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Jean-Pierre Bernès : « Makelele ne va pas tarder à m'appeler »

On le présente souvent comme l'agent français le plus influent, mais lui se conçoit comme bien plus. Jean-Pierre Bernès propose sa vision du métier, plus multicarte qu'elle n'y paraît. Et ne nie pas son influence.

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NB : Ces propos ne figurent pas dans l'interview publiée dans le SO FOOT #127 actuellement en kiosque

Quelle est la chose la plus difficile à apprendre dans le métier d'agent, qui est le vôtre depuis 1999 ?
J'abordais un nouveau métier, mais je le connais déjà vu que j'avais été directeur sportif. C'est comme lorsque Pape Diouf arrive président de Marseille. Il avait été agent, côtoyé des dirigeants, même été journaliste avant, donc il connaissait. Donc moi, je n'ai pas appris un métier non plus. Je connaissais les rouages. Et c'est une force.

Vous avez souvent indiqué voir la relation joueur–club comme un partenariat…
Oui, bien sûr, gagnant-gagnant, si ça passe bien pour l'un, c'est bon pour l'autre et inversement. Quand un joueur évolue bien, structuré, sérieux, professionnel, le club est content. Diplomate, c'est un terme qui me convient bien. Les intérêts des deux sont liés, tout le monde s'y retrouve à la fin.

Vous essayez donc de ne pas avoir de joueurs formés dans un club qui en partent en fin de contrat, comme Briand à Rennes ou Pedretti à Sochaux...
C'est justement parce que j'ai été dirigeant de club que je pense qu'un joueur formé dans un club se doit d'en sortir par la grande porte. Rembourser au moins ses années de formation, ça fait partie de ma philosophie. Et puis, je l'avais expliqué à Briand ou Pedretti : si tu mets une indemnité - 6 millions pour Jimmy, c'est pas cher pour un attaquant - et que le club te veut vraiment, il te prendra. Mais si tu es libre et qu'un club te prend, tu ne sais pas s'il profite d'une aubaine ou pas, si tu vas faire le nombre ou pas… André Ayew n'a jamais eu une proposition, mais là, oui. Parce qu'il était libre.

Vous avez souvent cité Nasri comme un exemple à la fois de carrière rondement menée, avec des paliers franchis au bon moment, mais aussi comme preuve que votre influence sur Deschamps n'est pas si grande…
Bah oui, ça montre bien que toutes ces histoires de conflit d'intérêts, c'est zéro. Regardez combien Mendes a de joueurs en équipe du Portugal, il a même eu la légion d'honneur là-bas, et en France, on va de suite me chercher là-dessus. Ils sont cons, les agents. Souvent, ils ont soulevé ça comme un problème, alors que ça leur donne du travail. Aujourd'hui, tous les entraîneurs ont un agent en France. À l'étranger, n'en parlons pas. Mais parce que c'est moi... C'est de la jalousie.

Vous n'avez pas la légion d'honneur, mais vous avez été invité à vous exprimer au Sénat, à l'Assemblée, ça a dû vous faire plaisir…
Grand plaisir, c'est un truc intérieur, une fierté, pour moi, ma famille, les gens qui me sont proches, parce qu'ils ont beaucoup souffert de mes déboires en 1993, et c'est une satisfaction personnelle de pouvoir dire que je suis écouté, qu'on demande mon avis. Pour moi, mon football ne se limite pas au métier d'agent, faire un transfert du 1er juillet au 15 juillet. Signer un contrat, ce n'est pas ça. Moi, c'est toute ma vie, tous les jours, toute l'année. Je parle de plein de choses avec des journalistes, des dirigeants de club, des médecins, des préparateurs physiques, tous les gens du foot quoi.

« Laurent Blanc avait besoin d'être aidé, soutenu, dans l'affaire des quotas, et là, je me suis régalé. Parce que je me sentais vraiment utile dans le conseil. » Jean-Pierre Bernès

Pendant l'affaire des quotas autour de Laurent Blanc, vous assurez la communication de crise, et d'ailleurs la fédé vous remercie…
C'est le ministère qui m'a remercié. Le football me passionne et je ne suis pas passionné uniquement par mon métier d'agent. Des fois, j'ai des préparateurs physiques qui m'appellent, des préparateurs mentaux. Tout m'intéresse, et à partir du moment où ça touche le football, souvent, on sollicite mon avis.

Et cette faculté à éteindre les incendies… La gestion de crise, c'est un vrai métier en soi pour vous ?
Ça me plaît, j'adore ça. Quand tout va bien, on n'a pas besoin d'être trop près des gens. Quand ça va pas bien, là c'est important. Et Laurent Blanc avait besoin d'être aidé, soutenu sur l'affaire des quotas. Et là, je me suis régalé. Parce que je me sentais vraiment utile dans le conseil.

Vous tombez de votre chaise quand vous voyez « Knysna » ? En tant qu'agent, vous en pensez quoi ? Drame humain ? Catastrophe industrielle ?
Je vois un groupe qui n'est pas dirigé. C'est la faillite de l'encadrement, pas seulement le staff. Tout part des dirigeants. C'est pareil dans les clubs : pas de grands clubs sans grands dirigeants. Le patron, le patron ! À Lyon, il y a un patron. Depuis 1987, c'est le boss, son club, regardez comment ça marche. En sélection, c'est pareil : il faut des grands dirigeants. C'est la même chose dans toutes les collectivités. Ce truc de 2010…

Vous aviez anticipé ?
Pas du tout. Et il n'y a pas un des observateurs qui ont critiqué après qui avaient annoncé la chose avant. C'est toujours facile après… Le bus, c'est le pompon. Après, on peut tous avoir un jugement, c'est le foot, on commente, mais là c'est une déconfiture, l'écroulement d'une institution quoi. Et, pour moi, ça ne peut pas arriver aujourd'hui, ça. Impossible.

Par rapport à des cas de joueurs comme Matuidi, Valbuena, vous parlez régulièrement avec le regard de quelqu'un au-dessus de la mêlée, qui n'a pas trop à souffrir de la concurrence, mais beaucoup d'agents plus modestes disent : « Mon jeune, à 16 ans, je l'amène jusqu'à son premier gros contrat et il me claque dans les doigts juste avant ce premier contrat. » Le quotidien des petits agents, vous comprenez leurs difficultés ?
Oui, je comprends. J'en reçois des fois, notamment des étudiants qui veulent devenir agents. Je leur dis que c'est un métier difficile, je comprends leur désarroi. Je comprends l'agent qui a pris un gamin sous son aile à 16 ans et qui le voit partir à 19 ans. Il y a différent niveau d'agents. Certains peuvent prendre le gratin. Comme dans tous les milieux, il y a des niveaux. Mais quand vous conseillez un gamin de 16 ans - qui a besoin de conseils -, vous n'avez pas forcément les compétences pour conseiller ce gamin plus haut. Mais l'agent ne le comprendra jamais. Un mec qui fait le métier depuis un an n'aura pas la même expertise que quelqu'un qui l'exerce depuis 30 ans.

Mais il faut bien qu'ils commencent...
C'est ce que je leur dis, mais il faut du temps, comme dans toutes les carrières. Les anciens partent, de nouveaux arrivent. Moi, les joueurs m'appellent, même si j'avoue que je vais en chercher certains. Mais sur dix de mes joueurs, huit m'ont contacté d'eux-mêmes, et, à chaque fois, je leur pose la question : « Tu as un agent ? » On me répond à chaque fois « oui, mais je veux arrêter » . Je leur demande d'arrêter la collaboration avant de venir avec moi. On fait quoi d'autre ?

« Je verrais bien Djorkaeff en dirigeant, en costard, dans la gestion sportive, le business. C'est quelqu'un de bien, intelligent, une belle carrière, l'autorité… Je ne le vois pas entraîneur. » Jean-Pierre Bernès

Les 2 sur 10 que vous allez chercher, c'est dans quels cas ?
(Il réfléchit) C'est rare. Parce que j'ai entendu dire qu'il cherchait un agent. Dans le football, les informations circulent. Il faut que le joueur m'intéresse. Ensuite, je vérifie.

Le directeur administratif de Lyon à l'époque du transfert d'Essien, Marino Faccioli, aurait ensuite été nommé au même poste à la Fédération française par votre entregent...
C'est vrai.

Vous faites aussi agent de directeur administratif ?

Tout à fait. Si, demain matin, un intendant de club me demande si je connais un bon club pour rebondir... Mais dans ces cas-là, c'est fait bénévolement dans l'intérêt des gens. Si un préparateur physique me demande un poste, je l'aide. J'aime gagner ma vie, mais je ne suis pas obnubilé. Je ne fais pas tout dans un intérêt financier.

Quand Bouchet est à l'OM, le nom de Blanc est évoqué comme directeur sportif, et vous l'en avez dissuadé en lui expliquant précisément les prérogatives du métier…
Oui, c'était un moment où il était indécis sur la suite à donner à sa carrière. À un moment, il s'est posé la question : s'orienter vers un poste de dirigeant, un poste de directeur général, un truc comme ça, ou le métier d'entraîneur ? Une problématique pas évidente et à laquelle sont confrontés beaucoup d'anciens joueurs. Au Brésil, par exemple, j'en ai beaucoup parlé avec Youri Djorkaeff. Bon, ben lui, on échange encore, c'est quelqu'un que je verrais bien dirigeant, en costard oui, dans la gestion sportive, le business. C'est quelqu'un de bien, d'intelligent, une belle carrière, l'autorité… Je ne le vois pas entraîneur. Ça, c'est mon expérience, de 34 ans, je n'ai aucun mérite, hein ! Je peux voir à peu près quand les anciens joueurs se posent la question de ce qu'ils peuvent faire. Ils vont souvent sur entraîneur, mais bon, ils peuvent pas tous faire entraîneur. Blanc ne voulait pas aller n'importe où, mais dans un club pour gagner, qui avait les moyens de gagner, en pleine hégémonie de Lyon. Il n'y avait pas beaucoup de clubs, et Bordeaux, pour démarrer, c'était le club idéal pour lui. Il a la personnalité qui correspond. C'était une bonne idée, et un bon choix.

L'été dernier, comment s'est passé le transfert de Valbuena à Moscou ?
Valbuena, c'est lui qui est venu me trouver pour que je sois son agent, j'ai dit oui. On a essayé de trouver des clubs, et le Dinamo Moscou est arrivé. J'ai mangé le dimanche dans un restaurant à Cassis avec les dirigeants du Dinamo Moscou pour discuter du contrat du joueur. Le soir, avec le joueur, on dit « non » . Labrune est au courant et le dimanche soir, il appelle directement le joueur, pas son agent, et lui dit : « Il faut que tu ailles à Moscou. Demain matin, tu dois rencontrer les dirigeants du Dinamo Moscou tout seul à l'Intercontinental. » Cela s'est signé sans moi, mais avec l'avocat de Valbuena.

« Gourcuff, c'était un beau dossier humain » Jean-Pierre Bernès

C'est un transfert contraint ?
Non, non, non. Il a changé d'avis, cela a été renégocié, mais cela n'a pas été fait dans les règles de l'art.

Vincent Labrune qui refuse de vous parler, cela ressemble à quelqu'un qui met de l'émotion dans sa gestion...
Il ne faut pas tout mélanger, exactement. Je ne sais pas quel est le problème. C'est lié à des influences autour de lui, il n'y a jamais eu d'explications entre nous.

Cela vous aurait plu de vous pencher sur le cas Anelka ?
Oui, j'aime bien m'intéresser aux personnalités différentes. Comme Gourcuff à un moment donné. J'aime bien chercher à comprendre les gens. Je ne les condamne pas. Faire le contrat en juillet, c'est le plus facile. Ce qui me plaît, c'est le côté humain. Gourcuff, c'était un beau dossier humain. Cela n'a pas marché, c'est comme ça. Mais on dépasse le cadre d'agent. J'aime bien découvrir les gens et me faire ma propre opinion. Ils ont une image relayée par la presse, mais quand on les découvre en vrai, ils sont différents.

Les grands joueurs qui connaissent un premier échec, Claude Makelele par exemple, est-ce qu'ils vous appellent ?
Je pense qu'il ne va pas tarder. On m'a dit qu'il allait m'appeler, un ami à lui m'a demandé s'il pouvait m'appeler.

Vous lui conseilleriez quoi ?
Il faut d'abord que je discute avec lui, je ne le connais pas. Il y a un côté intuitif dans tout ça, je dois ressentir les gens.


Propos recueillis par Nicolas Jucha et Vincent Riou NB : Ces propos ne figurent pas dans l'interview publiée dans le SO FOOT #127 actuellement en kiosque
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