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« Je revendique le droit d'être juventino à Rome »

Avocat, écrivain et chroniqueur, Massimo Zampini est surtout un supporter juventino né à Rome. Auteur de plusieurs livres dont Er Go' de Turone et Er Go' de Osvaldo, il nous raconte cette rivalité si particulière.

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Vous êtes né dans une ville où il y a une voire deux grandes équipes à supporter, et pourtant...
Je supporte la Juve pour des raisons familiales, toute ma famille est bianconera, et ma mère tenait particulièrement à ce qu'on supporte tous la même équipe. C'est une question légitime qu'on me pose souvent, mais en théorie vous pouvez choisir l'équipe que vous voulez. Surtout qu'à six ans, c'est un choix plus lié à la famille. À cet âge-là, l'attachement à la ville est sûrement le dernier des motifs pour supporter une équipe.

Avant de parler football, Juve-Roma c'est surtout un duel politique.
C'est vrai que ce sont deux mondes différents. D'un côté, la Juve avec le Milan et l'Inter, leurs nombreux tifosi et leurs propriétaires importants et charismatiques qui ont de l'influence sur le monde du foot. De l'autre, à Rome, on y trouve les bureaux de la Fédération, de la justice sportive, mais aussi la RAI qui est remplie de Romanisti, on ne peut pas dire que la Roma ne soit pas une équipe protégée...

On dit que tout est parti du but refusé de Turone en 1981, mais la rivalité existait déjà avant ?
Oui, mais c'était différent, par exemple, en 1973, la Juve remporte le titre devant la Lazio à la dernière journée en battant justement la Roma. La légende veut que cette dernière se soit un peu laissée faire, afin que la Lazio ne soit pas sacrée… On ne peut pas dire que les tifosi romanisti étaient déçus que la Juve gagne le Scudetto. Tout a changé lorsque la Roma est devenue vraiment compétitive dans les années 80, au point de jouer régulièrement le titre. Puis il y a le fameux but refusé de Turone pour un hors-jeu millimétré ou pas et qui est encore rappelé 30 ans plus tard comme si c'était symptomatique d'un quelconque complot, alors que la Juve a joué toute la seconde mi-temps à 10 pour une expulsion de Furino. Évidemment, on ne raconte qu'une partie, mais bon c'est à partir de là que les Romanisti ont commencé à penser que s'ils gagnaient peu et la Juve beaucoup, c'était dû aux Agnelli, aux arbitres etc.

Er Go' de Turone est aussi le titre de votre premier livre qui est en partie autobiographique.
C'était aussi mon pseudonyme sur les forums où j'ai commencé à me faire connaître, mais ce n'est que du chambrage, il n'y a rien de méchant là-dedans, je respecte tous les supporters romanisti et ceux des autres équipes. C'est surtout un hommage à ce but dont on a l'impression qu'il était hors-jeu de 14 mètres tellement on en parle encore. Tout part d'une vraie anecdote lorsque j'avais huit ans, à l'école primaire, le surveillant m'a engueulé parce que je lisais Tuttosport : « Oh mais vous nous avez volé le titre il y a deux ans avec le but de Turone » , et moi, je me demandais de quoi il parlait !

Ce n'est donc pas simple de supporter la Juve à Rome, mais c'est pire ailleurs ?
À Florence, c'est vraiment le pire, il y a une vraie haine, presque une dichotomie entre le bien et le mal. Rome, c'est particulier parce que beaucoup de personnes du Nord et du centre sont venus s'y installer. La ville est majoritairement romanista, il y a des Laziali, mais aussi de nombreux Juventini. Donc vous êtes seuls sans vraiment l'être, voilà aussi pourquoi la Juve est autant haïe au-delà de ses victoires, car dans chaque ville, il y a des Juventini. À Rome, c'est limite ressenti comme une trahison envers le grand empire romain !

Dans les années 90, Zeman a fait empirer les choses.
Quand Zeman arrive en provenance de la Lazio en 1997, c'était un gros travailleur, qui faisait très bien jouer ses équipes et qui ne parlait jamais d'arbitres. J'étais persuadé qu'en allant à la Roma, il aurait changé la façon de penser de nombreux tifosi. Au contraire, il commence quasiment tout de suite cette campagne contre la Juve, même quand il est revenu, à chaque conférence de presse, c'était des questions sur Conte et le Calcioscommesse, la Juve, etc. C'est un comportement qui l'a amené à empirer en tant qu'entraîneur, en ne prenant jamais ses responsabilités en cas d'échec. Il a quand même déclaré au procès de Calciopoli que son unique licenciement légitime était à Lecce, alors qu'il s'est fait virer à Istanbul, à Belgrade... Moggi gouvernait-il aussi là-bas ? Et en 2012 quand il revient à la Roma, ça se finit en licenciement au bout de six mois, donc bon.

Il y a pile dix ans, il y a eu un fameux Roma-Juventus qui a justement fini dans le procès Calciopoli.
Un match particulier où la Juve de Capello est plus forte, elle inscrit deux buts effectivement discutables en première mi-temps. Le premier c'est compliqué, d'ailleurs en direct personne ne proteste, c'est un hors-jeu de position de Cannavaro avant de marquer, le second est un penalty sifflé pour une faute hors de la surface sur Zalayeta. En revanche, ce dont on se rappelle moins, car là encore le match est rappelé d'une certaine façon, c'est le coup de poing de Cufrè à Del Piero et le but valable refusé en seconde période, ainsi que des interventions très limites des Romanisti non sanctionnées. Mais si l'arbitre veut aider la Juve, il expulse Cufré et valide l'autre but. D'ailleurs, Monsieur Racalbuto a été suspendu 8 matchs après cette rencontre, quels bénéfices en a-t-il tirés ? Il y a aussi la légende qui veut que Moggi ait appelé les arbitres avant ou pendant le match. En réalité, la seule chose que l'on sait, c'est que le désigneur des arbitres Bergamo téléphone au quatrième arbitre Gabriele à la mi-temps pour lui dire de faire attention, car deux buts irréguliers ont été accordés à la Juve, c'était donc plutôt une directive contraire.

Comment cela se passe avec vos amis romanisti ?
Selon moi, il y a quiproquo, certains me reprochent de me moquer des vols qu'ils ont subis, disent que je suis maléfique, mais c'est juste un jeu pour moi. J'ai plein d'amis romanisti, si j'étais né à Naples, cela aurait été avec les Napolitains, etc. C'est juste une rivalité saine et amusante. Je revendique juste de pouvoir être fièrement juventino à Rome, comme un Romanista peut l'être à Turin ou ailleurs. Je revendique aussi le droit d'ironiser sur les prétendues erreurs arbitrales, car ce sont des choses qui ne peuvent pas être vécues comme un drame dans une vie.

Certains médias romains dramatisent justement trop cette situation, non ?
Certains énormément, pas tous hein, c'est surtout à cause de la présence importante de radios locales en plus de la RAI, La Repubblica, etc, qui ont leur siège à Rome. Certains partent du principe que la Roma est le bien, et la Juve le mal, que Totti mériterait cent fois le Ballon d'or et donc qui ne comprennent pas pourquoi ce sont les Juventini qui les gagnent. Toute une mentalité de geignards qui ne correspond pas à l'histoire de la ville de Rome. Cette partie-là, je ne l'aime pas, mais il y a toute une partie de tifosi romanisti ironiques, ouverts, avec qui je me confronte volontiers.

Comment sont les rapports entre Laziali et Juventini à Rome ?
Vu que Rome est majoritairement romanista, c'est un peu « l'ennemi de mon ennemi est mon ami » , même s'il y a par exemple ce jumelage avec l'Inter qui complique les choses. Disons qu'il y a une convergence d'intérêts qui consiste à ce que les supporters de la Roma ne fêtent rien.

Le duel Juve-Roma et ses polémiques est de retour depuis deux ans, vous avez ainsi écrit un autre livre, Er Go' de Osvaldo, ex-romanista et buteur à l'Olimpico au match retour à la dernière seconde.
Je le répète, je revendique le droit de chambrer et inversement, si Totti marque à Turin et gagne le titre, ce sera bien fait pour moi ! La direction actuelle de la Roma fait de l'excellent boulot, elle a construit une équipe pour le Scudetto, l'an dernier avec ses 85 points, elle aurait été championne 99 fois sur 100, elle est juste tombée sur une Juve stratosphérique. Elle a aussi pris un excellent entraîneur qui malheureusement tombe lui aussi dans le piège. Il était arrivé en bon Français, sans se préoccuper des polémiques, puis cela a commencé à la fin de la saison en émettant des doutes sur la motivation des adversaires de la Juve. Enfin, il y a eu le match aller du 5 octobre avec des décisions très compliquées que ce soit d'un côté ou de l'autre. Pendant trois mois, il a attribué à cet arbitrage toutes les catastrophes qui se sont passées dans le monde. C'est une mentalité avec laquelle on ne gagne pas, j'en suis convaincu.

Qu'avez-vous pensé lorsque Totti a déclaré après le match aller que la Roma finira toujours seconde tant que la Juve sera là.
Je pense surtout que Totti n'a pas fini souvent second lorsque la Juve a gagné le titre, l'an dernier c'était le cas, mais il y a eu 17 points d'écart. En revanche, il a connu des luttes serrées entre la Roma et l'Inter, mais là, il demande moins d'explications. C'est surtout que pointer du doigt la Juve, ça rapporte plus d'audience.

L'an dernier, le match à Rome fut ironiquement surnommé « balade à Rome » par les supporters juventini, et cette saison ?
Effectivement, le titre était déjà mathématiquement gagné, on pouvait même perdre 6-0 qu'on s'en foutait, on est venu avec le pique-nique et les sandwichs ! Cette année, certains ironisent encore, mais pas moi, le championnat est encore trop long, si la Roma gagne, elle revient à 6 points, donc attention.


Propos recueillis par Valentin Pauluzzi
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Note : 1
Grande Zampini !
"cela aurait était avec les Napolitains"

Ohhhhhhh.

Super itw sinon.
Juventine7 Niveau : CFA2
Bon article :).

Et je valide avec Naples par la même occasion.
C'est pas l'un des moindres mérites de Zampini que de rappeler régulièrement la partialité des médias italiens en matière de foot. Ce trait culturel échappe souvent aux Français qui ont tendance à prendre la RAI ou la Gazzetta pour des médias objectifs.

Merci à Valentin !
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
Très bonne interview !
Très sympa cet article et très juste dans ses réponses, ce Zampini.
Gravelaine_de_mouton Niveau : Loisir
Y a aussi Eros Ramazotti de Cinecitta qui est un grand juventino. Ils sont rares les romains tifosi de la Vecchia Signora, un sacré choix de vie quand même.
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