Joe Sumner : « Boumsong, Lampard, Les Feux de l'Amour… »
Joe Sumner : « Boumsong, Lampard, Les Feux de l’Amour… »
Arsenal FC Barclays Premier league Chelsea FC Frank Lampard Olympique de Marseille Olympique lyonnais Real Madrid C.F. West Ham
A Newcastle, il y eut quelques-uns des meilleurs joueurs anglais - Paul Gascoigne, Kevin Keegan, Chris Waddle - mais aussi, et surtout, certains des pires joueurs français – Sylvain Distin, Stéphane Guivarch’, Laurent Robert, Jean-Alain Boumsong… Boumsong ! Il est encore en équipe nationale ? Il était horrible chez nous. Quand tu es défenseur, tu es amené à jouer des ballons de la tête et, pour ce faire, il faut ouvrir les yeux. Ce mec est peut-être le seul défenseur au monde à laisser rebondir tous les ballons pour les protéger ensuite à ses risques et périls. Et comme il était lent, tous les mecs se barraient avec le ballon vers le but ensuite…
Quel est le plus mauvais joueur à avoir joué pour les Magpies ? Ce n’est pas de l’acharnement mais je crois vraiment que Boumsong s’en rapproche. Distin n’était pas si mal, malgré ce que les Français pensaient à l’époque. Je pense vraiment désormais qu’un joueur français qui serait recruté par Newcastle aurait du souci à se faire.
Regardes-tu les matchs de l’équipe d’Angleterre ? Les choses sont en train de changer avec Capello. Tous les joueurs de l’équipe d’Angleterre se déresponsabilisent un peu inconsciemment en club parce que, dans un sens, il y a toujours un joueur étranger pour faire le sale boulot. En équipe nationale, certains ne peuvent plus trop tricher et ça se voit. Le pire consiste pour les jeunes joueurs anglais à simplement essayer de jouer en club. Ils sont barrés par les étrangers. Le pire, c’est quand même que toutes les équipes nationales du Royaume-Uni ont disparu.
Wembley, pour toi, ce sont les concerts ou le football ? Je suis allé dans l’ancien stade, pas pour de la musique, uniquement pour du foot, deux finales de F.A. Cup de Newcastle, contre Manchester et Arsenal. Je me souviens être revenu de la finale contre Manchester en 1999 et ma mère avait mis le drapeau de Manchester devant la maison pour me chambrer. Le football te fait te sentir local, te fait sentir vivre avec les autres, c’est très étrange. Dans certaines dictatures, le football comme programme télévisuel est souvent la seule ouverture sur l’étranger. Mais son rôle est bien entendu de divertir et d’éloigner du réel. « Qui a enlevé ma famille ? Ferme-là et regarde le foot à la télé… ». Avec la musique, on se pose les mêmes questions : à quoi cela sert-il vraiment ? Est-ce finalement uniquement un produit de divertissement comme un autre ou est-ce vraiment de l’art ?
Hormis les grands clubs de Premier League, quelles autres équipes sont intéressantes à voir jouer ? Celui qui aime le football à l’ancienne ne peut que regarder les matchs d’Hull City. Ça ne va pas durer mais c’est beau. A Newcastle, on a dépensé un fric fou sur des mecs qui ne confirmeront jamais. Le pire, c’est que quels que soient le manager ou les joueurs qui passent, l’esprit loose est toujours là… C’est assez triste, mais c’est mon club.
En même temps, confier le jeu à Joey Barton, un mec sur qui il est difficile de compter… Le seul truc pour lequel on peut compter sur lui, c’est pour aller en taule... Et maintenant, en plus, il est blessé. Jonathan Woodgate me fascinait aussi, toujours blessé. Le vrai joueur mythique du club, c’est Alan Shearer, peut-être le seul vrai grand buteur vraiment, vraiment chiant. Fantastique. En même temps, à Newcastle, on l’adore pour sa loyauté envers le club du coin. Il est de chez nous, il a commencé gardien de but et est devenu buteur par aversion pour le poste. Viens à Newcastle et tu vas te rendre compte de ce que représente le club : les maillots, les voitures, les maisons, tout est noir-et-blanc. Le football concentre de nombreux espoirs frustrés de la population. Il n’y a rien à voir à Newcastle, hormis les centres commerciaux dans lesquels on peut acheter plein de trucs…noir-et-blanc. Il y fait froid aussi mais tu trouveras toujours des mecs torse nu et des nanas en mini-jupe en plein mois de janvier. Elles s’habillent comme dans le Sud de la France, mais elles descendent des Vikings et parlent avec un accent proche du danois.
Ressens-tu, comme beaucoup d’Anglais, une vraie aversion pour Chelsea ? Je déteste autant Chelsea que Sunderland, si ce n’est plus. Tout le monde les déteste. Il y a dix ans, avec Zola et Di Matteo, c’était un club sympa, avec des fans un peu fous. Maintenant, on se rend mieux compte que le club est dans un quartier de bourgeois. Il ne reste plus qu’à leurs supporters de regarder le football à la télévision ou de s’abonner, mais de vivre sous les ponts. Les gens jouent leur vie pour le football. Même à Newcastle, c’est à guichets fermés tout le temps. Le mieux, ce sont les matchs à l’extérieur, on se sent appartenir à une communauté.
As-tu déjà rencontré des joueurs ? Oui, John Barnes et il était déjà gros à l’époque. J’ai aussi rencontré Frank Lampard en boîte. C’était pour l’avant-première de Snatch et on était tous bourrés. Le gardien de but de Tottenham était là et Lampard, à l’époque à West Ham, lui balançait des bouteilles. J’ai fini par croiser Lampard près des toilettes et je crois que je lui ai dit un truc du style : « Heeeey, Frank Lampaaaard… », avant de m’écrouler. Il était très susceptible parce qu’il ne supportait pas que les gens disent qu’il était titulaire grâce à son père et à son oncle (ndlr, Harry Redknapp).
David Ginola a-t-il laissé une bonne image et l’odeur de son parfum à Newcastle ? Lui, il était super bon. Il avait des gestes de grande classe, des dribbles racés, une grande efficacité malgré ce qui a pu être dit, mais son gros défaut était de faire des erreurs là où il ne fallait pas en faire, c’est-à-dire dans des situations ouvertes pour l’adversaire. Il perdait la balle, revenait en marchant et tous ses coéquipiers étaient alors en danger. C’est dommage qu’il soit parti à Tottenham. Il faisait des bonnes choses.
Tu sais qu’il vient de jouer dans un épisode des « Feux de l’Amour » ? Ça lui va bien, il a le bon style. Je le vois très bien, tel un type marié à une fille qui était auparavant mariée à son frère décédé depuis mais qui en fait n’est pas mort et qui reviendrait avec un accent australien pour dire à la nana : « Mais pourquoi as-tu épousé mon frère ? ».
On a d’autres acteurs en France, comme Frank Leboeuf… Attends, vous avez des joueurs qui sont capables d’écrire, et pas seulement des biographies. Leboeuf avait sa rubrique dans le Times, assez bien foutue d’ailleurs. Les joueurs anglais ne sont même pas capables d’écrire en anglais, alors… Même leurs discours d’après matchs sont incroyablement plus pauvres que ceux des joueurs français. Le rapport que les Anglais ont aujourd’hui aux mots est un vrai problème.
Tu as récemment fait une tournée avec Snoop Dogg. Est-ce vrai qu’il aime le football ? Il aime surtout les jeux vidéos. Son sport, c’est le basket, mais il passe des heures à jouer à FIFA. C’est bien simple : en tournée, le premier truc dont il s’assure quand il arrive dans une nouvelle ville pour un concert, c’est que la malle géante avec l’écran plasma et la console soient en bon état. Un jour, je sors des coulisses et je vois Mike Skinner, de The Streets, à la porte, qui attendait dans le froid depuis longtemps, apparemment, juste pour voir Snoop, pendant que lui jouait à la console avec ses potes. Comme j’avais oublié mon blouson, je suis rentré de nouveau, et avec lui, mais ça a pris dix minutes, les mecs de la sécurité ne voulaient pas le faire rentrer. Ils deviennent timbrés avec les jeux vidéos. Snoop Dogg, son truc, c’est de mettre sur scène le maillot de football de l’équipe locale. Je l’ai vu à Lyon faire une première partie de concert normale. Au beau milieu, il est sorti de scène et est revenu avec un maillot et un drapeau de l’Olympique Lyonnais. Pendant vingt minutes, le public a chanté : « Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais ». Les musiciens les ont accompagnés mais on ne les entendait pas. Avec cette technique, il est sûr de se mettre le public dans la poche. A MontReal, il a même mis un maillot de hockey, alors…
Propos recueillis par Brieux Férot / Photo : Marie-Noëlle Robert
Actuellement : Théâtre du Châtelet, à Paris, Opéra Welcome to the Voice, du 20 au 26 novembre, avec Sting, Elvis Costello, Robert Wyatt, Barbara Bonney, Sylvia Schwartz, Steve Nieve, Joe Sumner...
Prochainement : Fiction Plane, en concerts le 3 décembre 2008 à Marseille, le 4 à Montpellier, le 5 à Paris et le 6 à Lille.







Partager