Espagne - Real Madrid

José s'en va-t-en guerre

La première saison de José Mourinho a radicalement changé l'identité du Real Madrid. Autrefois classieuse, la Maison Blanche est désormais une machine de guerre avec à sa tête, un homme en mission.
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Et dire que tout le monde pensait qu'il allait baisser son froc. Lors de l'arrivée de José Mourinho dans la capitale espagnole, les pronostics allaient bon train sur le fait qu'il doive se plier aux canons du beau jeu édictés depuis toujours au Real Madrid, faire profil bas devant une direction toute-puissante, fermer sa grande gueule devant la redoutable presse espagnole. La bonne blague. Le Portugais a tout dévasté sur son passage et il faut se pincer pour reconnaître le club recordman des victoires en C1. Jeu, hiérarchie, médias, « The Special One » a tout bousculé avec quelques succès mais beaucoup de dégâts aussi. Mourinho pourrait arguer que l'on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs. On lui objectera alors que l'on peut casser des œufs sans faire d'omelette. Et franchement, sur cette première saison à la tête des Merengue, on peut aussi dire que le « Mou » a cassé tout court. Les codes, les convenances et quelques adversaires, sur le pré comme en dehors. Pour un bilan immédiat très relatif : une Coupe du Roi. Mais on parle bien d'un bilan immédiat car c'est à se demander si Mourinho n'a pas aussi placé ses pions en vue de la saison prochaine.

Valdano comme « Joe le clodo »

Un proche d'un joueur francophone de l'équipe confie : « José Mourinho a mis un peu de temps à comprendre où il avait mis les pieds, à en prendre la mesure. C'est entre autre pour ça qu'il est parti au Camp Nou en novembre avec une équipe qui lui ressemblait très peu et la raclée lui a fait comprendre que sa seule chance était de revenir à ce qu'il sait faire ». Pas faux. Le 29 novembre dernier, le Real se pointe à Barcelone la fleur au fusil avec quatre joueurs à vocation offensive. Résultat : une des plus grosses branlées de l'histoire (5-0). Du coup, alors que jusqu'à ce naufrage, Madrid enchaînait les démonstrations offensives, il est vrai face à des équipes vite résignées qui interpellent sur la compétitivité de la Liga en dehors des deux monstres, Mourinho est revenu à des fondamentaux davantage dans ses standards. Une manière de mutation profonde visant à trouver sa pleine expression en fin de saison, dans le money time. Sans savoir alors que tout se jouerait en mano a mano avec le Barça. Et notre source « proche du dossier », de reprendre : « Mourinho a opéré sur le terrain en modifiant la tactique, la mentalité des joueurs mais aussi en coulisses. Vous avez vu ce qu'il a fait ? Sans être un expert du Real, on peut dire que c'est du jamais vu. Il a contraint sa direction à s'activer au mercato d'hiver en laissant Karim (Benzema, ndlr) sur le banc pour forcer la main du club avant de démolir Valdano qui n'est pas « Joe le clodo » quand même ». Ou quand Mourinho fait un putsch qui ne dit pas son nom...

Muscles blindés, injures de charretiers et défense de serrurier

Mais les méthodes insensées du natif de Setubal ont touché leurs limites face à ce terrible révélateur qu'est le FC Barcelone. Car lors de cet enchaînement incroyable de quatre Clasicos en trois semaines, le Real a été plus mourinhesque que jamais. Muscles blindés, injures de charretiers et défense de serrurier, les Madrilènes ont fait tout ce qu'il était possible, et bien plus encore, pour faire dégoupiller les Barcelonais et les entraîner sur un autre terrain que celui du jeu. Il faut être tout à fait juste, le pari n'a pas été si loin de fonctionner, en atteste la victoire en Copa del Rey au cours de laquelle le Real avait découpé sec mais aussi bien joué au foot. Le hic c'est que le modus operandi est allé trop loin, une sorte de surenchère dans l'agressivité qui a fini par être fatale, à l'image d'un Pepe, bave aux lèvres et yeux injectés de sang. Car la faute de Mourinho aura été d'oublier qu'à chaque fois qu'il a eu la peau du Barça, ses équipes avaient aussi bien joué au ballon : Chelsea lors du huitième retour de Champions' en 2005 (4-2) ou l'Inter Milan lors de la demie aller l'an passé (3-1). Obsession de la méthode virile ? Complexe face à ce Barça tellement supérieur ? Constat que son équipe n'avait collectivement aucune arme technique face à l'ennemi ? Toujours est-il que Mourinho s'est fourvoyé... pour peut-être mieux renaître.

Recrutement : « la vitesse supérieure »

Car désormais, le Portugais est seul à bord avec des pleins pouvoirs sportifs inédits dans l'histoire de la Maison Blanche. Valdano a été éjecté et avec lui, le poste de directeur sportif censé peser sur l'entraîneur. Surtout, après une année d'exercice, Mourinho a pu identifier exactement ce qu'il manque à son équipe pour aller plus haut et faire mettre un genou à terre au Barça, même si on doute que sur la durée d'un Championnat, le Real Madrid puisse vraiment faire le match avec ce monstre de régularité qu'est le Mes que un club. A moins que celui-ci ne baisse un peu de pied ce qui n'est pas tout à fait à exclure pour une formation dont la très large ossature est à bloc depuis plus de trois ans maintenant, entre le club et la sélection qui dans les deux cas raflent tout. Mais pour pouvoir profiter d'une éventuelle baisse de régime du rival de toujours, il faudra être encore plus prêt que cette saison, comme le confirme notre confident. « D'après ce que je sais, Mourinho va passer à la vitesse supérieure au milieu et en attaque car il est plutôt satisfait du secteur défensif. Il paraît qu'il procède souvent comme ça : d'abord consolider derrière avant de s'occuper de devant. Un mec du club me rappelait l'exemple de l'Inter Milan où il a mis une saison à caler son équipe avant de trouver les éléments qui font la différence devant comme Sneijder, Eto'o et Milito. Là encore, il faut peut-être s'attendre à quelques changements importants ».

Si Cristiano Ronaldo est bien sûr intouchable et si Özil a convaincu, pour le reste... Adebayor est reparti, Kaka va bientôt l'imiter et à la place de Benzema, Higuain ou même Di Maria on se ferait du souci. Idem dans l'entrejeu où, si en terme de puissance et de rigueur, Alonso, Khedira et Pepe ont fait le job, le trio a sérieusement manqué de mobilité et de créativité et là encore l'arrivée d'un milieu capable de franchir les lignes et d'animer (un Sneijder aurait été parfait mais comment imaginer que le Néerlandais refoute les crampons un jour à Madrid ?) est sérieusement envisagée. Pour l'instant, seul le prometteur Sahin est arrivé en provenance de Dortmund, moyennant une dizaine de millions d'euros. Oui, Mourinho a peut-être disposé ses pions pour aller décrocher le bazar la saison prochaine. Mais attention car compte tenu de ses nouveaux pouvoirs au club, aucun échec ne sera toléré. En venant au Real avec l'obligation de se coltiner le Barça, un adversaire d'une puissance inédite pour lui dans le cadre d'un championnat (Manchester et Arsenal entre 2004 et 2007 étaient très loin de ça, et ne parlons pas de la Serie A ou de la Liga portugaise), Mourinho doit relever le plus gros challenge de sa carrière. Celui qui peut le consacrer comme le plus grand. Celui aussi qui peut signifier sa perte...

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Seuls les 10 derniers commentaires sont affichés  Voir tous les commentaires (20)
 
  • Emmanuel
    20/06/2011 à 09:09
    + -
     
    @Black2mabite :

    "il n'y a même pas à argumenter, ses records et son palmarès parlent pour moi."

    Dans ce cas, n'argumentes pas, on s'en passera ...
  • YannBrownie
    20/06/2011 à 09:33
    + -
     
    ------ mais les barcix avec votre pensée unique vous êtes trop graves avec vos méthodes calquées sur l'UMP...
  • Lamps
    20/06/2011 à 10:16
    + -
     
    Vous abuser un peu avec le Mou : c'est quand même un excellent coach, aux manières très strictes certes, mais qui n'enlèvent rien à son talent.

    "Car la faute de Mourinho aura été d'oublier qu'à chaque fois qu'il a eu la peau du Barça, ses équipes avaient aussi bien joué au ballon : Chelsea lors du huitième retour de Champions' en 2005 (4-2) ou l'Inter Milan lors de la demie aller l'an passé (3-1)."

    --> Il ne faut pas oublier que le Mou a bénéficié d'un arbitrage fortement en sa faveur lors de ces confrontations ... Lui a tendance à l'oublier, c'est bien dommage !
  • Lamps
    20/06/2011 à 10:17
    + -
     
    Je vous autorise à me battre à mort pour mon "vous abuser" !
  • saviola07
    20/06/2011 à 11:55
    + -
     
    "Et dire que tout le monde pensait qu'il allait baisser son froc."

    Ah AH AH ah Ah !!! Très bon début d'article !!!

    S'il ne l'a pas baissé il s'est passé quoi alors ??

    Le Barça lui a fait un deuxième trou du cul ???


    Sont cons ces Pro-Mourinho !!
  • argento
    20/06/2011 à 12:06
    + -
     
    c'est ça justement Chino,je suis pas supporteur du Real ni du Barça,m'en fous completement du vainqueur,mais au niveau football suis desolé mais une equipe avec trois milieux def.je peux pas aimer,donc peut-etre Ferguson aurait gagné la champions avec 3 ausi mais il a preferé rester coherent avec son histoire et celle de son club..

    tout le contraire de Mourinho,qui gagnerait certainement plein d'autres titres,mais jamais avec la manière
  • devil007
    20/06/2011 à 12:39
    + -
     
    Crois moi Argento, en tant que supporter de united, ça nous aurait pas dérangé de gagner la champions avec 3 milieux def... La force du Mou, c'est que peu importe la pression des médias, des supporters, du staff et des footix, il met l'équipe qu'il a envie de mettre! Point barre! le seul entraîneur qui a battu le barça version guardiola en double confrontation LDC avec l'inter, le seul entraîneur qui a battu le barça de guardiola lors d'une finale... Mais bon les pro-Barça diront qu'il vaut rien...
  • Hennessey
    20/06/2011 à 13:33
    + -
     
    Exact Lou, du contre et rien qui justifie le qualificatif de "génie". Je vois vraiment pas en quoi gagner une liga la saison prochaine en ferait le "meilleur de tous les temps", vraiment du n'importe quoi. Et après on nous parle de pensée unique, mais la pensée unique acceptable ce serait pas que Mourinho est un génie et qu'il est même le meilleur de tous les temps? Dès qu'on remet en cause son "génie" on a des pucelles qui se révoltent. En même temps ceux qui le qualifient de "meilleur entraîneur de tous les temps" ne connaissent rien à l'histoire du foot, pas de quoi se révolter non plus, mais comme ces gens parlent beaucoup ça rend fou.
  • filoubifrance
    20/06/2011 à 13:55
    + -
     
    je pense qu'il faut rester objectif peu importe qu'on l'aime ou pas: Mourinho, c'est un excellent coach, fin tacticien et un bourreau de travail. J'en étais même fan à l'époque où il entraînait Chelsea, car il a vraiment fait progressé le club, comme il l'a fait à l'Inter, et bien sûr au FC Porto. En fait, son grand mérite, c'est d'avoir réussi partout où il est passé.

    Ce qui me déplaît par contre, c'est son côté conflictuel et, surtout, sa vision du football. Mourinho adapte le jeu à son équipe en fonction des adversaires qu'il affronte. Dans 90% de cas, son équipe est la plus forte; par conséquent, il peut lâcher les chevaux et pratiquer un football offensif, sans pour autant emballant.. Par contre dès qu'il affronte une équipe du niveau équivalent ou plus fort, comme cela a été le cas avec le Barça cette année et l'an dernier à l'époque où il entraînait l'Inter, Mourinho privilégie la casse, le contre, le repli défensif en attendant une éventuelle occasion pour marquer. D'ailleurs, heureusement qu'il a des mutants comme Ronaldo pour aller vite en contre et créer le danger.

    En 1994, le Milan AC a foutu un 4-0 à la Dream Team de Cryiff, partant largement outsider. Mourinho devrait s'en inspirer. L'audace est souvent recompensée.
  • macdermot
    20/06/2011 à 14:58
    + -
     
    Il n'y a que les groupies catalanes et les footix -qui des fois ne font qu'un- pour occulter le côté tactique du père José.

    Des personnes incapables de te citer les tactiques utilisés dans ses différent clubs, qui restent bloqués sur les clasicos et le match retour l'année dernière avec l'Inter (alors qu'au match aller, pas beacoup de bruit.....).