1. // Jeux olympiques 2024

JO de Paris 2024, vous avez vu le foot ?

Paris est officiellement candidat pour l'organisation des Jeux olympiques de 2024, avec pour principal rival (après de nombreux désistements) Los Angeles. Si l'ensemble du mouvement sportif, réuni au sein du CNOSF, s'est rallié à cette grande cause nationale, le moins que l'on puisse écrire, c'est que le petit monde du football français ne s'est pas franchement manifesté ou mobilisé à ce propos. À sa décharge, il est fort peu concerné et a la tête ailleurs...

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On l'a vite oublié, mais notre compatriote Jérôme Champagne a été candidat à la présidence de la FIFA. Il a même tenté vainement de convaincre Noël Le Graët, grand manitou de la FFF et orphelin de Michel Platini, qui s'était rangé derrière Gianni Infantino, de le soutenir. Dans ce but, il avait entonné notamment une réthorique patriotique imparable : en tant que membre de droit du CIO, le futur boss du foot mondial sera des happy few qui décideront en 2017 du choix de la ville hôte des JO-2024, ce qui pourrait se révéler d'une aide non négligeable pour notre capitale. La réponse de Le Graët s'était, paraît-il, avérée sans ambiguïté : « Les JO, je n'en ai rien à foutre. » Les propos fuités par Le Parisien ont même poussé Thierry Braillard, secrétaire d'État aux sports, à sortir de sa réserve et venir réaffirmer qu'évidemment, les footeux étaient tous derrière Paris 2024, en bons soldats du sport tricolore. Ce qui, à bien y réfléchir, n'était pas antinomique avec les propos peu amènes de l'ancien maire de Guingamp.

Un ancien médaillé en canoë et un ex-gourou du rugby


« Le foot français est effectivement plutôt absent de l'aventure de Paris 2024, tant dans le comité ad hoc pour la candidature, que dans les témoignages de soutien » , constate simplement Pim Verschuuren, chercheur à l'IRIS. De son côté, Christophe Lepetit, économiste du sport (CDES de Limoges) relativise néanmoins cette inhabituelle discrétion : « La candidature n'étant pas portée directement par la FFF (et la LFP), il est certain que son implication directe n'est pas aussi importante qu'elle ne le serait dans le cas d'une candidature à l'organisation d'un Mondial ou d'un Euro. Cependant, cela n'est pas spécifique à la 3F, les autres fédérations étant sensiblement dans le même cas. »


Il faut néanmoins noter que les deux lobbyistes en goguette au Brésil pour défendre le dossier parisien s'appellent Tony Estanguet, un ancien médaillé en canoë, et Bernard Lapasset, ex-gourou de l'IRB (International Rugby Board), et co-président du comité de candidature. C'est tout dire, au pays de Pelé.

Foot populaire vs olympisme bourgeois ?


Le premier ordre d'explication est historique, culturel puis économique, une trame qu'il est bon de rappeler. « Historien, professeur à l'université de Lausanne et directeur du Centre d'études olympiques et de la globalisation du sport, Pierre de Coubertin a toujours eu une préférence pour le rugby, explique ainsi l'historien Patrick Clastres. Surtout parce que son dégoût tout aristocratique pour l'argent dans le sport ne peut que lui faire rejeter le soccer britannique ouvert aux professionnels dès 1885. Pour les membres du CIO, issus de l'aristocratie ou de la grande bourgeoisie occidentale, l'amateurisme a fonctionné comme une barrière de classe, en particulier dans le cas du football déjà très diffusé dans les milieux populaires. Les membres de la FIFA étaient, eux, issus très majoritairement des classes moyennes alors en émergence. La passion populaire pour le football a fait de la FIFA une instance assurément plus prosaïque et démocratisée que le CIO. »


À ce fossé de mentalités s'ajoute aujourd'hui l'essentiel. « Il faut bien admettre que trois des sports professionnels les plus riches au niveau mondial ne se soucient guère des JO : le golf, le tennis et le football » , remarque toujours Pim Verschuuren. Un paradoxe que le CIO vient par exemple d'essayer de contourner en intégrant dans le programme le base-ball pour le versant Sport US, blindé en dollars, et le skate et le surf, pour s'ouvrir aux sports extrêmes ultra-médiatisés et sponsorisés. De la sorte, le ballon rond, à l'exception peut-être du tournoi féminin, pense davantage à la reprise des championnats nationaux (qui tombent en Europe pile poil au moment où la flamme s'allume) qu'aux JO, malgré les tentatives de rapprochement des points de vue et des centres d'intérêt mutuels.

La présence de Neymar en lot de consolation


« Toutefois, continue Patrick Clastres, le CIO a négocié avec la FIFA des compromis successifs afin que le football ne disparaisse pas du programme olympique, ce qui aurait affaibli symboliquement son discours universaliste. Le tournoi olympique est ainsi réservé aux seuls amateurs de 1936 à 1980, aux joueurs professionnels comme amateurs n'ayant pas participé à une Coupe du monde à Los Angeles 1984 et Séoul 1988, aux footballeurs de moins de vingt-trois ans depuis Barcelone 1992, avec la possibilité d'inclure dans la sélection trois joueurs de plus de vingt-trois ans à compter d'Atlanta 1996. » En vain... Il suffit de compter le nombre de joueurs que leur club refuse de laisser partir s'amuser dans ce tournoi que l'on dispute surtout « pour l'honneur » ... La présence d'un joueur comme Neymar offre une bien piètre consolation cette année.


À ces aspects purement structurels, il faut également adjoindre le contexte français. « Le football français a déjà eu l'essentiel, en matière de grand événement sportif, à savoir l'organisation de son Euro. Et 2024 reste bien loin en matière d'agenda » , enfonce Pim Verschuuren. Dans une logique identique, Jean-Michel Aulas doit certainement compter davantage les jours avant la finale dans son « OL Land » de la Coupe du monde féminine en 2019 que suivre le compte à rebours qui s'est enclenché du côté de Lausanne.

L'Euro 2016, une chance pour Paris 2024 ?


Malgré tout, Paris 2024 affecte déjà le foot français. Le conseil d’administration du groupement d’intérêt public « Paris 2024 » a ainsi désigné neuf sites susceptibles d’accueillir les matchs des tournois féminin et masculin de football : Paris (Parc de Princes), Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes (le grand « oublié » de l'Euro), Nice, Saint-Étienne et Toulouse : « Chaque site accueillera entre 7 et 8 matchs, les finales masculine et féminine se déroulant à Paris, au Parc des Princes, souligne Christophe Lepetit. Cela serait donc une nouvelle fois l'occasion de réutiliser les stades de l'Euro, mais aussi d'autres stades de moindre capacité qui n'ont justement pas eu la chance d'avoir l'Euro.  »


Un petit dopage inespéré dans l'amortissement des stades, fort appréciable pour faire passer la pilule du coût de 2016 dans les finances publiques. « Il y aura forcément un effet d'opportunité, renchérit Pim Verschuuren. Cela permet de justifier un peu les investissements énormes consentis pour les constructions ou les rénovations d'enceintes.  » Le ministère des Sports a bien saisi la fenêtre qui s'ouvrait en matière de comm', surtout en faisant la jonction avec le bilan jugé flatteur de l'Euro. « Au regard de ces différentes données – qui seront affinées au cours des prochains mois –, le ministère estime en tout cas que la France accroît son expertise et sa capacité à maximiser l’impact de ces grands événements pour le territoire. C’est dans ce contexte que l’État réaffirme avec force son soutien à la candidature de Paris aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024. »

Coucou le contribuable


« La réussite de l'organisation de l'Euro est vraiment un bon signal envoyé au CIO et aux membres votants pour la désignation de la ville hôte, souligne Christophe Lepetit. Cet Euro organisé dans un contexte sécuritaire extrêmement sensible a démontré que la France pouvait accueillir le monde et assurer la sécurité des délégations et des visiteurs. Plus largement, je n'imagine pas que les acteurs du foot français ne soient pas derrière la candidature de Paris qui fait globalement consensus au sein du sport français. »


Dernier point auquel on pense finalement peu : les JO 2024 seraient aussi l'occasion de ramasser des titres à domicile, dans une compétition où nos couleurs n'ont que rarement brillé (une médaille d'or en 1984). « Nos féminines montent en puissance depuis plusieurs saisons. Elles pourraient ainsi avoir un titre à défendre ou à remporter sur le sol français, espère même Christophe Lepetit. Les Jeux, c'est aussi l'opportunité de faire mettre des Français au sport. Même si, bien sûr, l'effet ne serait pas aussi important qu'avec une autre compétition spécifique au football. Et à la condition, bien sûr, de poursuivre le travail de réforme entamé ces dernières saisons. En revanche, il y aura peu de bénéfice financier à attendre... Pour le foot comme pour les autres ! » Cela dit, perdre de l'argent n'effraie personne dans les bureaux des clubs pros. Et puis, aux JO comme pour l'Euro, c'est le contribuable qui paie.

Par Nicolas Kssis-Martov Tous propos recueillis par NKM
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Dans cet article

"La passion populaire pour le football a fait de la FIFA une instance assurément plus prosaïque et démocratisée que le CIO."

Ca fait mal quand même.

Sinon, je ne peux pas en vouloir à le Graet de dire qu'il n'en a rien à faire du foot. Je milite encore et toujours pour dire qu'un sport co n'a pas sa place aux JO, le foot masculin en première ligne, tout le monde s'en branle royal, alors que les JO démarrent le lendemain de la finale de l'Euro et se finissent pendant/la veille des reprises de chaque championnat.
J'ai reçu un coup de fil du ministre de l’intérieur pour me signifier que pour des raisons de sécurité, mon repas d'anniversaire est annulé. Un effet, l’équipe de déminage n'est pas disponible pour venir vérifier les bougies.

Du coup j'imagine mal notre pays organiser les JO.
Note : 1
Je me suis posé cette question l'autre jour, que représente vraiment un titre olympique pour un athlète ? Si on prend le foot par exemple, c'est limite un tournoi amical. En tennis on est loin du prestige d'un titre en Grand Chelem, en rugby et basket j'imagine que c'est pareil. Finalement à part l'athlétisme, la gym et la natation, les autres disciplines notamment les sports co ont-elles vraiment leur place aux JO ?
L'article désigne Lapasset et Estanguet comme " deux lobbystes en goguette" en sous entendant qu'ils viennnent de disciplines négligeables....

Bon, l'un a un palmarès de titan dans sa discipline, membre du CIO depuis 2013 et triple vainqueur aux J.O.

Pour Lapasset c'est 15 ans de présidence du Rugby français, l'Irb, l'obtention de la coupe du monde 2007 et une influence sur tout ce qui s'est fait dans ce sport depuis qu'il est dirigeant. Un mec qui pèse quoi.

La ligue 1 devrait embaucher Lapasset, un peu de compétence ne nuit à personne.
Je me suis posé cette question l'autre jour, que représente vraiment un titre olympique pour un athlète ?

ahah, il y a vraiment des bons sur ce site..
Message posté par Rouflette
Je me suis posé cette question l'autre jour, que représente vraiment un titre olympique pour un athlète ? Si on prend le foot par exemple, c'est limite un tournoi amical. En tennis on est loin du prestige d'un titre en Grand Chelem, en rugby et basket j'imagine que c'est pareil. Finalement à part l'athlétisme, la gym et la natation, les autres disciplines notamment les sports co ont-elles vraiment leur place aux JO ?


Il n y a justement que dans le tennis, le golf, le cyclisme sur route et le football (voire le basket pour les équipes ayant beaucoup de joueurs NBA) que les JO sont moins importants. Dans tous les autres sports, et surtout les petits sans aucune exposition, c'est la compétition la plus importante et pour laquelle les sportifs se préparent pendant 4 ans.
Message posté par Rouflette
Je me suis posé cette question l'autre jour, que représente vraiment un titre olympique pour un athlète ? Si on prend le foot par exemple, c'est limite un tournoi amical. En tennis on est loin du prestige d'un titre en Grand Chelem, en rugby et basket j'imagine que c'est pareil. Finalement à part l'athlétisme, la gym et la natation, les autres disciplines notamment les sports co ont-elles vraiment leur place aux JO ?


il reste quand même la boxe amateur, le kayak, l'aviron, le badminton, le volley, l'équitation, le cyclisme piste, l'escrime, le judo, le taekwondo, l'haltérophilie, la lutte, le pentathlon moderne, le rugby à 7, le tir, le tir à l'arc...

j'en passe, mais pour toutes ces disciplines, les JO sont l'aboutissement ultime, ce pour quoi les athlètes se préparent.

en revanche, je suis d'accord qu'une médaille olympique ne représente pas le top pour des sports comme le football, la voile, le golf, le baseball et quelques autres. et je serais ravi de voir le foot disparaître des Jeux. il n'a strictement rien à y faire.
Totti Chianti Niveau : CFA2
Message posté par Peewow
Il n y a justement que dans le tennis, le golf, le cyclisme sur route et le football (voire le basket pour les équipes ayant beaucoup de joueurs NBA) que les JO sont moins importants. Dans tous les autres sports, et surtout les petits sans aucune exposition, c'est la compétition la plus importante et pour laquelle les sportifs se préparent pendant 4 ans.


Et encore pour le cyclisme sur route, ce n'est même pas sûr.
Y avait un super plateau.
(y a qu'à voir le podium du contre la montre)
(S'il ne chutait pas à quelques km de l'arrivée, Nibali l'aurait sûrement remporté, et il avait l'air super motivé...)
Totti Chianti Niveau : CFA2
Message posté par bosgy
il reste quand même la boxe amateur, le kayak, l'aviron, le badminton, le volley, l'équitation, le cyclisme piste, l'escrime, le judo, le taekwondo, l'haltérophilie, la lutte, le pentathlon moderne, le rugby à 7, le tir, le tir à l'arc...

j'en passe, mais pour toutes ces disciplines, les JO sont l'aboutissement ultime, ce pour quoi les athlètes se préparent.

en revanche, je suis d'accord qu'une médaille olympique ne représente pas le top pour des sports comme le football, la voile, le golf, le baseball et quelques autres. et je serais ravi de voir le foot disparaître des Jeux. il n'a strictement rien à y faire.


Le foot pourrait - à l'image du rugby avec la variante à 7 - y être sous une autre forme que le foot à 11.
Trop lent, trop boudé et trop vu!
On pourrait partir sur du beach soccer, du foot indoor... un format plus rapide, plus intense...
The Admiral Niveau : DHR
João Havelange est mort, les gars
En tennis vous avez trop bouffé de Benoît Paire les mecs.

Djokovic en pleurait de son élimination, Nadal, Del Potro ils ont tout donné.

Un titre que l'immense Roger rêverait d'avoir.

Il n'y a que les sportifs abrutis qui n'aiment pas les JO.
Message posté par Peewow
Il n y a justement que dans le tennis, le golf, le cyclisme sur route et le football (voire le basket pour les équipes ayant beaucoup de joueurs NBA) que les JO sont moins importants. Dans tous les autres sports, et surtout les petits sans aucune exposition, c'est la compétition la plus importante et pour laquelle les sportifs se préparent pendant 4 ans.


C'est surtout du point de vu sportif que je me posais la question. Pour les sports peu exposés c'est la consécration médiatique de gagner les JO mais sportivement le niveau est-il vraiment aussi élevé que les championnats mondiaux de ces disciplines ?
En Basket la moitié des joueurs de l'équipe de de France donnerait une couille pour obtenir la médaille de bronze !
Payetazo>>>ElFiasco Niveau : Loisir
Note : 1
Message posté par Rouflette
Je me suis posé cette question l'autre jour, que représente vraiment un titre olympique pour un athlète ? Si on prend le foot par exemple, c'est limite un tournoi amical. En tennis on est loin du prestige d'un titre en Grand Chelem, en rugby et basket j'imagine que c'est pareil. Finalement à part l'athlétisme, la gym et la natation, les autres disciplines notamment les sports co ont-elles vraiment leur place aux JO ?


Quand je vois les larmes de Djokovic, Nadal, Del Potro et Murray cette année, celles de Monica Puig chez les femmes qui ramène la première médaille d'or de l'histoire de Porto Rico, ça m'a l'air d'être très prestigieux pour eux.


Au basket, c'est l'objectif numéro 1 pour toutes les équipes exceptées les stars américaines qui viennent juste faire le taf. Mais demande à TP and co, aux espagnols, aux argentins, qui pour la plupart évoluent pourtant en NBA, ce que représente une médaille aux JO et tu verras qu'ils accordent une place énorme aux JO.
clement6628 Niveau : CFA2
Note : 1
Message posté par Rouflette
Je me suis posé cette question l'autre jour, que représente vraiment un titre olympique pour un athlète ? Si on prend le foot par exemple, c'est limite un tournoi amical. En tennis on est loin du prestige d'un titre en Grand Chelem, en rugby et basket j'imagine que c'est pareil. Finalement à part l'athlétisme, la gym et la natation, les autres disciplines notamment les sports co ont-elles vraiment leur place aux JO ?


Cette année, il me semble qu'il y a 28 sports à Rio. Le foot, le golf et le tennis et un ou deux autres sports pour qui l'intérêt est moindre, ça fait peu tout de même.

Sinon, pour le basket et le rugby que tu cites. En basket, t'as l'immense NBA mais un des souvenirs très fort c'est quand même la Dream Team des Jeux de Barcelone. C'est quelque chose de très marquant. J'ai l'impression qu'il y a le même problème dans les autres compétitions internationales où certains joueurs privilégient la NBA mais que les Jeux c'est quand même quelque chose.

Mais sinon, pour le rugby, que je suis beaucoup, c'est totalement différent. Déjà, c'est le rugby à VII. Et c'est là toute la différence. C'est sa première apparition aux JO, les joueurs étaient motivés et je pense que cela a plu. Les équipes étaient au complet et quand tu vois les Fidji, tu vois que les types étaient archi motivés. Bien qu'il y avait de rares quinzistes, le fait qu'il n'y ait pas de stars mondiales est normal car c'est un autre sport avec d'autres joueurs. De plus, le fait que ce sport soit spectaculaire, avec un format court et un enchaînement de matchs colle parfaitement au format JO. Le but recherché étant d'offrir au rugby une exposition universelle.
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