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Jean-Louis Gasset, l'adjoint qui vient de loin

Présenté aujourd'hui comme un point fort du staff de Laurent Blanc au PSG, le fidèle adjoint a connu bien des galères lorsqu'il s'est essayé au poste de numéro 1.

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L'anecdote commence à être connue. Ce qui est logique, après tout, Souleymane Diawara ne se fait jamais prier pour la raconter. Quand il arrive à Bordeaux, en 2007, le stoppeur ne parvient pas à retrouver son niveau. Au bout de quelques semaines, Jean-Louis Gasset, qui est l'adjoint de Laurent Blanc en Gironde, le prend à part. Lui demande, avec sa voix rocailleuse, s'il a changé quelque chose dans sa vie. Puis s'énerve franchement quand il apprend que le roc sénégalais a mis de côté les virées nocturnes. « Sors, mets-toi minable si c'est comme ça que t'es bon » , insiste-t-il. Le match suivant, Diawara vole dans une rencontre face au PSG, non sans avoir animé la soirée étudiante bordelaise quelques jours auparavant.


OM-PSG, le déséquilibre a déplacé la rivalité

Un déclic pour un élément qui devient incontournable dans une équipe qui termine à la deuxième, puis à la première place en Ligue 1. Une histoire sympathique, aussi, qui définit assez bien aujourd'hui le second du « Président » . Le mec du Sud, jovial, comme un poisson dans l'eau dans la grande machine parisienne où il anime les séances d'entraînement et joue la carte de la proximité avec le vestiaire. Mais cette histoire de cadrage du grand Souley est aussi charnière dans la carrière de Jean-Louis Gasset, qui n'a pas toujours été l'adjoint qui repère les failles adverses, celui qui indique à David Luiz et Thiago Silva où se placer sur corner pour créer l'exploit sur la pelouse de Chelsea. Il a aussi connu des galères. Et pas qu'un peu.

« Jean-Louis, il est plus là pour détendre »


Immédiatement dans le staff de Montpellier à la fin de sa carrière de joueur, il a en main l'équipe première en 1999, alors que Michel Mézy souhaite prendre un peu de recul. Après une victoire en Coupe Intertoto, Nicollin signe des chèques pour lui faire un gros effectif l'année des 25 ans du club avec des jeunes prometteurs (Sorlin, Delaye, Barbosa, Maoulida) et d'anciens glorieux Nantais (Loko, Ouedec, Pedros, Gourvennec).
Il a tenté d'être numéro 1, mais ça n'a pas marché. Gérer un groupe de 15, 20 joueurs, c'est compliqué, il faut intervenir, élever la voix, prendre des mesures.Luis Fernandez
Flop total, Mézy est rappelé à la rescousse en décembre, mais le club sera quand même relégué à la fin. En septembre 2000, il s'offre une deuxième expérience en tant que numéro 1 en reprenant Caen en Ligue 2. Il finit 17e. Jean-Louis Gasset est perçu alors comme le passionné qui n'arrive pas à transmettre à son groupe, par manque d'autorité peut-être. « Il a tenté d'être numéro 1, mais ça n'a pas marché. Je savais que ce n'était pas pour lui. Gérer un groupe de 15, 20 joueurs, c'est compliqué, il faut intervenir, élever la voix, prendre des mesures. Jean-Louis, il est plus là pour détendre » , explique aujourd'hui Luis Fernandez, qui lui propose la saison suivante de devenir son adjoint au Paris Saint-Germain, avant de lui trouver une place dans sa valise lorsqu'il va sauver l'Espanyol Barcelone en 2003.


Gasset enchaîne avec un poste d'adjoint de Gravelaine à Istres pour les six derniers mois du club en Ligue 1. Avant de retenter sa chance en numéro 1 une fois à l'étage en dessous. JLG espère se relancer et se convaincre, enfin, qu'il a les épaules pour y arriver. Il touchera le fond. « Ils avaient fait une équipe pour remonter. À la trêve, on était 18es, pose Bernard Rodríguez, son adjoint à l'époque. En janvier, on a eu une discussion tous les deux, je lui ai dit qu'il n'était pas fait pour être numéro 1. Jean-Louis, c'est quelqu'un qui a des difficultés à gérer les problèmes. » Par souci d'honnêteté, celui qui s'occupe aujourd'hui du centre de formation de l'Espérance de Tunis précise que l'ami Jean-Louis n'est alors pas dans la forme de sa vie, alors que sa famille est restée vivre à Montpellier. Mais dans le club provençal, son attitude étonne, comme lorsqu'il laisse courir le bruit qu'il va devenir l'adjoint de Deschamps à l'OM, alors que le nom de DD est évoqué pour prendre la suite de Jean Fernandez dans le club phocéen. À Istres, il laisse l'image d'un coach peu concerné, un peu au bout du rouleau, qui vit son éviction au mois de janvier presque comme un soulagement. Moins de six mois plus tard, il débarque pourtant au Haillan dans les pas de Laurent Blanc.

Le forcing de Laurent Blanc


À l'époque, le club bordelais a eu des résultats avec Ricardo pendant deux saisons, mais ce n'était pas vraiment ça en ce qui concerne le jeu. Jean-Louis Triaud sonde Jean-Pierre Bernès, l'agent des joueurs, mais aussi des entraîneurs qui comptent. Dans la presse, le meilleur ennemi de Tapie fait croire qu'il va proposer Jacques Santini en Gironde.
Jean-Louis, c'est un homme du Sud, droit, honnête et respectueux. Et surtout, c'était une évidence pour Laurent.Jean-Pierre Bernès
Mais il a une autre idée : Laurent Blanc, désespéré de ne pas trouver un poste, qui en est presque à « payer pour entraîner » , de son propre aveu. Blanc séduit Triaud lors de son entretien d'embauche. Et il explique dès le départ qu'il veut Gasset, qu'il a connu au début de sa carrière à Montpellier, en adjoint. Bernès n'y est pour rien, découvre la requête sur le moment, mais ne trouve pas l'idée mauvaise pour autant, malgré les casseroles de numéros 1. « Des échecs, tout le monde en a, je suis bien placé pour le savoir. Il n'y a que ceux qui ne font rien qui n'en ont pas, rétorque l'agent. Jean-Louis, c'est un homme du Sud, droit, honnête et respectueux. Et surtout, c'était une évidence pour Laurent. » La belle histoire, avec Souleymane Diawara notamment, peut commencer.

Retenter sa chance en solo


Aujourd'hui au PSG, Jean-Louis Gasset a donc réussi et, quelque part, pris sa revanche. Car même au fond du trou, il croyait en son étoile. « Il m'a toujours dit qu'il était fait pour entraîner des grands joueurs. Sur le coup, c'était surprenant, mais il prouve aujourd'hui qu'il avait raison. Il est très intéressé par le jeu, pour disséquer les faiblesses de l'adversaire. Désormais, il est dans une sphère sportive et financière qui vaut des centaines de postes de numéro 1 » , note Bernard Rodríguez.
En numéro 2, il sait se mettre là où il faut se mettre.Bernard Rodríguez
Fidèle de Laurent Blanc, il est devenu un profil extrêmement rare sur le marché, à en croire Luis Fernandez : « En numéro 2, il sait se mettre là où il faut se mettre. Quand je vois les numéros 2 de maintenant, je me dis qu'il faut faire très attention. Il y a tellement d'interférences... Jean-Louis, il n'est pas là-dedans. » De quoi avoir suffisamment la cote pour retenter sa chance en solo. Jean-Pierre Bernès est persuadé qu'il est désormais guéri. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'a pas d'ambitions pour autant. C'est juste qu'il a appris à la partager avec Laurent Blanc : « Ils sont ensemble, ils forment une équipe, et à mon avis pour de longues années encore.  »



Par Romain Canuti Tous propos recueillis par RC
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