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Julien Benhaim : « Je pense que Peybernes ne me redira jamais bonjour »

Fin mai 2015, Julien Benhaim, dix-huit ans, un jeune du centre de formation du Sporting, est mis en examen pour le cambriolage d’un de ses coéquipiers, Mathieu Peybernes. Il est suspecté d’avoir conduit le véhicule pour ses deux complices, accusés du vol, après avoir voulu vendre le butin sur Facebook... Innocenté depuis, le gamin de Bastia a largement remonté la pente. Après un contrat pro en Corse, il était prêté en janvier en Andorre, à l’Unió Esportiva Engordany, où il s’éclate. En espérant pouvoir prouver un jour sa valeur au club de son cœur.

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Bon, comment c’est, Andorre ?
C’est beau. Les gens sont très gentils. Mais j’habite en Espagne, dans les montagnes, à La Seu d’Urgell. Dans un petit appart’ refait à neuf d’un vieil immeuble. J’ai le Spar, la boulangerie, la pharmacie en bas. On dirait un peu Corte, les étudiants en moins. Je n’y suis jamais, on s’ennuie un peu. Quand on sort avec les joueurs, c’est plutôt en Andorre. Les gens sont super gentils, accueillants, souriants. Ils sont là pour passer un bon moment. C’est cool.

Niveau ballon, on se situe où ?
J’ai été très bien accueilli. Je ne me suis pas pris pour quelqu’un d’autre, j’ai appris l’espagnol, j’ai travaillé sans rien dire et ça s’est fait naturellement. Je suis à huit matchs, quatre buts et six passes décisives. En Andorre, ils m’appellent tous le crack ! Ça me fait rire. On est toujours cinquièmes sur huit. Le niveau varie. Au début, certaines équipes m’ont étonné. Je m’attendais à pire. C’est du National, voire Ligue 2. Pour ce genre de matchs, on peut avoir 400 supporters, mais ils mettent tous la pression. Il n’y a pas une seule personne qui n’est pas dans le match. Mais d’autres fois, ça peut être vraiment très nul. Là, il peut n’y avoir que dix personnes. Mais je recommanderais Andorre à n’importe quel jeune un peu en difficulté. Un an ou six mois, ça fait du bien. Tu apprends une nouvelle langue, tu connais un football différent, bien plus proche du foot espagnol. C’est une très bonne expérience.


Tu penses que ta situation s’est dégradée depuis cette fameuse affaire ?
Bien évidemment. On me faisait moins confiance, on m’appelait moins souvent. C’est compréhensible. Ce qui me fait mal, c’est de ne pas avoir eu la chance de me rattraper avec le Sporting. Je n’ai joué qu’un match, en coupe contre Quevilly. Sinon, j’ai fait trois ou quatre bancs, un à Sedan et trois à domicile. Le Sporting, c’est tout pour moi. C’est mon rêve depuis que je suis tout petit. J’espère avoir une autre chance.

« Quand j’ai compris, c’était trop tard. Je ne savais plus quoi faire, plus quoi dire, c’était compliqué. J’ai paniqué. Mais mentalement, j’étais faible. Je n’aurais pas dû y aller. J’étais dans une période difficile de ma vie, je sortais beaucoup. »

Bon, je vais te demander de revenir sur cette affaire. Pourquoi as-tu été accusé ?
Ils n’ont pas respecté la présomption d’innocence. Les flics m’ont convoqué, je ne comprenais pas vraiment pourquoi. La presse en a fait des tonnes. À l’époque, M. Bessone avait fait une vidéo en me citant. (Le procureur de Bastia raconte que « Deux jeunes majeurs ont commis un cambriolage et ont fait appel à Julien Benhaim et un autre individu pour venir les chercher » , ndlr.) Il a fait le buzz. Ça a beaucoup fait parler, ça a rendu les choses difficiles pour moi. Mais j’avais expliqué d’entrée que je n’y étais pour rien. J’ai vite compris que ce sont les personnes qu’ils avaient déjà arrêtées qui avaient sorti mon nom...


Ils avaient raconté que tu conduisais. Tu les connaissais bien ?
Que je conduisais et que je volais aussi ! Il y en a un que je connaissais bien. Il avait beaucoup de problèmes et est malheureusement décédé aujourd’hui. L’autre, je ne le connaissais pas du tout. Ils m’ont appelé pour venir les chercher à Borgo en disant qu’ils avaient un problème. Je n’avais aucune idée de ce qu'il se passait. Forcément, en bon ami, j’y suis allé.

En arrivant pour les prendre, tu ne vois pas qu’ils ont des choses avec eux ?
Si, mais pour moi, ça n’a rien d’un cambriolage. Quand j’ai compris, c’était trop tard. Je ne savais plus quoi faire, plus quoi dire, c’était compliqué. J’ai paniqué. Mais mentalement, j’étais faible. Je n’aurais pas dû y aller. J’étais dans une période difficile de ma vie, je sortais beaucoup. J’ai fait 36 heures de garde à vue. Suffisant pour me dire : « Bon, Julien, Il faut te reprendre en mains. »

« Physiquement et mentalement. Je voulais arrêter le foot. Puis je me suis battu. Et les joueurs m’ont cru, dès que j’ai donné ma version. J’ai demandé qu’on n’en parle plus. On n’en a plus parlé. »

Comment le Sporting a-t-il réagi à l’époque ?
Forcément, ils se demandaient ce qu'il s’était passé. Il y a eu une réunion au stade entre le club et mes représentants. Moi, je suis resté à la maison me reposer. Le club m’a cru. Ils disaient qu’il n’y avait pas de raison de ne pas me croire, que c’était ma parole contre les autres. Qu’ils me faisaient confiance et que je resterais au club. Ils préféraient ma parole à celle de Bessone. J’avais une pubalgie, donc je n’ai repris l’entraînement qu’après l’été, avec la réserve. J’étais un peu angoissé. Je me demandais quels regards j’allais rencontrer. Est-ce qu’ils vont me détester ? Me rejeter ? Ça a été très dur. Physiquement et mentalement. Je voulais arrêter le foot. Puis je me suis battu. Je ne remercierai jamais assez le coach de la CFA, Mickaël D’Amore. Il m’a beaucoup aidé. Et les joueurs m’ont cru, dès que j’ai donné ma version. J’ai demandé qu’on n’en parle plus. On n’en a plus parlé.

Le jour où la vidéo du procureur sort, c’est vrai que tout le monde pensait que le Sporting et toi, c’était fini...
Oui, même mes amis ! Ils me disaient : « Là, tu es foutu !  » Je disais que non. Mais après tout ça, mentalement, je ne pouvais plus m’arrêter. Au début, j’étais dernier à la course et un jour, j’ai fini premier. Là, je me suis dit qu’il fallait m’arracher. J’étais de plus en plus fort. Et j’ai fini par signer professionnel (sourire béat, les yeux qui brillent). C’était une fierté. Ça a été un combat.


Floyd Ayité est parti à Fulham, mais Peybernes était encore là. Tu as dû le côtoyer du coup. C’était comment avec lui ?
Ouais. Dans les vestiaires, sur le terrain. C’était froid. Il ne m’a pas dit bonjour et je pense qu’il ne me dira jamais bonjour. Je ne comprenais pas pourquoi, mais c’est comme ça. Je respecte ses raisons. Dans le jeu, il est resté très professionnel. S’il devait me faire une passe, il me la faisait.

Aucune petite vengeance dans le jeu ?
(Il sourit) Si ! Mais c’est le foot... Il m’a fait une belle entrée. Je ne m’en suis jamais plaint. J’avais le ballon, face à lui, j’ai fait un dribble et je me suis pris un tampon au tibia comme je n’en ai jamais pris. Je me suis relevé et c’était un peu dur pendant tout l’entraînement. Après, c’était forcément un peu froid au début dans le vestiaire, mais ce n’était pas si méchant que ça. Moi, ça allait, je savais que je n’avais rien fait. J’étais serein. C’est quelque chose qui est très loin pour moi.



Propos recueillis par Thomas Andrei
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