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Jean-Pierre Paclet : « Beaucoup de joueurs sont addicts aux médicaments »

Médecin de l'équipe de France de football de 1993 à 2008, le docteur Jean-Pierre Paclet a accepté de répondre à nos questions dans le cadre de notre enquête sur l'abus d'anti-inflammatoires dans le football, publiée dans le numéro 153 de SO FOOT. Et, au-delà du problème de l'Ibuprofen et du Diclofénac, le praticien désormais à son compte estime que le monde du football n'est pas organisé pour favoriser la bonne santé de ses joueurs. Entretien sans pommade anti-douleur.

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Daniel Agger, Dejan Lovren, sans parler de John Terry, Gareth Bale... De nombreux joueurs d'envergure ont admis avoir usé d'anti-inflammatoires pour pouvoir tenir leur place ou revenir plus vite. Des prises souvent au-delà des quantités recommandées. La surconsommation d'anti-douleurs est généralisée dans le monde du foot ?
Difficile de répondre de manière générale sur un tel sujet, car ce n'est pas spécifique aux footballeurs, mais à tous les athlètes de haut niveau. Certains utilisent les anti-inflammatoires pour atténuer des douleurs après un choc violent ou un effort trop intense. On est alors dans une médication de confort. Le problème, c'est que cette consommation d'anti-inflammatoires est trop largement diffusée, et elle se fait souvent en l'absence de pathologie. Si vous vous faites une entorse de la cheville, le médecin va vous prescrire un anti-inflammatoire, car c'est nécessaire à la guérison. Mais dans beaucoup de cas, les joueurs prennent ces anti-inflammatoires pour pouvoir passer outre la douleur et jouer, alors que la meilleure solution médicale serait autre, notamment le repos.

Il y a des molécules en particulier qui sont utilisées dans les vestiaires ?
Chez les footballeurs, il y a finalement deux types de médicaments très répandus : les anti-inflammatoires donc, mais aussi les myorelaxants, des dérivés du valium, comme le Myolastan (interdit à la vente depuis 2013, ndlr). Ce sont des médicaments qui permettent une relaxation musculaire intense, mais à ne pas prendre par exemple avant de conduire. En prendre une fois, deux fois... Mais beaucoup de joueurs sont addicts. Pas drogués, hein, car on ne va pas parler de drogue, mais c'est devenu une addiction pour certains, un réflexe rassurant. Un peu comme ma grand-mère qui, si elle n'a pas sa dose de paracétamol chaque jour, dit qu'elle a mal partout. Les anti-inflammatoires, c'est presque un effet placebo pour certains footballeurs.

Certains prendraient aussi des psychotropes comme le Stylnox, pour dormir...
Beaucoup ont du mal à dormir à cause de leur rythme de travail, donc ils cherchent des solutions. Rendez-vous compte, ils ont des matchs à 21h, mais doivent s'entraîner le matin. Je l'avais déjà dit à des confrères : « Mais faites les entraînements aux mêmes horaires que les matchs ! » Sauf qu'il y a des besoins familiaux, donc on demande à la fois aux joueurs de se lever tôt et de se coucher tard. Un match de l'équipe de France à domicile à 21h, on n'était pas couché avant 4h du matin.

« L'éternel conflit du médecin de club, c'est de savoir que ce n'est pas bien de donner des anti-inflammatoires à la demande... Mais ils préférent tous les donner, histoire d'avoir un vrai suivi sur ce que prennent leurs joueurs. Sinon ils se fournissent eux-mêmes et c'est encore pire. »

Le problème avec les médicaments comme les anti-inflammatoires, ce sont les effets secondaires...
Ces prises de médicaments répétés peuvent provoquer de gros soucis physiques. Frank Lebœuf avait, par exemple, développé un ulcère à l'estomac à cause des anti-inflammatoires pris en continu, il s'était exprimé dessus. Nous, médecins, ne pouvons donner des anti-inflammatoires en continu à des patients lambda. Mais les footeux, dès lors qu'ils s'auto-médicalisent... Parce qu'il faut bien comprendre que ce qu'ils prennent, ils le trouvent chez eux dans l'armoire à pharmacie, il n'y a pas besoin d'ordonnance, c'est même leur épouse qui a acheté pour eux... Les deux molécules les plus récurrentes ce sont le Diclofénac, plus connu sous le nom de Voltarène, et l'Ibuprofen.

Les médecins de club ne mettent pas un frein à la pratique ?
L'éternel conflit du médecin de club, c'est de savoir que ce n'est pas bien de donner des anti-inflammatoires à la demande... Mais ils préférent tous les donner, histoire d'avoir un vrai suivi sur ce que prennent leurs joueurs. Sinon ils se fournissent eux-mêmes et c'est encore pire. Le médecin doit faire preuve de pédagogie, bien expliquer les conséquences de chaque prise. Il y a une différence entre prendre deux comprimés par semaine, la veille d'un match, et prendre des comprimés tous les jours. Dans le second cas, c'est une addiction.


Une fatalité ?
D'autres soins existent, comme les massages, la physiothérapie... Mais cela emmerde les joueurs d'attendre que le kiné ou le médecin soit disponible. En équipe de France, les kinés et ostéopathes ne s'arrêtaient quasiment pas entre 10h et 3h du matin. Ça défilait sur leur table de soins. En clubs, c'est plus compliqué à mettre en place car les joueurs veulent rentrer chez eux. Et puis les praticiens, il faut aussi qu'ils se reposent.

Que penser d'un joueur comme Dejan Lovren, qui admettait en septembre prendre cinq comprimés anti-douleurs avant les matchs, mais ne pas faire les entraînements à cause de son corps en vrac ?
Le cas Lovren ? Une grosse connerie, il va au devant de pépins graves... Il sacrifie sa vie d'après pour sa carrière... C'est un peu comme l'histoire de la pilule rose pour gagner les Jeux. Dis à un athlète : « Si tu prends cette pilule rose, tu gagneras la médaille d'or, mais tu crèveras douloureusement dans cinq ans. » Neuf sur dix vont prendre la pilule. Quand votre vie a été orientée sur la performance depuis toujours, la prise d'un médicament, quel que soit le risque, cela semble accessoire.

« En 2006, je m'inquiétais pour Zidane, je sentais qu'à tout moment ça pouvait péter. D'ailleurs, c'est aussi là-dessus que Marco Materazzi l'a provoqué. Quand il s'est déboîté l'épaule et que je m'occupais de lui sur le bord de la pelouse, Materazzi m'a gueulé : "Tu ne peux plus rien pour le vieux, il est tout cassé, il est foutu !" »

Certaines études s'intéressent désormais à l'impact des anti-inflammatoires sur les risques de crise cardiaque.
C'est certain que l'on demande aux insuffisants cardiaques d'éviter les anti-inflammatoires. Mais dans le football, je ne pense pas qu'il y ait des risques de mort liée à la prise d'anti-inflammatoires. Déjà, les joueurs sont assez bien repérés en France, comme ce fut le cas pour Steve Savidan. S'ils font des tests, bien sûr. En général, à plus de quatorze millimètres d'épaisseur de la paroi ventriculaire du cœur, cela nous pose problème. C'est l'histoire de la signature avortée de Lilian Thuram au PSG en 2008. Le médecin qui l'a ausculté m'appelle et me dit : « Merde, j'ai Thuram à quinze millimètres...  » Là, on dit au gars : « Désolé, il faut arrêter le foot, c'est trop risqué.  » L'épaisseur de cette paroi évolue dans le temps, notamment avec la répétition des efforts, trop d'entraînement. Les risques cardiaques ne sont pas les plus avérés pour le moment, mais les autres risques ne sont pas négligeables, comme un grave dysfonctionnement rénal, par exemple.


À défaut de provoquer un drame « visible » , cette médication abusive raccourcit-elle la durée de vie des intéressés ?
À ce stade, on sait qu'un athlète de haut niveau vit moins longtemps qu'une personne « normale » . Mais il faudrait plus d'études rigoureuses pour déterminer les principales raisons. Il faudrait faire des enquêtes précises, suivre certains joueurs sur du long terme, notamment après leur carrière, en sachant exactement ce qu'ils ont pris et en quelle quantité. Et puis avoir une politique pédagogique auprès des médecins et personnels. C'est difficile de traiter ce problème. Doit-on, par exemple, demander à ce que les anti-inflammatoires soient classés comme produits dopants ? Si on fait ça, on a une levée de boucliers de tous les acteurs. Parce qu'il ne faut pas être naïf : cette auto-médication dans l'ensemble de la société, la possibilité d'obtenir des ordonnances sans voir un médecin, de se procurer des médicaments sans aucune contraire, cela arrange beaucoup de monde. La sécurité sociale n'a plus besoin de rembourser, les vendeurs font du chiffre... Tout le monde est content.

Un joueur qui n'a pas besoin de traiter la douleur, cela existe ?
En football, aucun joueur ne joue à 100%. Platini a fait le Mondial 1986 avec un genou qui sifflait. En 2006, je m'inquiétais pour Zidane, je sentais qu'à tout moment ça pouvait péter. D'ailleurs, c'est aussi là-dessus que Marco Materazzi l'a provoqué. Quand il s'est déboîté l'épaule et que je m'occupais de lui sur le bord de la pelouse, Materazzi m'a gueulé : « Tu ne peux plus rien pour le vieux, il est tout cassé, il est foutu ! » Et pourtant, Zidane a été au top sur la durée du tournoi, malgré ses fragilités. Mais après, ça c'est aussi le privilège des meilleurs joueurs comme Ronaldo, Messi, Neymar. Regardez-les sur un match, ils s'accordent des temps de repos. Combien de fois Messi est en train de marcher, les mains sur les hanches ? Parce que ces joueurs-là, ils doivent faire la différence, ce qu'il y a de plus dur, donc ils peuvent se permettre de moins travailler, sans que personne ne puisse le leur reprocher. Mais tous les autres, ils doivent serrer les dents et répéter les efforts pour être utiles. Quitte à tirer sur la corde un peu trop fort.

Propos recueillis par Nicolas Jucha L'enquête sur l'abus d'anti-inflammatoires dans le football est à lire dans le numéro 153 de SO FOOT, actuellement en kiosque.
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