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Jonas de pique

Alors que le Brésil tout entier attend les prouesses de Neymar, c’est finalement un autre attaquant qui a fait le bonheur de la Seleçao. Jonas n’a pas de crête, ne fait pas d’elasticos, mais vient de planter un doublé contre l’Egypte. Du coup, il devient candidat à un poste de titulaire sur le front de l’attaque brésilienne.

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Il n’a pas la technique d’un Ronaldinho. Il n’a pas l’élégance d’un Hernanes. Il n’a pas la puissance d’un Hulk. Il n’a même pas la jeunesse d’un Ganso. Mais pourtant, lundi soir, il n’y en avait que pour lui. Il s’appelle Jonas. Il a 27 ans. Il y a quelques heures, il a inscrit son premier but avec le maillot de la Seleçao. Mais pour faire bien et frapper un grand coup, il a transformé ce premier but en premier doublé. Deux éclairs, pour permettre au Brésil de battre l’Egypte (2-0) et de convaincre enfin, tant sur le jeu que sur le résultat. Dans une équipe privée de la plupart de ses illustres titulaires, l’attaquant du FC Valence a eu l’occasion de briller. Mano Menezes lui a donné sa chance. Et il ne s’est pas fait prier pour la saisir.

Or, qui est donc ce joueur qui porte le même nom qu’un groupe de rock pour ados, qu’un chanteur de jazz et qu’un célèbre serial killer américain ? Comme Ronnie, il vient de Gremio. Mais l’Europe l’a découvert sur le tard. Car ce grand dadet a eu du mal à quitter le cocon familial et son pays natal. Débarqué à Valence lors du mercato hivernal de janvier 201, le Brésilien est incapable de s’imposer. S’il marque dès son deuxième match de Liga, face à l’Athletic Bilbao, il ne fait finalement trembler les filets que trois fois en cinq mois. Néanmoins, ses prestations sont bonnes, et poussent Unai Emery à vouloir le conserver, malgré l’intérêt de certaines formations européennes (Séville, PSG…). Et même si son club de Gremio tente de le rappeler avec un chant des sirènes difficile à ignorer, il résiste. Et reste.

A cinq dixièmes près

Septembre 2011. Episode II. S’il ne convainc toujours pas en Liga, où il est éclipsé par Soldado, il se fait remarquer en Ligue des Champions. Le 1er novembre dernier, il inscrit un but magnifique face à Leverkusen, le deuxième le plus rapide de l'histoire de la Ligue des champions, après 10 secondes et 84 centièmes. Un déclic définitif? Peut-être. Du moins, Valence l’espère. Incapable d’inscrire le moindre but en championnat d’Espagne, il en est déjà à deux en C1, compétition où il semble se transcender. Pourtant, malgré cette difficulté à enfiler les pions avec le maillot valencian, Mano Menezes l’appelle en sélection.

Sa première cape, il l’étrenne le 27 mars 2011, contre l’Ecosse. A ce moment là, il joue déjà en Espagne. Mais le sélectionneur auriverde le récompense pour l’ensemble de son œuvre. Son œuvre ? Oui. Car au Brésil, Jonas est une star. Surtout du côté de Porto Alegre. C’est là-bas qu’il a littéralement explosé aux yeux de tous, et notamment à ceux des recruteurs de Valence, séduits par ses prestations. De 2009 à 2010, il inscrit 40 buts en 73 apparitions avec la tunique du Gremio. Lors de la saison 2010, il est même sacré meilleur buteur du Campeonato Brasileiro, avec 23 unités. C’est suite à ce titre honorifique que Valence l’enrôle, espérant tenir là le digne successeur de David Villa. Pari réussi ?

Boire de l’or

En réalité, et contrairement à ce que veulent bien dire ses stats avec Gremio, Jonas n’est pas un avant-centre. C’est une deuxième pointe. Un joueur qui préfère évoluer un peu en retrait. C’est d’ailleurs à ce poste-là qu’il débute, en 2004, avec son club formateur de Guarani. Il tourne à une moyenne d’un but tous les deux matches, ce qui en fait, à 20 ans, une belle promesse nationale. Il est d’ailleurs sélectionné avec les Espoirs du Brésil. Neuf capes. Cinq buts. La moyenne est respectée. Elle le sera légèrement moins lors de son transfert à Santos, en 2006.

L’attaquant né à Bebedeouro ( « boire de l’or » en traduction littérale, putain de blase) se blesse au genou, joue donc moins, et, forcément, marque moins. Il remporte deux fois le championnat Paulista, mais sans en être l’un des protagonistes. Santos le refourgue à Gremio, où il devient totalement invisible. Craignant pour sa carrière, Jonas demande à être prêté à Portoguesa à la mi-saison. Boum. Explosion. Il s’impose comme le meilleur buteur du club et fait saliver tous les grands clubs du pays. Gremio se frotte les mains, le récupère à la fin de la saison 2008, et le place sur le front de son attaque. Maintenant : joue, marque et deviens. La suite est pour lui.

Podolskinho

La question peut donc se poser : Jonas a-t-il les arguments pour s’imposer en sélection du Brésil ? La première réponse, instinctive, tendrait vers le non. Non, aux côtés de Hulk, Neymar, Fred, Ronaldinho, Borges, Pato ou encore Leandro Damiao, Jonas ne devrait pas faire le poids. Mais l’attaquant de Valence a néanmoins une brèche dans laquelle il peut s’engouffrer : Mano Menezes n’a pour le moment aucune hiérarchie, et aucun titulaire attitré. Le peuple a mis ses espoirs en Neymar, attend le toujours blessé Pato et rêve secrètement d’un dernier baroud d’honneur de Ronaldinho.

Mais la vox populi n’aura pas d’influence sur les choix du sélectionneur, qui s’est promis de faire jouer ceux qui le mériteront le plus et qui seront les meilleurs. Or, lundi, Jonas a marqué des points. Deux occasions, deux buts. En 19 minutes, l'attaquant a inscrit autant de buts qu’avec Valence depuis le début de la saison. Et après tout, pourquoi pas ? Des joueurs plus efficaces avec leur équipe nationale qu’avec leur club, cela existe. Demandez-donc à Lukas Podolski. Jonas n’en est pas encore là. Lui a encore trois saisons devant lui. Trois saisons pour convaincre. Pour conquérir les supporters. Pour s’imposer au sein de la nation qui accueillera la Coupe du Monde. Rien que ça.

Par Eric Maggiori
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Janvier 201 est quelque peu dépassé Eric.
Mais bon, on a compris, hein.

Sinon pour ses deux buts je sais pas si on peut vraiment parler de deux coups d'éclat. Ca ressemble plus à du Pipo Inzaghi pur souche. Je n'ai pas vu le match alors...
Sympa l'article, comme tous les articles qui tracent le parcours d'inconnus, ou si peu.

Deux petits trucs cependant, en dehors du 201 qui par la suite devient clair/ A priori, ça n'est pas Bebedeouro mais Bebedouro la ville en question. Deux traductions littérales -possibles?- de plus : "saoul d'or", parce que "bêbedo", ça veut dire "saoulé". Du coup, j'ai pensé que ça pouvait être l'une de ces villes nées de la ruée vers l'or brésilienne. Ben non. C'est d'abord à travers le café qu'elle a grandi, puis la production d'oranges et de jus d'orange. Ca va bien avec "boire de l'or"! Cependant, à première vue, j'aurais traduit par bébé d'or, ça aurait pu le faire aussi, non?

Enfin, c'est pas Portoguesa mais Portuguesa, aussi appelée Lusa vu que ce sont des portugais qui l'ont créée, et non des italiens ;)

Mais tout ça, c'est manière, pis ça prouve bien l'intérêt de l'article y compris au delà du sujet lui-même.
Paul_101_Moro Niveau : District
Un peu etire l'article mais bon.

A mon avis, vous avez rate un aspect important.
Vous auriez du traiter de la dichotomie qui existe entre les attaquants Malandros-Multattos (Romario,Ronaldo Fenomeno) et les attaquants blancs, plus sobre, plus 'buteurs pures' traditionellement (Jonas, Tulio Maravilha).

Ces derniers n'ont pas cette magique dans les pieds, n'ont pas des bases de capoeira et n'ont pas la fantasie dans leurs personalites. Ce sont deux cultures differentes, opposantes.

Un attaquant (9) blanc n'a jamais vraiment perce dans la Selecao, et justement parce qu'on voit en eux une manque de magique qui fait la difference dans les grands rendez vous.

Parce que si, Mano Menezes EST influence par la vox pop, et s'est vu oblige de rappeler Ronaldinho suite a la Copa ratee.

C'est dans ce sens que j'amenerai mon article sur le sujet, qui sera publie prochainement.

@Paul_Morrissey
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