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Jelen, le plombeur polonais

Si l'AJA est la dernière équipe à pouvoir encore contester le sacre de Marseille, elle le doit avant tout à son buteur, Ireneusz Jelen. Auteur de 13 buts, l'attaquant international polonais est indispensable à la réussite des siens, candidats au titre avec lui, profilés comme des relégables dès qu'il manque à l'appel. Portrait d'un joueur aussi essentiel que sous-estimé.

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On ne le refera pas. Brut de décoffrage. Invité à décrypter Ireneusz Jelen, son attaquant vedette, Jean Fernandez aurait pu assurer la promo de son poulain, en multipliant les superlatifs et ça aurait été de bonne guerre. Mais non, Jeannot a plutôt donné dans le froid réalisme pas forcément très flatteur pour son buteur polonais : « Jelen n'a pas besoin de beaucoup d'occasions pour marquer. Il a une adresse extraordinaire devant le but. Il me fait penser à Papin. Il manque un peu de qualité technique, il perd souvent les ballons dans les contrôles et les passes, il n'a pas de courses très intelligentes mais il va très vite et il est très adroit devant le but » . Alors ce serait ça Jelen, juste un gars un peu bourrin qui serait né avec de bonnes cannes et le compas dans l'œil. Eh bé, qu'est-ce que ça serait si ce gars avait du talent. Car il ne faut pas se tromper : l'avant-centre auxerrois est probablement le joueur le plus essentiel à son équipe en Ligue 1. Plus que Mamadou Niang, Marouane Chamakh, Lisandro Lopez ou Eden Hazard, tous nommés pour le titre de meilleur joueur. C'est simple : sans les buts du natif de Cieszyn, l'AJA serait relégable. Aujourd'hui, elle est le dernier espoir d'éviter l'orgie phocéenne qui menace l'Hexagone en cas de sacre de l'OM.



« Je suis un peu maso »



On n'exagère pas. L'an passé, les Bourguignons luttaient pour le maintien en l'absence de leur scoreur, blessé à l'épaule, avant de finir en boulet de canon (11 victoires en 16 matches) avec son retour sur le front de l'attaque, auteur de 14 pions en 26 matches et sans tirer de péno s'il vous plaît. L'été dernier rebelote avec une nouvelle absence de huit semaines pour une blessure au dos. Résultat : Auxerre débute par trois défaites et un nul sans marquer le moindre but avant de retrouver les filets et la victoire grâce au retour de leur joueur fétiche. Le début d'une série de 13 matches sans défaite avant un revers au Parc face au PSG (0-1)... sans Jelen, of course ! « Il y a l'Auxerre avec et l'Auxerre sans Jelen » , confirme souvent Fernandez. Un joueur fondamental donc mais avant tout un buteur invétéré, encore auteur de 13 réalisations cette saison en 25 titularisations, soit une nouvelle fois un rythme supérieur à un but tous les deux matches. Une surprise ? Même pas. En Pologne, dans les rangs du sémillant club de Wisla Plock, Ireneusz facturait 88 buts en 182 apparitions : « Quand je ne marque pas, je ne suis pas bien, je suis angoissé. Ça me mine le moral et je passe mon temps à me remémorer les occasions manquées. Après le match à Montpellier, j'étais tellement abattu que je ne voulais parler à personne. J'ai coupé le téléphone et il m'a fallu deux jours pour évacuer ce malaise. Marquer des buts, c'est toute ma vie ! C'est ce qui me fait vivre. C'est ce qui m'a permis d'offrir à ma famille de nouvelles perspectives. Quand je ne marque pas, je cherche à comprendre pourquoi. Si le match est rediffusé, je le regarde. Sinon, je vais sur Internet et je me contente du résumé. Je suis un peu maso, mais j'ai besoin de me faire mal pour évacuer ce poids » .



Un peu de contrebande en Pologne



La recette du bonhomme tient essentiellement en un mot : profondeur. « C'est sans doute dans ce registre le joueur le plus fort du championnat de France » , expliquait Christophe Dugarry sur le plateau du Canal Football Club. « /Il fait beaucoup d'appels en profondeur et arrive à sortir du champ de vision des défenseurs, confirmait Marc Planus après un doublé pétaradant de Jelen à Jacques-Chaban-Delmas. C'est très difficile de l'avoir toujours devant nous, de savoir où il est réellement » . D'autant que ce solide gaillard (1,87m pour 80 kg) est bien servi par le jeu long et souvent à une touche de Pedretti ainsi que par la qualité de relais entre les lignes de Niculae. Un jeu archi-vertical qui permet à Auxerre de provoquer le danger sans avoir besoin de beaucoup se découvrir. « On a de bons joueurs mais ce sont les trois éléments-clés, reconnaît Fernandez. Si l'un d'eux vient à manquer, on est mal. Et pour marquer, on n'a pas d'autres recours que Jelen. A Bordeaux, comme dans la plupart des matches, il a mis les occases et on a gagné. A Montpellier, il en raté six très grosses, on n'a pas été fichus de le suppléer et on a raté les trois points » . Jelen a beau nuancer son importance ( « On peut dire qu'il y a une Jelen-dépendance même si, en fait, c'est plus statistique que psychologique » ), le gaillard connaît sa valeur pour le club icaunais. Il se murmure ainsi qu'il aurait ficelé un contrat à 200 000 € par mois, un tarif à faire avaler son Chablis de travers à Guy Roux. Et le Polonais de jouer avec les nerfs de ses dirigeants en ne disant rien de ses intentions pour la saison prochaine. Un peu filou alors ? Faut dire que ce bon Ireneusz a très tôt appris l'art de la débrouille en Pologne en pratiquant un peu de contrebande comme il l'avouait il y a quelques semaines dans France Football : « On brode beaucoup autour de ça en Pologne, mais c'est un peu exagéré. C'était juste des petits trafics pour gagner un peu d'argent. Comme Cieszyn est situé à la frontière tchèque, il y avait là-bas des produits moins chers qu'en Pologne. Alors, on faisait les fourmis (sic) pour aller chercher ces différents produits. On a appris à feinter les douaniers. Maintenant, je feinte les défenseurs adverses » .

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