Jimmy Greaves, 30 000 livres pour vivre

Légende du football britannique, Jimmy Greaves, victime d'un arrêt cardio-vasculaire en mai dernier, doit aujourd'hui compter sur la bonne volonté des internautes pour payer son lourd traitement.

Modififié
14 10
Alors que Wayne Rooney vient de marquer son cinquantième but avec les Three Lions, devenant ainsi le seul meilleur marqueur de l'histoire de la sélection, un petit coup d'œil au classement des meilleurs artificiers anglais de tous les temps permet de se rendre compte à quel point la vie offre parfois des destins différents, voire injustes. En effet, son illustre dauphin, Sir Bobby Charlton, profite tranquillement de sa retraite dorée, s'affichant régulièrement dans les travées d'Old Trafford, tandis que celui qui complète le podium, Gary Lineker, parfait son bronzage et étrenne chaque semaine son statut de présentateur foot le plus populaire du royaume. Comme un symbole, la quatrième place, celle « du con » , comme le veut l'expression consacrée, est celle de Jimmy Greaves.

Un génie très pressé


Greaves, un nom que le temps a peut-être injustement effacé progressivement des mémoires, mais dont la trace a été laissée au marqueur indélébile dans les annales du football britannique, et européen. Formé à Chelsea, Jimmy ne met pas longtemps à définir le mot « précocité » . À 20 ans, lors de sa quatrième saison en pro, il atteint ainsi la barre des 100 buts en championnat, en inscrivant un triplé face à Manchester City. Star incontestée des Blues, il termine la saison 1960-61 avec un total hallucinant de 41 buts en 40 rencontres. Après une aventure italienne avortée au bout d'une saison au Milan AC, Greaves, à qui Londres manque cruellement, revient dans la capitale à Tottenham, où il restera neuf saisons. Le temps d'inscrire 268 buts en 381 matchs, et de glaner deux FA Cup, et surtout une Coupe des vainqueurs de coupes, en 1962, en inscrivant un doublé lors de la finale face à l'Atlético Madrid (5-1). Bref, neuf saisons pour devenir le meilleur joueur de l'histoire du club.

Messi avant l'heure


366 buts en championnat, Premier League et Serie A confondues. Jimmy Greaves est tout simplement le meilleur buteur de l'histoire des cinq « grands championnats » , un petit but devant l'immense Gerd Müller. Le talent de l'Anglais, c'est encore Harry Redknapp qui en parle le mieux dans son autobiographie : « Nous étions au terrain d'entraînement des Queens Park Rangers, et Sky Sports repassait un but de Messi. Il pénètre dans la surface, prend son temps, attend que tous les défenseurs, puis le gardien, anticipent, puis la glisse dans le petit filet opposé. Mes joueurs sont devenu fous. Je leur ai dit que Jimmy Greaves en marquait un comme ça tous les week-ends, et parfois plus. Quand il avait la balle dans la surface, le monde s'arrêtait, c'est comme si quelqu'un avait appuyé sur le bouton pause de la télécommande. L'action autour de lui se poursuivait, mais on aurait dit que Jim était dans une autre dimension : plus lent, plus calme, détachant son esprit de l'agitation l'entourant. »

1966, éternel regret


Mais voilà, au cours de sa vie, Greaves a connu trois tragédies. La première, terrible, lorsque son fils de quatre mois décède, en 1961. La seconde, sur le terrain, où un mauvais duel face à Joseph Bonnel lors du troisième match de poules de la Coupe du monde 1966 face à la France le laisse sur le flanc durant le reste de la compétition. Remis pour la finale, Greaves voit son remplaçant, Geoff Hurst, être désigné titulaire et assiste au sacre de ses coéquipiers dans la peau d'un étranger, comme il le confiera plus tard : « Je dansais sur le terrain comme tous les autres, mais même durant ce moment de triomphe et de joie, au fond de moi, je ressentais de la tristesse. Durant toutes mes années de footballeur professionnel, j'avais rêvé de disputer une finale de Coupe du monde. J'avais laissé passer le match d'une vie et cela faisait mal. » Surtout qu'à l'époque, seuls les onze joueurs alignés sur la pelouse se voient remettre une médaille de vainqueur.

« J'ai été bourré de 1972 à 1977 »


Vendu plus tard contre son gré à West Ham, en 1970, Greaves fait la connaissance de celle qui ruinera une bonne partie de sa vie : la bouteille. « Je suis complètement passé à côté des années 70. J'ai été bourré de 1972 à 1977 » , confiait-il au Guardian, en 2003. « Cela m'arrivait de boire 20 pintes de bière durant la journée, puis une bouteille de vodka entière avant de me coucher. » C'est finalement en février 1978 qu'il décide d'arrêter de boire, définitivement. « Un jour, je me suis dit : "C'est fini" et je me suis éloigné de cela, et, heureusement, à ce jour, je n'ai jamais repris. Y a-t-il des moments où j'aimerais boire ? Bien sûr, comme tout le monde. Ce n'est pas déshumanisant. » Remis d'une période noire, Greaves devient un présentateur télé très populaire qui forme un duo mythique avec Ian St John dans l'émission Saint and Greavsie.

Crowdfunding pour survivre


En mai dernier, Greaves, aujourd'hui âgé de 75 ans, est victime d'un accident vasculaire cérébral, qui le laisse pratiquement paralysé des jambes, incapable de bouger son bras gauche, et muet pendant plus d'un mois. Sorti de l'hôpital un mois plus tard, Greaves se remet doucement, mais a besoin d'un traitement de 500 heures de physiothérapie, pour un montant évalué à 30 000 livres. Une somme qu'il n'a pas. C'est alors que son ancien agent lance une campagne de crowdfunding sur internet pour récupérer la somme. Une campagne qui peine d'abord à décoller, au grand dam de son ancien coéquipier George Cohen : « C'est vraiment une folie que cet argent n'ai pas été levé par des acteurs du football. Qu'un des meilleurs joueurs qu'il m'ait été donné de voir soit laissé dans une situation pareille est très triste. Jimmy a donné énormément pour le football et mérite d'être aidé aujourd'hui. 30 000 livres n'est pas une somme énorme. C'est le salaire moyen d'un joueur de Premier League aujourd'hui - certains d'entre eux gagnent 100 000 livres par semaine. Quelqu'un dans le monde du football pourrait lui donner d'une traite. Je le ferais si j'avais l'argent. » Heureusement, le week-end dernier, l'annonce de l'objectif initial rempli a fait le tour des médias britanniques. Loin de ces considérations, Wayne Rooney pouvait ainsi s'apprêter à fêter son record en toute sérénité.

Par Paul Piquard
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Saint Just Niveau : DHR
Donc si je m'en tiens a ce que disaient certains (notamment sur la cas rooney) son record de 366 buts en championnat ne vaut rien car il n'a pas gagné de titres ?
Gilberto Gil Rui Barros Niveau : DHR
« Qu'un des meilleurs joueurs que je n'ai JAMAIS vus soit laissé dans une situation pareille est très triste. » → traduction de merde de “one of the best players I've ever seen” ? Ou juste pas du français ?
Chelsea et Tottenham ne pouvaient pas faire un geste?
Sex Drugs and Cyril Rool Niveau : Loisir
Et sinon Owen Hargreaves il devient quoi?
Tottenham a couvert les soins avec son programme "Tottenham Tribute Trust" qui aide ses anciens joueurs en difficultés (Gascoigne par exemple).
DoutorSocrates Niveau : CFA
COYS!
souzadeoliveira Niveau : Ligue 2
Message posté par Saint Just
Donc si je m'en tiens a ce que disaient certains (notamment sur la cas rooney) son record de 366 buts en championnat ne vaut rien car il n'a pas gagné de titres ?


Bien sur que son record à une signification puisqu'il a été réalisé dans un des championnats les plus relevés de l'époque pas comme Rooney qui a claqué la majorité de ses buts contre des sélections de deuxième ou troisième division européenne et mondiale.
C'est comme si Jimmy Greaves avait claqué la majorité de ses 366 buts avec Tottenham en cup contre des équipes de deuxième ou troisième division anglaise.
'Fin bref Rooney est une légende.

Content que cela se finisse en happy end pour Jimmy.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Jimmy Greaves !

Quand j'ai commencé à m'intéresser à l'histoire du foot, y'a quelques blases comme ça qui me faisaient rêver : Léonidas, Josef Masopust, Karl-Heinz Rummenigge.
Jimmy Greaves, je trouvais que ça claquait bien. Un peu comme George Best. Un truc fulgurant, arrogant, un peu Rimbaldien.

Il ne fait peut-être pas parti du "Panthéon autorisé" du foot, mais quel joueur c'était ! Vif, rapide, puissant, complet.

Un petit docu très bien fait pour ceux qui ne connaîtraient pas le bonhomme :

https://www.youtube.com/watch?v=iRjs7AX3GXk
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Au delà de ça, quelle personnalité, ce gars !

Y'a qu'à lire ses déclarations, son style : "j'ai été bourré de 1972 à 1977" - on dirait du Best, ou du Bukowski. Ou ce qu'il dit sur la finale de 66.

Entre ici Jimmy, parmi les grands accidentés du talent. Le pays où le génie est le plus singulier, car le plus vulnérable.

PS : si sa saison au Milan fût certes avortée, il n'en marqua pas moins 9 buts en 12 matchs.
C'est marrant cette nouvelle mode. Ca fait quoi un an ou deux que maintenant on remet en cause les joueurs par rapport a leur but.

Maintenant un penalty n'est plus considere comme un but, on se sent oblige de preciser 15 dont 7 penaltys, et ca change quoi ? Pareil pour Rooney, maintenant selon les pays un but a plus ou moins d'importance. Sachant qu'on ne peut pas jouer qu'entre l'Espagne, l'Allemagne, la France, l'Angletterre, l'Italie et le Portugal, pour rester en Europe, il faut bien jouer des petites nations et les buts valent aussi cheres. Est ce qu'on aurait reproche a Van Persie de marquer contre l'Islande et eviter une defaite ? Trouve moi un joueur avec 50 buts en selections marques uniquement contre des cadors ou en phase finale de compet international.

Sur l'article je me serais attendu a un geste de Tottenham et de la FA, Chelsea aussi dans une moindre mesure.
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
14 10