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Jean Glavany : « Si certaines de mes propositions ont pu déranger, alors je suis satisfait »

Le 29 janvier 2014, le député des Hautes-Pyrénées Jean Glavany remettait entre les mains de Valérie Fourneyron un rapport de 33 pages « pour un modèle durable du football français » . Un an et demi après le micmac entre clubs et institutions publiques à propos de la taxe à 75%, que reste-t-il des conclusions de ce groupe du travail ? Ce rapport, pain dans la fourmilière ou coup d'épée dans l'eau ? Entre deux séances à l'Assemblée nationale, Jean Glavany nous ouvre la porte de son bureau.

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Au moment de la remise de ce rapport, le 29 janvier 2014, vous déclariez espérer qu'il ne termine pas « plein de poussière sur une étagère du ministère » . Bilan ?
Je ne me faisais pas beaucoup d'illusions à l'époque sur les suites que l'on donnerait à ce travail, parce que c'est souvent le destin que l'on accorde à des rapports de ce type. Mais il y a au moins deux mesures sur lesquelles on a fait bouger les choses. La première : ne pas distinguer sport et culture. Les jeunes sportifs peuvent épanouir leur talent comme un acteur de théâtre ou un joueur de piano, et la société doit les accompagner de la même façon. Cela passait par la suppression de la taxe sur les spectacles, que l'UE a malheureusement jugée comme une distorsion de concurrence. On s'était alors engagés pour dire : « Il ne faut pas que la TVA soit différente pour les spectacles sportifs et culturels » , et on a obtenu gain de cause (à 5,5%, ndlr). Plusieurs présidents de clubs de rugby m'en ont d'ailleurs remercié, donc rien que pour cette mesure, je pense que cela valait le coup de faire le rapport.

Et la deuxième mesure ?
Selon moi, on est en train de faire bouger les choses sur le traitement des supporters. On dit que le foot est un sport « professionnel  » , mais certains clubs ne le sont que dans les termes. La gestion de ces derniers est, pour la plupart, très amateur sur plusieurs points, la billetterie par exemple. On s'était dit que ces supporters méprisés devaient être intégrés. Trouver leur place, aussi, dans la lutte contre le hooliganisme. Pourquoi ne pas les associer économiquement aux clubs en en faisant des actionnaires ? Donc c'est en train de bouger, une proposition de loi sera d'ailleurs présentée demain à l'Assemblée nationale (entretien réalisé le 16/06, ndlr), et je l'espère adoptée d'ici la fin de l'année…

Vous jugez donc qu'il y a des progrès depuis un an et demi dans la gestion des supporters de football…
(Il coupe) Oh là non, pas encore ! Mais les propositions que l'on a faites vont sans doute être traduites dans la future loi, et ce sera un gros progrès.

Le point n°1 de votre rapport préconisait un renforcement des mesures d'interdiction de déplacement des supporters en vue de lutter contre le hooliganisme. Dans le même temps, de nombreuses situations « discriminatoires » ont été dénoncées par les porte-paroles parisiens, nantais, lyonnais ou corses : ne pensez-vous pas que ces mesures de sécurité vont trop loin ?
À partir du moment où l'on a encore des fous qui, alors qu'ils se croisent par hasard, sans être du même club et sans venir au même match, se donnent rendez-vous sur une aire d'aurotoute pour se foutre sur la gueule, non ça ne va pas trop loin ! Je ne peux pas me satisfaire qu'il y ait des morts ou blessés graves, ça n'a aucun sens dans une société civilisée. Mais je le dis, je ne suis pas dans une logique seulement répressive, je suis également dans une logique préventive, d'où les propositions pour insérer les supporters dans la gestion des clubs en prévision de l'Euro 2016.

Oui, cela devait notamment se traduire par la nomination d'un responsable des supporters au niveau national…
Il y a des tentatives pour faire émerger une sorte de Fédération nationale du mouvement supporter, ça serait pas mal. Je regarde cela avec attention, cela donnerait un interlocuteur à la LFP et à la FFF, mais ce n'est pas simple à faire, tant les tensions sont grandes entre eux.

Autre grande ligne, celle concernant l'enseignement délivré dans les centres de formation. Qu'est-ce qui ne va pas ?
Je pense que c'est une question qui touche l'ensemble du système éducatif français, il faut avoir une approche pédagogique singulièrement différente de celle que l'on connaît. À la fois en les sortant de leur cocon « foot-foot-foot » et en les confrontant à une formation civique et citoyenne plus développée… Mais cela ne sera pas présenté demain dans la proposition de loi. Cela ne peut se faire que sur la base d'une initiative club par club.

L'une des mesures phares du rapport constituait à associer le statut de sportif avec celui d'artiste et mannequin, expliquez-nous…
Oui, cela peut paraître étrange, mais le statut fiscal du mannequin est celui qui se rapproche le plus de celui que l'on veut atteindre pour les footballeurs. Tout l'objectif est de simplifier le travail des clubs, qui doivent jongler avec les droits d'images, les salaires, les revenus, la prise en charge des impôts…

Cela influerait également sur le statut d'agent ?
Oui, j'espère qu'il y aura un jour une proposition de loi sur ce sujet, je sais qu'au ministère ils y sont très attachés. Il y a un vrai sujet sur la formation des agents, leurs accréditations… Il y a des tas de choses qui ne vont pas ! On constate des pratiques frauduleuses en tout sens et des quantités considérables d'argent qui disparaissent. Tenez, il y a deux ans, quelqu'un de la FIFA m'avait démontré que sur un milliard et demi d'euros de transfert, il y en a 900 millions qui disparaissent. Rémunérations occultes, enveloppes d'argent liquide… C'est une économie souterraine à caractère mafieux ! Leur principal intérêt aujourd'hui est de faire signer leurs joueurs le plus vite possible un peu partout pour gagner le plus d'argent possible. La pression sur ces derniers est invraisemblable, ils sont totalement dépendants.

Vous visez Jorge Mendes ?
Je ne donnerai pas de nom, mais une minorité de déviants jettent l'opprobre sur toute la profession… S'il mérite son argent, pas de problème. Et s'il le déclare aussi (il sourit).

Le journal L'Équipe s'était procuré à l'époque de la sortie un courrier adressé aux rapporteurs du texte, rédigé par Noël Le Graët (président de la FFF), Frédéric Thiriez (LFP) et Jean-Pierre Louvet (UCPF, syndicat des clubs). Ce document dénonçait votre rapport : « de simples déclarations de bonnes intentions » , pas assez « pragmatiques » . Comment de telles affirmations sont possibles alors que ces acteurs faisaient partie des réunions de groupe ?
Je ne suis pas au courant de ce courrier. Vous savez, quand j'ai étudié de près le football professionnel durant ces quelques mois, j'ai constaté beaucoup d'amateurisme dans la gestion des clubs. Je n'étais pas en campagne électorale, alors je pouvais le dire librement, ce qui ne leur a pas plu. Il y avait beaucoup de jeux de pouvoir entre les uns et les autres. J'ai vu certains dirigeants obsédés par leur parole médiatique, donc le fait que certaines propositions ne leur aient pas plu me satisfait plus qu'autre chose. J'ai eu des remerciements de plusieurs parts, donc ce courrier m'étonne. S'il a effectivement été rédigé, c'était par jeu tactique. Cela ne m'intéresse pas.

Les instances du foot français s'étaient également plaintes à l'époque du manque du temps qui vous avait été accordé pour monter ce rapport.

Ils ont raison et tort à la fois. D'un côté, c'est un audit, une plongée de six mois dans le milieu, et de l'autre, j'aurais souhaité approfondir certains points. C'est vrai que bon… On aurait pu faire des propositions plus audacieuses sur le lien entre foot amateur et professionnel.

Fernand Duchaussoy, issu du milieu amateur, et Noël Le Graët n'ont pas su faire ce lien ?
Si justement ! J'ai beaucoup d'estime pour Noël Le Graët, en dehors du fait qu'il n'est pas un bon communiquant. On l'a encore vu récemment avec l'élection de Blatter. C'est un dirigeant très humble, très modeste, très méticuleux, très sérieux et très bosseur. Lui, on ne peut pas dire qu'il soit obsédé par la communication médiatique, c'est le cadet de ses soucis ! J'aurais même tendance à dire qu'il n'en fait pas assez. Justement, je pense que la Fédération fait de très belles choses qui ne sont pas assez valorisées.

Vous étiez médiateur entre les clubs et les instances publiques au moment de la polémique « Taxe à 75% » , les négociations étaient âpres, non ?
Il y a eu beaucoup de mensonges qui ont été dits à propos de cette taxe. Pour être clair, c'était une contribution exceptionnelle sur les très hauts revenus (de plus d'un million d'euros par mois, ndlr), mise en place à titre transitoire pendant un an pour renflouer les caisses de l'État. On avait obtenu la garantie du gouvernement qu'elle ne durerait qu'un an ! Le football était UN des secteurs les plus concernés, par conséquent certains dirigeants rêvaient d'une abrogation. Le coup de la grève, bon… Ils se ridiculisaient plus qu'autre chose. Je leur ai dit d'ailleurs : « Continuez ! L'opinion approuve massivement cette décision, vous me rendez service. » Ils cherchaient à récupérer une compensation au franc le franc, des allègements fiscaux, non ce n'est pas possible ! Ceux qui espéraient ce type de bienfaits en entrant dans les discussions ont été déçus.

Qu'attendre de la future loi sur la modernisation du sport, présentée au conseil des ministres en mai dernier ?
En plus de tout ce que j'ai déjà évoqué, je pense surtout à ces sportifs laissés pour compte : ceux qui ne gagnent pas beaucoup d'argent, ceux qui sont au chômage, qui ont des problèmes de reconversion… Agent, formation, reconversion. Voilà ce que j'attends.

Dans l'édition n°5 de la revue Desports (sortie le 29 janvier dernier), François Hollande vous décrivait comme « un sportif complet » , il dit vrai ?
Oh oui, mais plus maintenant ! J'ai fait un peu de foot, du rugby, du squash, de la voile, de la randonnée en montagne… Mais bon, j'ai 66 ans, vous savez. J'ai mal au dos. Mais c'est vrai, il a dit ça ? Vous pouvez me trouver l'article ?


Propos recueillis par Théo Denmat
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