 l'an prochain et que Sochaux sera en National. Possible ?
Ah non, c'est impossible et inenvisageable (rires). Sochaux va se maintenir sans problème, et nous, on aura beaucoup de mal à monter. Et si jamais on est promus en Ligue 2, on est dans la merde (rires). Le budget n’est pas là, le terrain ne sera pas bon pour la Ligue 2... Si jamais on monte, j'espère que ça ne fera pas un deuxième Luzenac…

À Belfort, il paraît que vous ne vous contentez pas de diriger les joueurs, mais que vous conduisez également le bus de l'équipe ? C'est vrai ?
C'est fini depuis cette année ! Avant, on se déplaçait avec deux minibus. J'en conduisais un et le président le deuxième. On a toujours fonctionné comme ça.

La 3e mi-temps est sacrée à Belfort. C’est important de se retrouver après les matchs, qu’importe le résultat.

La légende raconte également que vous sortez avec les joueurs les soirs de victoire ?
C'est vrai que la 3e mi-temps est sacrée à Belfort. Plus sérieusement, c'est important de se retrouver après les matchs, qu’importe le résultat. Ça renforce la cohésion de l'équipe. C'est un tout. Dans le même registre, il y a eu notre séjour à Tahiti en novembre 2013. On est parti dix jours là-bas dans le cadre de la Coupe de France. À ce moment-là, en championnat, on était à six points du premier non-relégable. Et on part à Tahiti pour la Coupe. Un jour, on est en train de discuter au bord d'une piscine avec le président, on sirote un cocktail, il fait 35 degrés… bref, on est bien. Et là, il m'annonce : « Si jamais on ne se maintient pas, c'est une fin de cycle. » Clairement, ça voulait dire : « Si le club ne se maintient pas, je te vire. » En rentrant de Tahiti, on a quasiment tout gagné. Et on est montés l'année suivante.

Vous savez où aller en cas de mauvaise série…
Exactement. En plus, c'était pris en charge par la Fédération (rires). Plus sérieusement, on a surtout vécu une aventure humaine extraordinaire en découvrant une autre culture. Ça nous a fait un bien fou.

La seule fausse note de ce début de saison, c'est l’élimination en Coupe de France ?
Oui, clairement. Et j'y suis vraiment pour quelque chose. J'ai voulu faire tourner l'équipe et c'était une erreur. C'est dommage, car je pense qu'une dynamique se crée également grâce à un bon parcours en Coupe de France.

Dans dix ans, vous vous voyez où ? Toujours à Belfort ?
Il me reste quoi, deux, trois ou quatre ans sur un banc ? Déjà, j'ai un contrat d'un an, on verra bien par la suite.


Propos recueillis par Rodolphe Ryo
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