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« Jean-Jacques Goldman, c'est extraordinaire : il sait tout faire ! »

En accordant une bonne heure d'interview, normalement, comme le dit Paul Baysse, « y a de quoi faire » .

 Un sanglier, du kitesurf, une guitare et même une punchline à Zlatan, celui qui a vu ses ligaments croisés gauches puis droits sauter en moins d'un an, aujourd'hui à Nice, n’a effectivement pas déçu.

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Paul, ton papa était rugbyman, ta maman pratiquait le volley. Comment, du coup, tu t’es retrouvé à faire du foot ?
Au tout début, on a essayé de m’inscrire au hockey sur glace, mais j’étais trop petit. Et un pote de mon père, qui était entraîneur dans le club du quartier, à côté de chez moi, a accepté que je vienne avec eux et c’est comme ça que j’ai commencé le foot à cinq ans. Si, à quinze ans, je n’avais pas pu percer dans le foot, je pense que mon père m’aurait mis au rugby. Mes parents ne m’ont jamais poussé vraiment, ils m’ont accompagné et aidé à ce que ça se passe le mieux possible. C’était pas excessif. Ils voulaient surtout que je prenne du plaisir.

Tu te serais très tôt intéressé aux sports de glisse…
Depuis tout petit, on a toujours passé nos vacances au Cap-Féret, au camping. On allait là-bas pendant un mois. Mon père est amoureux du bassin d’Arcachon, amoureux de l’eau. Il nous a transmis cet amour de l’eau. Quand je rentre en vacances, je tanne un peu ma femme pour aller faire du surf, j’essaye de trouver des petits créneaux pour m’évader. Ma femme ne surfe pas du tout. On ne peut pas tout faire (rires). Sinon, j’ai eu mon premier skate à quatre ans. Les rollers, aussi. On allait au ski tous les ans. On avait la chance de pouvoir partir en vacances. Les sports de glisse, on aime bien ça dans la famille. Mon frère (21 ans) et moi surtout, car pour mes parents, c’est fini tout ça (rires). Rollers, skate, du snow, du ski, du kite. J’ai tout fait. Je prends vraiment du plaisir, c’est ma passion. J’ai des skates à la maison, mais je fais quand même attention. Je ne peux plus trop trop en faire, mais j’ai deux garçons, donc je vais essayer de les mettre au skate, à la trottinette. Je pense que je vais les amener au skate-park, au surf cet été. Je vais essayer de leur transmettre. Le ski, j’ai arrêté à 13 ans. Pendant les vacances, j’avais même plus le temps, car il y avait les rassemblements régionaux ou départementaux, les stages avec les Ligues d’Aquitaine. Je pense que la première chose que je fais quand j’arrête le foot, c’est que je vais à la montagne. Ce sont des choses qu’on ne peut pas faire. La dernière station de ski dont je me souvienne, c’est Pra-Loup, dans le Sud des Alpes. Tous les ans, on changeait de station en fait. C’est derrière moi tout ça. On n’a pas le droit aux sports à risques. Je ne sais pas si dans les contrats, ils énumèrent tous les sports, mais je sais que le ski et la montagne, je ne m’y risquerai pas. Après, je pense qu’il y en a (des joueurs, ndlr) qui en font. Mais moi, je ne prendrai pas le risque avec mes genoux. J’ai déjà vécu des galères, donc je mets tous les atouts de mon côté pour ne pas recommencer. À la limite, je ferais de la luge. 


« Au centre de formation des Girondins, j'étais externe. Mon père avait négocié des frais d’essence pour ses allers retours et me donnait ça en argent de poche, pour ne pas que je ressente trop de décalages avec mes coéquipiers. » Paul Baysse

Pour en revenir au ballon, tu finis par atterrir chez les Girondins de Bordeaux.
En fait, en jeunes, j’étais dans mon petit club, là où mes parents habitent, à Saint-Médard en Jalles, dans la banlieue bordelaise. Je devais avoir 11 ans et il y avait pas mal de tournois, de sélections régionales, départementales. Un jour, mon père me dit qu’il y a une détection chez les Girondins et que si je veux voir le niveau que j’ai, je peux y aller. Je n’avais rien à perdre.



Et tu es entré au centre de formation…

En fait, jusqu’à l’âge de 17 ans, je n’étais pas en centre de préformation. Tous les ans, c’était un peu « on te garde, on te garde pas » . Ils ont joué aussi sur le fait que j’habitais à côté. Je n’avais pas spécialement envie d’aller au centre, et de toute façon, je pense que ça m’a permis de me forger mon caractère. Tous ceux qui étaient au centre avaient un contrat, un peu d’argent de poche. Moi, je n’avais rien, c’était limite si on me donnait les crampons. Tous les ans, il fallait se remettre en question, alors que les autres avaient plus ou moins la garantie de rester avec leur contrat. Je devais prouver ma valeur tous les ans.



Donc, comment s’est passée ton arrivée chez les pros aux Girondins ?

J’ai intégré plus ou moins la scolarité avec les Girondins vers 15 ans, à l’arrivée au lycée. Mon père m’amenait le matin à 6h30 et il venait me rechercher le soir après les cours, vers 22h30. J’étais externe. Ça faisait des sacrées journées. Mes parents ont fait des sacrifices aussi. À l’époque, mon père avait négocié des frais d’essence qu’il avait calculés par rapport à ses allers retours et il me donnait cet argent de poche. C’était pour équilibrer, pour ne pas que je ressente trop de décalages avec mes coéquipiers. Et enfin, à 17 ans, je suis parti à Rennes avec mon père. J’avais rencontré Patrick Rampillon (le directeur du centre de formation, ndlr). Et en fait, dès mon retour, Bordeaux a appris que j’avais des contacts. Le club m’a proposé un an aspirant et j’ai signé. C’est là que j’ai intégré le centre de formation, j’étais notamment avec Kevin Olimpa (actuellement à Platanias, en Grèce) et Fouad Dahmoune (FC Montceau-Bourgogne). En parallèle, ça m’a aussi aidé, car j’étais en terminale S. Pour suivre les cours, c’était assez intense. Y avait du taf, fallait bosser !

« Depuis tout petit, je trempe mes lèvres dans le rouge. Une bonne viande avec du vin, c’est du plaisir. Mais je ne cuisine pas, je déguste.

 » Paul Baysse



Et tu l’as eu ton bac alors ?
Oui, mon bac S.

Quelle note ?
J’ai eu mon bac, on va dire. J’ai dû avoir dix, voilà (rires). 
C’était un peu la carotte avec mes parents. Ils ne m’ont jamais poussé vraiment, donc c’était surtout l’école pour eux. La priorité, c’était le bac. On était trois à passer le bac S ensemble. Il y avait Cyril Pérali, qui est sur Marmandes et qui a repris l’entreprise familiale. Il y avait aussi Adrien Mouflet, qui est désormais ostéo-kiné à Montréal. Ce sont vraiment mes potes, ils étaient à mon mariage. Il y avait aussi Benjamin Rémaut, qui était en terminale L. On était un groupe de cinq, souvent ensemble. J’ai eu de la chance, car la même année, j’ai eu mon bac et j’ai signé pro. Tout s’est bien goupillé.



Et il paraît qu’à Bordeaux, Pierrot Labat t’a beaucoup aidé. C’est vrai ?
Effectivement. On faisait beaucoup de travail technique avec le ballon, avec la potence, le jeu de tête, la détente, le timing, on travaillait tout ce qui était technique. Il m’a beaucoup fait progresser dans les périodes où j’avais besoin de bosser, où j’avais envie de bosser. Il m’a bien accompagné et j’adhérais à ce que lui proposait. Je demandais du rab et du rab. Il m’a aidé dans mon épanouissement. C’est un amoureux du ballon, il aimait transmettre. C’était passionnant de travailler avec lui.




Tu es de la région bordelaise, donc on est obligé de te poser la question : le vin fait-il partie de ton ADN ?
Depuis tout petit, je trempe mes lèvres dans le rouge. Je ne suis pas plus connaisseur que ça, mais j’aime bien le vin. Une bonne viande avec du vin, c’est toujours bon. La bouffe, c’est du plaisir. Je suis gourmand. Je ne cuisine pas, mais je déguste. Et j’ai une femme qui fait très bien à manger, donc j’ai de la chance. Je préfère qu’elle ne sache pas surfer, mais qu’elle sache cuisiner (rires). C’est mieux dans ce sens-là.



« Laurent Blanc m’avait dit à Bordeaux que si je faisais quatre matchs dans l’année, ce serait bien. Il avait été franc au moins. » Paul Baysse

Tu as eu Laurent Blanc comme coach à Bordeaux. Il était comment ?

Je l’ai peu connu en fait. Car en réserve, j’étais avec Patrick Battiston, qui m’a fait signer pro, et après, c’était Ricardo la première année. J’ai fait quelques bancs avec lui, mais je n’ai pas joué. Et quand je suis revenu à l’été, après le Championnat d’Europe U19 avec les Bleuets en Autriche, Laurent Blanc était devenu l’entraîneur. Je suis allé le voir par rapport au temps de jeu que je pouvais espérer. Et il m’avait dit que ça allait être compliqué, que je n’en aurais pas beaucoup en gros. Et ça m’avait marqué parce qu’il m’avait dit que si je faisais quatre matchs dans l’année, ce serait bien. Il avait été franc au moins. Je n’avais pas encore vraiment découvert le monde pro, donc on en était arrivés à la conclusion qu’il valait mieux que je sois prêté. Et c’est là où j’ai atterri à Sedan.



Avant de parler de Sedan, une dernière question sur Bordeaux. Tu n’as pas de regret de ne pas avoir évolué plus que ça chez les pros là-bas ?
Je ne suis pas quelqu’un qui vit de regrets. J’ai fait des choix. Si je ne peux pas jouer ici, bah, le ballon est rond ailleurs. À l’époque, j’espérais aller jouer autre part pour disputer des matchs. C’est vraiment ce qui s’est passé. J’ai vraiment pris la décision pour avoir du temps de jeu, j’ai vraiment pesé le pour et le contre. Si j’étais resté à Bordeaux, on ne sait pas ce qui se serait passé. Peut-être que ça aurait été mieux, peut-être moins bien. Avec des si… Je regarde devant. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est peut-être que je ne me suis pas tant trompé que ça.


Donc finalement, tu arrives à Sedan en prêt pour une saison. Pourquoi ce club-là ?
Je ne m’en rappelle plus trop. Ça commence à dater. Sedan descendait de Ligue 1, donc il y avait un bel effectif avec le projet de remonter, même si on n’a pas réussi. C’était important pour moi de montrer qui j’étais et ce que j’étais capable de faire. J’ai fait 22 matchs, donc c’est quand même pas mal pour une première année. Et après mon prêt, il y avait Angers qui était intéressé. J’avais eu Olivier Pickeu (le directeur sportif, ndlr) au téléphone. Je lui avais expliqué que j’étais flatté, mais que je revenais de Sedan, que je savais où je mettais les pieds là-bas. Donc c’était plus facile pour moi de m’engager avec Sedan. Il y a quelques joueurs que je recroise sur les terrains, même si ce ne sont pas des amis proches. Il y a Micka Le Bihan, que j’ai retrouvé à Nice. J’ai déjà recroisé Kassim Abdallah, Ismaël Traoré, avec qui j’ai joué à Sedan et aussi à Brest. On se suit tous un peu. Ça prouve qu’il y avait de la qualité dans cet effectif. 


Et le sanglier des Ardennes, tu l’as vu ?

Ah bah oui ! On l’a touché même, forcément ! Je crois même que la dernière année, il logeait au centre d’entraînement. Il avait un petit enclos même s’il s’est déjà échappé. On pouvait le caresser, le toucher. Ce n’est pas un mythe ! Le jour des matchs, il était au stade.




Cap à l’ouest ensuite, puisque tu signes à Brest.
Ça fait partie des clubs qui ont cru en moi, même si ça s’est concrétisé tardivement. J’ai dû arriver le 31 août (le 30 en fait, ndlr). Brest a matérialisé son envie de me recruter. Ça m’a permis de découvrir la Ligue 1. Ça s’est bien passé pendant trois ans. On a connu deux très belles années, la troisième un peu plus compliquée avec la descente au bout.

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En Bretagne, t’as pas dû échapper à la gastronomie locale ?

J’ai découvert le kouign-amann, les crêpes, le beurre salé, les choses classiques, quoi. Ça m’a marqué. Par exemple, on a créé des liens avec des supportrices de Brest, Françoise et sa fille, qui étaient puéricultrices. Françoise a accompagné notre premier fils qui est né là-bas. Elle s’en est occupée les premiers jours. Et, du coup, tous les mercredis, elle nous ramenait des crêpes. Maintenant, elles ont déménagé sur Toulouse. Et quand on va là-bas, j’ai droit à des petites crêpes, des biscuits bretons. On garde un très, très bon souvenir de notre passage en Bretagne et à Brest en l’occurrence. Que ce soit d’un point de vue sportif, malgré la blessure, ou humainement.



Justement, le 2 janvier 2013, c’est une date qui te parle ?

Forcément ! Je m’en rappelle très, très bien. C’était un match amical contre Plabennec. Ça devait faire 5 minutes de jeu. Je fais un saut et sur la réception, je sens mon genou gauche partir. J’ai pas de bruit ou d’image en tête. Tout le monde te demande si t’as entendu craquer, mais pas plus que ça. J’ai juste une impression que je perds ma stabilité d’un coup. Verdict : les croisés. Sur le moment, on ne veut pas y croire en fait. On se dit : « C’est pas possible, pas les croisés. » On se persuade que c’est pas ça, que ça ne peut pas nous arriver. Quand je fais les examens et que le verdict tombe, que c’est officiel, je me dit : « Putain, six mois… » Et c’est tout seul, il n'y a personne qui vient me tordre le genou. Je ne peux en vouloir qu’à moi-même. Ça n’est pas dû à un joueur, comme Renaud Cohade, contre Paris (Thiago Motta avait blessé le milieu de terrain stéphanois, ndlr).

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Qu’est-ce qui était le plus dur pour toi durant tes six mois d’absence ?
Voir les autres jouer et ne pas pouvoir participer. C’était difficile de voir les coéquipiers et l’équipe s’enfoncer, car on est impuissants. C’est pas évident, cette sensation de subir les choses. C’est frustrant, rageant. Ça m’a également permis de prendre du recul par rapport au foot et tout ce qui entoure ce sport. Ça m’a permis de relativiser et de me dire qu’il y a toujours pire que soi. C’est difficile, mais il faut trouver du positif dans ces moments-là. J’ai été bien entouré et je le suis toujours d’ailleurs, avec ma femme, mes enfants, ma famille et des amis qui m’ont soutenu. Et ça, ça aide beaucoup !



Autre chose qui a dû te motiver, c’est que Saint-Étienne t’a recruté malgré ta blessure.
Je remercie encore les dirigeants d’avoir cru en moi, car je n’avais pas fini ma rééducation. Je me suis fait opérer début février et quand je suis arrivé à Saint-Étienne, j’étais à cinq mois, j’avais encore un mois de ré-athlétisation avant de pouvoir officiellement rejouer. Même s’il n’était pas très élevé, il y avait quand même un transfert à payer en plus ! C’était une grosse marque de confiance que de me faire signer. On s’est rencontrés début juin. On rentrait de vacances avec ma femme. On était en voyages de noces aux Maldives. Ils étaient sur Paris, et nous, on y était en escale. On en a profité pour les rencontrer. On était un peu là en touristes. On avait rencontré Christophe Galtier, Stéphane Tessier et Dominique Rocheteau. On a échangé pour faire plus ample connaissance. Ça a traîné un peu ensuite, car j’étais à Capbreton. J’ai fait trois semaines là-bas et ça s’est concrétisé à mon retour. Je suis rentré à Brest pour saluer mes partenaires et les dirigeants. J’ai pris toute ma famille et on est arrivés sur Saint-Étienne.



Et finalement, dès le mois d’août, tu te refais les croisés, mais à l’autre genou. Comment ça s’est passé ?

Je commence l’entraînement avec Saint-Étienne. Au début, je suis relativement gêné. Je me rappelle d’un stage au Portugal où je ne fais pas le match, pas toutes les séances d’entraînement. Je reprends petit à petit et je monte en puissance jusqu’à fin juillet, et le premier match, avec la réserve, pour avoir du temps de jeu. On va à Voiron pour affronter Grenoble début août. Ça faisait pile six mois. J’étais vraiment bien, il n’y avait aucun signe. J’étais en pleine possession de mes moyens. Et puis, après 14-15 minutes de jeu, en course, je décélère, ma jambe reste droite et je pars en hyper extension. Une fois de plus, je ne peux en vouloir à personne, juste à moi-même. Je n’ai pas compris de suite, car je me suis dit : « C’est pas possible, ça ne peut pas retomber sur moi. Je ne peux pas enchaîner les deux comme ça. Ça ne peut pas être aussi grave. » Je glace. Le kiné qui était sur place me dit qu’il ne pense pas que ce soit les croisés. Personne n’a vu mon genou se tordre, donc on reste optimiste. Et puis le verdict tombe : croisés. Je me suis dit « Encore six mois » . Mon ménisque et le ligament latéral interne n’étaient pas touchés. C’était vraiment le ligament croisé qui avait sauté. La chance que j’ai eue dans mon malheur, c’est que j’arrivais dans un nouveau groupe, un grand club, donc je voyais les choses différemment. Je suis tombé dans un bon contexte et ça m’a aussi aidé à m’en sortir. Y a un bon groupe avec un super état d’esprit. En arrivant, je me suis reconnu dans cette ambiance, dans ce groupe-là. Ce sont des bons mecs, des bons vivants. Je pense que j’étais au bon endroit.




Il paraît que tu faisais de la trottinette pendant tes rééducations, c’est vrai ?

J’ai dû en faire un petit peu, mais j’avais le droit. C’était pas conseillé, mais c’était pas déconseillé (rires). J’étais à Capbreton, pas très loin de ma famille à Bordeaux et j’étais face à la mer, face à l’océan. Je surfe, j’aime les sports de glisse, donc il n'y avait rien de mieux pour me rééduquer. Il n'y avait pas de meilleur endroit.



En 2013, t’as eu tes deux grosses blessures, mais tu t’es également marié. Au final, c’était une bonne ou une mauvaise année pour toi ?

Compliquée, hein, comme question ! En plus, ma femme est à côté. Je ne peux pas dire que c’est une mauvaise année, car, malgré les blessures, je me suis marié, je suis transféré à Saint-Étienne, un très grand club, un club mythique du championnat de France. Il y a eu des bons moments. J’ai été et je suis encore conscient de la chance que j’ai eue.

« Je nesuis pas tous les matins, à me lever, mettre le gel, bien regarder qu’il n’y ait pas un cheveu qui dépasse. C’est le dernier de mes soucis. Je me lève comme je me lève. Je vais sur le terrain, je les attache. » Paul Baysse



Avec tes blessures, ça ne te fait pas trop peur quand tu te regardes sous la douche le matin ?
La première opération, c’était le professeur Frédéric Khiami à La Pitié-Salpêtrière. La technique, c’était Macintosh (le tiers du tendon rotulien est prélevé avec une petite barrette osseuse à chaque extrémité, ndlr). Du coup, j’ai deux petites cicatrices sur le côté de la cuisse, genre deux fois 5 centimètres. Ça reste discret. Et sur la deuxième opération, c’est avec le professeur Bertrand Sonnery-Cottet à Lyon. Sa technique, c’était DIDT (reconstruction du ligament croisé antérieur avec les tendons du droit interne et du semi-tendineux, ndlr). J’ai quelques petits points, mais franchement, si on ne le sait pas, on ne le voit pas. Ce ne sont plus des grosses balafres à l’ancienne, comme j’ai pu voir sur certains anciens.

À Sainté, ta coupe de cheveux a beaucoup fait parler. Tu te souviens ?
Ils m’ont beaucoup charrié, car j’avais les cheveux longs. Ça a commencé avec JP Mignot, qui me charriait tout le temps sur ça, et tout le monde s’est pris au jeu. Je ne suis pas tous les matins, à me lever, à mettre le gel, à bien regarder qu’il n’y ait pas un cheveu qui dépasse. Les cheveux, c’est le dernier de mes soucis. Je me lève comme je me lève. Je vais sur le terrain, je les attache. Mais ça fait partie des bons moments que je retiens à Saint-Étienne. Le problème, c’est que plus le temps passe, plus je perds mes cheveux, donc tant que j’en ai, je profite encore un petit peu. Peut-être qu’un jour, je n’en aurai plus. Et c’est pas quand je n’en aurai plus que je pourrai les laisser pousser.




Tu as déclaré chercher « un nouveau projet » avant de quitter Saint-Étienne. Te voilà à Nice. Mais ce « nouveau projet » , c’était plus pour effacer tes blessures de ta tête, non ?
Pas forcément, je considère que mes blessures sont derrière moi. Je regarde vraiment devant. J’avais vraiment envie d’avoir plus de temps de jeu, d’être sur le terrain afin de progresser. C’est pour ça que je fais la démarche auprès du club pour expliquer le besoin que j’avais. Ce n’est pas en jouant de temps en temps qu’on progresse. Saint-Étienne a aussi été à mon écoute. À aucun moment, les dirigeants n’ont bloqué ou ne m'ont mis des bâtons dans les roues. Ils ont été très corrects et très compréhensifs. Je suis content qu’ils aient réagi comme ça. Je les en remercie encore, car ils n’étaient pas forcément obligés.



« À Nice, je ne te cache pas que le soleil, ce n’était pas le critère numéro un. » Paul Baysse

Te voilà donc à Nice. Comment se sont passés tes premiers pas chez les Aiglons ?

Ils ont émis le souhait de recruter et ont tout mis en œuvre pour que ça se fasse vite. Moi, je ne crois que ce que je vois. Et là, en l’occurrence, j’ai vu. Ils avaient besoin aussi à ce poste-là. Ça s’est fait très, très vite. Ça faisait quelques années que le club me suivait aussi. On nous a dit direct « Tu vas voir, t’es dans une super région » , mais nous, ma famille, on est venus pour jouer au foot. Après, le temps, c’est un plus. C’est agréable quand en hiver, dès qu’on se lève, il fait beau, mais je ne te cache pas que le soleil, ce n’était pas le critère numéro un.




Même si c’est pas la météo qui t’a convaincu, t’as eu le temps de jouer aux touristes ou pas ?
Un endroit qu’on a beaucoup apprécié, c’est Saint-Paul-de-Vence. C’est vraiment beau. On a visité les galeries d’art là-bas. C’est très mignon et c’est un endroit avec une histoire. On n’a pas eu le temps d’aller encore sur la côte. On n’est pas loin de Monaco aussi. C’est un peu trop bling-bling, mais c’est à faire aussi. Le coin est sympa, même si je ne suis pas trop casino.



Pour les fêtes de fin d’année, ton club a organisé les OGC Nice Awards, et tes coéquipiers ont dit que t’étais le plus lent de l’équipe, mais aussi l’un des plus baraqués. T’en penses quoi ?
Pour la lenteur, ce sont des mauvaises langues ! C’est parce qu’ils étaient obligés de dire quelqu’un. Mais en tout cas, je ne suis pas le plus rapide, c’est vrai (rires). Quant au fait que je sois baraqué, bah, j’ai fait pas mal de muscu liée à mes blessures. Et puis je travaille de temps en temps, je m’entretiens, histoire que, dans les duels, je sois solide, même si ce n’est pas ma passion de soulever de la fonte. Je reste quand même un défenseur.


Et Hatem Ben Arfa, il ne te martyrise pas trop les articulations à l’entraînement ?

Ça va, il fait attention. Avec moi en tout cas ! (rires)



Autre cador du championnat de France : Zlatan Ibrahimović. Il y a une scène mythique avec toi lors d’un PSG – Saint-Étienne, où il te demande comment tu t’appelles et tu lui réponds de la même manière. On t’en parle souvent de ça ?
On m’en a parlé, car ça a été repris et repris. Il avait mis une grosse semelle à Romain Hamouma, alors qu’il avait une marque de crampons sur le tibia. J'étais allé le voir et je lui avais dit : « Ouais, faut pas abuser. » Il avait juste regardé mon maillot en faisant genre « t’es qui ? » Direct, j’ai fait la même chose. Je m’en fiche, moi. C’est venu instinctivement. À aucun moment, je n’ai calculé quoi que ce soit. Si tu ne me respectes pas, pourquoi je te respecterais ? Si tu veux que je te respecte, respecte-moi. Mais c’était pas méchant. Ça fait partie du personnage Ibrahimović.



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Avec Rémi Vercoutre aussi, ça avait chauffé, tu te souviens ?

C’était à Brest. C’était un match un peu tendu. Il y avait eu quelques gestes. Il est comme il est aussi. Je ne juge pas. Il y avait des trucs que je n’avais pas spécialement appréciés. Ce qui m’embête, c’est que ça a dégénéré après le terrain. C’est dommage. Ça s’est arrangé par la suite. Il a eu la gentillesse de m’envoyer un message pour mon autre croisé. Quand on se croise, on se salue. Il n’y a pas eu de suite à cette histoire. Lors de la commission de discipline, je n’étais pas là pour l’enfoncer ou pour qu’il prenne des matchs. Pour moi, c’était du passé.

Est-ce qu’on peut te qualifier de sanguin ?

Même si on ne me le dit pas, je le sais. Après, je pense l’être de moins en moins. Moi, je me donne à fond dans ce que je fais, je suis toujours à 100%. Je ne sais pas si c’est un défaut, mais je n’aime pas l’injustice et ça peut vite, entre guillemets, me mettre hors de moi. Quand je trouvais quelque chose d’injuste sur le terrain, étant plus jeune, je le faisais savoir sur le terrain (rires). Donc ça m’a coûté des cartons jaunes, des matchs de suspension. C’est vrai qu’en arrivant à Saint-Étienne, on me l’a fait remarquer, que je prenais trop de cartons. Je ne fais plus attention du coup. Aujourd’hui, je prends sur moi, même si ça me fait chier.

« On se faisait charrier dans le vestiaire avec Hamouma, car le matin, on parlait guitare, tout ce qui était autour des accords, les choses comme ça. C’était un peu du charabia pour tout le monde. » Paul Baysse



On va finir sur une note plus douce. Lors de ton bizutage à Saint-Étienne, tu as chanté Je marche seul de Jean-Jacques Goldman. C’est assez rare de la chanson française chez les footeux...
J’écoute de tout. Ça peut aller du rock, de la variété française, internationale, jusqu’au rap. Goldman, c’est un grand classique de la chanson française. J’ai chanté la même chose en arrivant à Nice. Je la connaissais. Je ne suis pas un très bon chanteur et je ne suis pas très à l’aise pour chanter devant tout le monde. Donc il me faut des choses simples et que je connais. J'étais allé voir son concert lors de sa dernière tournée. Jean-Jacques Goldman, c’est extraordinaire. Il sait tout faire.



Et ta guitare, tu l’as emmenée à Nice ?

Mes guitares sont toujours dans mon salon. On les traîne de déménagement en déménagement. J’ai eu un synthétiseur aussi. Quand j’étais petit, j’ai fait du solfège, des cours de piano, des cours de guitare. Et c’était très classique. Et quand il y a eu le foot, j’ai mis un peu ça de côté. Je joue un peu de temps en temps, mais pas plus que ça. Mon père a fait un peu de piano, ma mère a aussi pris des cours, donc c’est toujours lié aux parents. Quand j’ai trouvé Romain Hamouma à Saint-Étienne, il m’a dit qu’il était intéressé pour qu’on fasse de la guitare ensemble et qu’on prenne des cours ensemble. On l’a fait pendant un an. Ce qui était bien, c’est qu’on avait des cours, donc des obligations. Il continue d’ailleurs cette année, j’en suis sûr. On se faisait charrier dans le vestiaire, car le matin, on parlait de tout ce qui était autour de la musique, les accords, les choses comme ça. C’était un peu du charabia pour tout le monde.



Propos recueillis par Tanguy Le Séviller
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