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  2. // Décès

Jimmy Hill, sur un air de révolution

Il a tout connu. Joueur, entraîneur, président, présentateur, représentant et même arbitre, Jimmy Hill était l'une des icônes les plus influentes du football anglais du XXe siècle. Celui qui a changé les règles, bousculé les lignes, révolutionné le traitement du foot. Pour le jeu.

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Il a la barbe fine, taillée, comme un tribun. Dehors, il fait froid, très froid, à Londres comme à Manchester, dans les rues de Liverpool, sur le bitume de Broad Street à Birmingham, sur les marches de St James' Park où Newcastle commence à s'éveiller. Il fait nuit, on est le samedi soir. Devant quelques milliers de passionnés, une musique se fait entendre de la lucarne illuminée, posée en coin dans le salon. Un air que tout le monde connaît en Angleterre, un écho de fanfare écrit dans les années 60 par Barry Stoller. « Welcome to Match of the Day  » . Jimmy Hill vient de débarquer sur l'écran et annonce le programme. Cette scène est rangée au rayon des souvenirs, ceux d'une époque où Hill a révolutionné le football par la télévision. Ce n'est qu'une partie de l'homme, un soupir d'une vie passée à constamment bousculer les lignes et jouer avec. Samedi, alors que l'Angleterre regardait ses hommes courir derrière un ballon, la nouvelle est tombée, balayant en quelques secondes plusieurs pans de l'histoire du foot britannique : Jimmy Hill, l'ancien joueur, président de club, du syndicat des joueurs, présentateur, est décédé en pleine lutte, dans un dernier combat, débuté en 2008 face à la maladie d'Alzheimer. Il avait 87 ans.

Le jeu, l'image et la décision


Gamin du Londres des années 30, Hill aura épousé une dizaine de vies avec pour fil directeur la lutte et l'envie de changer les choses. Comme tous les gosses, le football était avant tout une passion. La sienne l'a conduit sur les sièges de Selhurst Park, très tôt. Jimmy Hill était l'un des Glaziers, un homme en bleu et rouge, un gars de Crystal Palace. Le football pour le jeune Jimmy se jouera pourtant ailleurs, à Brentford, puis à Fulham ensuite où il disputera près de 300 matchs. Un club qu'il sauvera en 1984 de la disparition en tant que président, à l'heure où une fusion avec les Queens Park Rangers était évoquée. Jimmy Hill était de ces gens-là, ceux qui se battent pour faire survivre les institutions, protéger les traditions du jeu et ses fondements, mais surtout pour faire valoir le droit des footballeurs eux-mêmes.

Cette lutte sera l'une de ses plus grandes victoires avec un écho clair et affirmé avec la Premier League telle qu'elle est devenue. En 1957, Jimmy Hill était alors devenu le président de la Professional Footballers' Association (PFA) avec la volonté de briser les grilles de salaires. De sa présidence restera la fin du plafond sur les salaires des footballeurs validée en 1961. À l'époque, le salaire maximum était de 20 livres sterling par semaine. Son coéquipier à Fulham, Johnny Haynes, deviendra alors le premier joueur du pays à toucher 100 livres par semaine pour jouer au foot. L'avancée a fait bouger beaucoup de lignes, mais surtout ouvert les vannes à toute inflation jusqu'aux sommets atteints aujourd'hui.

Le sommet, pour Hill, date des années 60. L'ancien joueur est alors devenu entraîneur, il n'a que trente-trois ans et vient de rejoindre Coventry City. La presse parle rapidement de la Sky Blue Revolution, un surnom qui est aujourd'hui resté celui du club qui évolue aujourd'hui en League One (D3). Jimmy Hill révolutionne le paysage et l'univers du stade en instaurant les premiers programmes de match, mais aussi les premières animations avant les matchs. Le stade devient alors plus qu'un lieu de sport et se transforme en lieu de vie. Hill fait écrire un hymne officiel, choisit les couleurs du club et en deviendra même quelques années plus tard le président, au point d'en devenir une légende. En 2005, alors que Coventry joue son dernier match à Highfield Road, une ovation lui est réservée et, dans la nouvelle Ricoh Arena, un bar porte son nom et une statue lui a été édifiée.

L'important, c'est les trois points


Jimmy Hill, c'était aussi avant tout une gueule avec un menton légendaire. Un visage qu'il aura traîné pendant plusieurs dizaines d'années sur les écrans de la BBC avec notamment près de 600 apparitions à la présentation de Match of the Day. Hill est alors balancé au rang de trésor national, d'icône. Car tout le monde se reconnaît en lui. L'homme est un passionné et n'hésite pas à dire ce qu'il pense, comme en 2004 où il prend publiquement la défense de Ron Atkinson, accusé de racisme. L'affaire date du 21 avril 2004. Atkinson pense son micro éteint et affirme que Marcel Desailly est « connu dans certaines écoles comme un gros nègre paresseux » . Hill tente alors d'expliquer que la sortie d'Atkinson est maladroite et qu'elle reflète simplement le vocabulaire des terrains de foot. Pour la première fois, Jimmy Hill connaîtra la critique.

Mais Hill, c'était aussi l'humain et le naturel avant tout. Comme en septembre 1972, un jour d'Arsenal-Liverpool à Highbury. Ce jour-là, l'arbitre officiel Dennis Drewitt se blesse et ne peut assurer la rencontre. Le speaker demande alors si un arbitre qualifié se trouve dans les tribunes. Ni une, ni deux, Hill fait tomber le survêtement et prend le sifflet alors qu'il n'était qu'un simple spectateur. Ce sont des souvenirs, mais aussi des détails, des décisions. Comme l'apparition des tableaux d'affichage, des places assises dans l'ensemble du stade, mais aussi une longue bataille pour le principe de la victoire à trois points. Jimmy Hill y tenait pour garantir le spectacle, le jeu et le plaisir. C'était sa bataille, sa révolution. Celle du ballon, de l'image et de sa couverture. Mais celle du foot avant tout.


Par Maxime Brigand
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Dans cet article

Un menton bogdanovien
Mr. Anderson Niveau : DHR
Honneêtement je connaissais pas le bonhomme.
L'article décrit un homme qui peut être considéré comme à la base du foot anglais d'aujourd'hui. Donc, même si la défense des joueurs et l'augmentation de leurs salaires est salutaire à une époque où ils étaient exploités comme des ouvriers manufacturiers, le personnage ne m'inspire pas forcément du bien.
Message posté par Mr. Anderson
Honneêtement je connaissais pas le bonhomme.
L'article décrit un homme qui peut être considéré comme à la base du foot anglais d'aujourd'hui. Donc, même si la défense des joueurs et l'augmentation de leurs salaires est salutaire à une époque où ils étaient exploités comme des ouvriers manufacturiers, le personnage ne m'inspire pas forcément du bien.


Il a fait ce que tout homme digne de ce nom se doit de faire qu
Message posté par Mr. Anderson
Honneêtement je connaissais pas le bonhomme.
L'article décrit un homme qui peut être considéré comme à la base du foot anglais d'aujourd'hui. Donc, même si la défense des joueurs et l'augmentation de leurs salaires est salutaire à une époque où ils étaient exploités comme des ouvriers manufacturiers, le personnage ne m'inspire pas forcément du bien.


Il a fait ce que tout homme digne de ce nom se doit de faire quand il gagne une misère sans même pouvoir changer d'employeur, sorte d'esclavage amélioré et qui était la condition alors des footballeurs anglais..

Et quant au reste, idem qu'à Bosman : gaillard plus étranger aux dérives du foot-business que les consommateurs de football qui en alimentent le pur délire en payant pour abonnements mensuels, maillots à la con etc..
Tu prends ton menton on s'en va !
Mr. Anderson Niveau : DHR
Message posté par Bota67
Il a fait ce que tout homme digne de ce nom se doit de faire quand il gagne une misère sans même pouvoir changer d'employeur, sorte d'esclavage amélioré et qui était la condition alors des footballeurs anglais..

Et quant au reste, idem qu'à Bosman : gaillard plus étranger aux dérives du foot-business que les consommateurs de football qui en alimentent le pur délire en payant pour abonnements mensuels, maillots à la con etc..


Oui, effectivement, c'est pas ce coté là que je critiquais.
C'était, grossièrement, plutôt le côté "pionnier de foot business anglais".
Je m'attendais plutôt à un mec qui voyait différemment le foot.
Et, bien entendu, il n'est pas forcément responsable de notre présent footballistique.
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