Jan Kounen : « Au fond, je suis pour la beauté du jeu »

Longtemps fan de l'Ajax, le Franco-Néerlandais Jan Kounen n'a pas mis les pieds au stade depuis une éternité. Entre deux bouffées de cigarette électronique, le réalisateur de Dobermann et 99 francs accepte toutefois de partager ses souvenirs de foot préférés. Avec beaucoup de Johan Cruyff, une pincée de Zidane et pas mal de Cantona dedans.

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Salut Jan, t'en as pensé quoi du dernier France-Pays-Bas ?
J'ai pas regardé. En ce moment, je suis occupé par la promo de mon nouveau film, Vape Wave. C'est un documentaire fiction sur le monde de la vape. Bouger de ville en ville pour des projections, cela me prend 95% de mon temps. Je suis allé à Perpignan, au Mans, à Rennes, à Lons-le-Saunier... C'est la croisade. Je me sens comme un hobbit, parti à l'assaut du Mordor qu'est l'industrie du tabac.

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Tu n'aimes plus le foot ?
« Quand ça devient chaud, la pression monte et le football réapparaît dans ma vie, que je le veuille ou non. »
J'ai un rapport assez détaché. Je regarde les matchs seulement pour les grands évènements. Bien sûr, j'ai regardé l'Euro, notamment le match contre l'Allemagne. Quand ça devient chaud, la pression monte et le football réapparaît dans ma vie, que je le veuille ou non. Il y a tellement d'engouement autour de moi, j'ai besoin d'être à la page pour maintenir un semblant de vie sociale et professionnelle.

En tant que franco-néerlandais, tu es pourtant l'héritier d'une grande tradition...
Quand j'étais jeune, j'étais plus à fond. Mon équipe, c'était l'Ajax. J'ai vu Cruyff jouer contre Cannes, lors d'un match amical. Ils ont mis 7-0, un truc comme ça. Ce que j'aimais chez Cruyff, c'était son côté rock and roll, son aspect créatif. Le foot, avec lui, c'était un ballet. C'était un génie du football, un saltimbanque. L'autre gars qui m'a marqué, c'était Beckenbauer. Pour un défenseur, le mec était quand même brillant. Je l'ai vu jouer avec le Cosmos quand j'avais seize ans, lors de vacances aux États-Unis.

Les gens étaient pas trop foot dans ta famille ?
Si, au contraire. Mon père étant hollandais, j'ai connu pas mal d'ambiances hystériques. Les deux finales de Coupe du monde qu'on a perdues, par exemple, c'était douloureux. Mais il y a eu des bons moments. Je me souviens en particulier d'un but d'Arie Haan, lors de l'édition 1978 en Argentine. Le mec a tiré de quarante mètres contre l'Italie. Poteau rentrant. C'était la folie à la maison. Derrière, à chaque fois qu'un défenseur passait la ligne médiane, tous les mecs criaient « schiet ! » ( « tire » , ndlr). Le lendemain, il y avait une photo dans le Time, je m'en souviens bien : Dino Zoff en l'air, avec le ballon qui rentre et le buteur tout petit au fond du terrain avec la jambe croisée. Magnifique.

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C'est quoi le dernier match que tu as vu des Pays-Bas ?
Cela remonte à quelques années. C'était Hollande-Brésil, à la Coupe du monde 1998, à Marseille. J'étais invité. Dur.

Et de la France ?
Je ne sais plus. Mais je me souviens bien de la finale de la Coupe du monde 98. On était chez moi, à l'époque, j'avais invité quelques potes pour profiter de mon super rétro-projecteur. Il y avait Jean-Pierre Jeunet, Albert Dupontel, Gaspard Noé et Alain Cavalier. C'était complètement surréel. À la fin, quand on a gagné, Aimé Jacquet crache sa souffrance face caméra, après avoir été trahi par la presse. Je me souviens qu'Alain Cavalier n'arrêtait pas de dire : « Mais non, Aimé, pardonne ! Aimé, pardonne ! » (Rires) C'était un beau moment.

Dans les deux cas, ça fait quand même presque deux décennies. T'aimes pas aller au stade ?
« Le meilleur dans le foot, c'est tout ce que tu ne vois pas à la télé. La précision, la vitesse, les changements d'axe à 45 degrés, la taille des cuisses... »
Si, au contraire. Le meilleur dans le foot, c'est tout ce que tu ne vois pas à la télé. La précision, la vitesse, les changements d'axe à 45 degrés, la taille des cuisses... Mais le truc qui m'a le plus choqué, c'est la distance. À la télé, le terrain semble faire douze kilomètres, tout semble lent, aseptisé, alors qu'en réalité, les gars jouent dans un mouchoir de poche. Les joueurs sont tellement proches, tu sens la précarité de la situation. Ils se passent le ballon au milieu, tranquille, alors qu'à moins de deux mètres, tu as un molosse prêt à bondir pour leur prendre la balle.

Pourquoi t'es-tu détaché du football alors ?
À cause d'un petit traumatisme. Un jour, je me suis retrouvé dans les tribunes lors d'un match entre le PSG et la Juve, au début des années 90. Il y a eu de grosses embrouilles. J'étais à côté de la tribune des visiteurs, les Italiens avaient été hyper violents. Je me suis retrouvé face à des types accrochés aux grilles, qui hurlaient qu'ils allaient tuer quelqu'un. Ces mecs, c'est des fous. Ce jour-là, je me suis dit : « Je vois pas ce que je fais ici. » Je ne suis plus jamais retourné dans un stade, sauf pour la Coupe du monde.

C'est dommage...
Avec l'âge, je suis moins à fond dans le foot, tout simplement. Maintenant, je suis pour l'équipe qui joue le mieux, qui prend des risques, qui ne se protège pas. Au fond, je suis pour la beauté du jeu.

Tu as tourné une pub sur le football, il y a longtemps...
Ouais, c'était en 1994, à la veille de la Coupe du monde. À l'époque, je bossais en Angleterre. Adidas m'a contacté pour faire un spot publicitaire pour les Predator. J'ai tourné au stade de Sydney, c'était compliqué. Filmer du foot, c'est vachement complexe. Le pitch était assez simple : un petit Anglais se retrouve sur le terrain contre une horde d'Argentins. Il enfile les chaussures et d'un coup, il se met à danser, à dribbler et à jouer comme un Brésilien. À un moment, il se fait faucher. Coup franc. Le mec tire, le ballon contourne le mur, tape le poteau, puis la barre, rebondit sur le gardien, puis repart en l'air. Là, le petit fait une reprise de volée qui arrache à la fois le gardien et les filets. Un vrai coup de billard. Moi, j'étais très cartoon à l'époque, en mode BIM BAM BOUM.

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Goal II, 3 zéros, Les Seigneurs et j'en passe... En tant que cinéaste, comment expliques-tu la relative nullité des films sur le foot ?
Je n'ai vu aucun de ces films, donc je ne peux pas trop dire. Mais à ma connaissance, il y a quand même de bons films sur le foot.

Tu nous conseilles quoi ?
À mort l'arbitre, de Jean-Pierre Mocky, c'est un must. Il y a aussi Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, un film magnifique avec Patrick Dewaere, qui jouait dans Les Valseuses. J'ai aussi entendu parler du film Zidane, un portrait du XXIe siècle, de Douglas Gordon et Philippe Parenno. Dix-sept caméras braquées sur lui pendant juste un match contre Villarreal. C'est très étonnant comme procédé, ça m'intéresserait de le voir. Ce n'est pas une fiction. Tout l'enjeu, c'est de capter l'art du football, la grâce de Zidane. Tu mets tous les moyens du cinéma non pas pour filmer une action de football, mais filmer le mouvement d'un joueur. C'est très novateur comme procédé.

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Vibroboy, 99 francs, Dobermann, Blueberry... Tu es connu pour faire des films très particuliers qui divisent la critique, en mode 50-50. Est-ce qu'il y a un footballeur que tu prendrais volontiers comme acteur dans un de tes films ?
Oui, Cantona. J'avoue, c'est facile, il est déjà acteur. Il a même joué avec Ken Loach. Mais bon, ce mec, il me plaisait déjà quand il était joueur. C'est une nature. C'est difficile de jouer la comédie, mais il a une telle personnalité... Tu sais que si tu le mets devant une caméra, il va exister, il y aura de la présence. Actuellement, je ne vois pas d'autres joueurs avec un tel charisme. En même temps, je me trompe peut-être. Je ne connais pas assez bien le milieu.

Tu ne trouves pas de point commun avec celui du cinéma ?
« Récemment, je suis allé dans une école, la première question que te posent les jeunes, c'est combien ça gagne un réalisateur ? »
Le fait est, je trouve, qu'on est dans un monde qui expose trop la valeur de l'argent. Je préférais une époque où les joueurs n'étaient pas des valeurs marchandes, en tout cas exposées comme telles, de manière publique. C'est pareil dans le cinéma, avec les cachets des acteurs... Récemment, je suis allé dans une école, la première question que te posent les jeunes, c'est combien ça gagne un réalisateur ? À leur âge, ça ne me serait jamais venu à l'idée de poser cette question.

À quoi ressemblerait un film de Kounen sur le foot ?
À Shaolin soccer, mixé avec le Dobermann, en un peu plus sanglant.

Il arrive quand ?
Je ne sais pas. Si quelqu'un venait me voir avec une histoire spécifique au foot, ça serait parfait. Je ne suis pas fermé, mais il faut une histoire qui me parle. Par exemple, j'ai fait un film sur l'histoire d'amour entre Coco Chanel et Igor Stravinsky. À la base, je connaissais rien du monde de la mode, ni du sacre du Printemps. Mais quand une histoire me fait vibrer, elle résonne dans mon imaginaire et je me plonge volontiers dans l'univers. J'adore découvrir de nouveaux mondes.

Tu vapes sur une cigarette électronique, tu roules en skate électrique, tu es végétarien et en plus tu es passionné de réalité virtuelle. On peut dire que tu as déjà un pied dans le futur. Peux-tu nous dire, devant témoins, qui va gagner la Coupe du monde en 2018 ?
La Corse. Vous le savez pas encore, mais l'Europe, qui se fout de notre gueule, va exploser à cause des revendications du monde de la vape, qui est un enjeu sanitaire majeur (un monde actuellement menacé par la nouvelle directive européenne sur le tabac, ndlr). Du coup, les territoires vont être redéfinis, de nouvelles ligues vont être créées, l'équilibre du monde va être chamboulé. Dans ce contexte, la Corse sera indépendante, et plutôt bien placée. Les mecs s'entraînent déjà sur des casques occulus et comptent bien s'imposer en bourrinant, grâce notamment à l'utilisation de nouvelles drogues de synthèse indétectables.

Propos recueillis par Christophe Gleizes
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J'aime bien ce mec mais bon mais c'est pas parce qu'il à l'air cool que je vais lui pardonner Blueberry.
GalateaTêtenjoy Niveau : CFA
Tu vois moi c'est l'inverse. Je lui pardonne d'avoir fait des films de merde, parce qu'il a fait Blueberry.
C'est parce que t'aime pas Coco Channel avoue le ;)
peut-être qu'il est plutôt croco.
Blueberry est un film assez special mais jai aimé... Forcement si tu t'attendais a une vraie adaptation de la BD, c'est loupé...
4 réponses à ce commentaire.
Caribou West Niveau : DHR
"Longtemps fan de l'Ajax, le Franco-Néerlandais Jan Kounen n'a pas mis les pieds au stade depuis une éternité. "

Dès l'introduction, on annonce la couleur de l'itw.

"Salut Jan, t'en as pensé quoi du dernier France-Pays-Bas ?
J'ai pas regardé."

Première question, on poursuit notre quête de vide footballistique, il a pas regardé France-PB et préfère parler de la promo de son nouveau film.


"Tu n'aimes plus le foot ?
J'ai un rapport assez détaché. Je regarde les matchs seulement pour les grands évènements."

Jusqu'ici, sa légitimité pour parler de football est la même que la mienne pour parler de la reproduction des manchots 20 ans après avoir vu la Marche de l'Empereur.

Après, il se rattrape vaguement avec une anecdote sur PB-Italie en 78 et quelques films sur le foot.

Heureusement qu'on apprend à la fin de l'itw que Kounen est végétarien et roule en skate électrique, sinon j'aurais vraiment eu l'impression d'avoir perdu mon temps !





O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Punaise, Jean-Pierre Jeunet, Albert Dupontel, Gaspard Noé et... Alain Cavalier, elle devait être bien sympa cette soirée.

Superbe artisan qu'Alain Cavalier, un putain de franc-tireur. Son "Plein de Super" est sans conteste l'un des plus beaux road-movie français.

Et son "Thérèse", janséniste, dépouillé à l'extrême, m'avait bouleversé.

Cavalier, Dumont, Dupontel, ces gars-là ne transforment pas l'essai à tous les coups, mais les risques qu'ils prennent pour maintenir le cinéma en vie, à grands coups de poing dans le thorax pour réanimer ce corps moribond, les risques qu'ils prennent disais-je, sont admirables.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
J'avais signalé ici y'a quelques temps un film rare diffusé par Arte, Wake in Fright de Ted Kotcheff. Un tableau barbare de l'outland australien, un grand film halluciné, avec un Donald Pleasance magistral et une scène de chasse au kangourou hyper déviante (en même temps tout est déviant dans ce film).

L'un des films préférés de Nick Cave et Scorsese (c'est accessoire mais ça fait toujours plaisir).

Wake in Fright et Bad Boy Bubby sont deux putains de claques cinématographiques. Une grosse claque appliquée avec la paume sur ta petite joue molle et rougie de spectateur.

C'est à ça que se reconnaît un grand film, un grand livre. L'impression de t'être prit un coup de boule, le petit picotement dans le nez, les larmes qui remontent, le goût acier du sang irritant ta putain de gorge desséchée.

Par contre je comprends pas pourquoi il précise que "Coup de tête" est avec Patrick Dewaere, le gars des "Valseuses" ? J'ose espérer que les gens n'ont pas oublié ce génie (sa performance dans "Série Noire" de Corneau fait partie des compositions les plus intenses, les plus bouleversantes jamais produites par un acteur).
Appelle-moi Jack !!! Niveau : CFA
Hors-sujet, mais j'aime bien tes commentaires à chaque fois ! J'aime ton côté "romantique". Voilà !
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Je sais pas si je suis bien romantique, je me sens plus proche d'un torrent de boue que du beau Danube Bleu, mais merci l'ami juste pour ton avatar (c'est bien Charlie Sheen ?)

Gamin, Young Guns était un de mes films préférés (avec son demi-frère Emilio en Billy the Kid et Lou Diamond "La Bamba" Phillips!)

Et surtout, ce putain de road-movie avec Kristy Swanson (la première, la vraie Buffy, miam), A toute Allure, c'était hyper ado mais c'était tellement chouette ! La prise d'otage avec une barre chocolatée !
Faut voir the proposition alors
Intéressant ton avis sur Wake in Fright néanmoins , je l'ai vu moi même, je me suis demandé comment était-il possible de mettre en scène les parties de chasse ( enfin disons plutôt le massacre des kangourous )? Dénoncer la violence par la violance n'est pas malsain ?
Bad Bod Bubby a aussi suscité la polémique pour la scène avec un chat, ces 2 films seraient-ils devenus culte sans ces scènes controversées ?
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Les prises de vue lors de la chasse aux kangourous sont réelles. Et oui, tu as raison, c'est hyperviolent. Le type a filmé ça avec des vrais rednecks habitués à de telles saloperies.

Le procédé est moche mais suite au film (et c'était la volonté de Kotcheff), le gouvernement australien a mit fin cet ignoble hobby de dégénérés.

Il l'a filmé pour mieux le dénoncer. Ca a scandalisé tout le monde. Mais s'il n'avait pas fait ça, s'il s'était contenté d'une reconstitution, ç'aurait été tellement en deça de la vérité qu'il est fort possible que personne ne s'en soit offusqué.

Ce film a poussé le gouvernement a créer un décret.

Soigner le mal par le mal.

C'est terrible d'en arriver là, mais parfois les élans les plus désespérés sont les plus éloquents.

Sinon tu as pensé quoi du film ?
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Bad Boy Bubby n'a pas besoin de la scène du chat pour être tordu.

J'ai montré ce film à mes potes, certains en sont ressorti avec la nausée. C'est vrai que ce film est nauséeux.

Mais si tu traverses ce brouillard d'immondices, y'a une putain de lumière qui régit ce film (dans tous les sens du terme d'ailleurs, je crois que le real a employé 3 ou 4 chef op' différents sur l'ensemble du tournage), une lumière éblouissante.

La scène où il fait l'amour à cette nana, à califourchon sur lui, et qu'elle se met à chanter délicatement, en plein coït...

Le plan final...

Ce film est monstrueux.
Je ne savais pas que le film avait eu un réellement impact politiquement mais le procédé me gène malgré tout, c'est naïf de ma part mais mettre en scène de réelle scène de vie et de mort dans une fiction c'est d'une certaine façon les désacraliser. J'sais pas si tu comprends ma pensée ?

Pour le film en lui même , disons que c'est un film dérangeant , on ne se sent pas bien en le regardant , le melange outback australien / "rednecks", le mélange alcool / aridité et donc les scènes de chasse. Et puis j'ai eu du mal à m'identifier au personnage principal .
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Heureusement que tu as eu du mal à t'identifier au personnage principal, sinon je ne pense pas qu'on communiquerait en ce moment !

Il n'est clairement pas crédible, le mec, mais comme tout récit d'initiation. C'est un réceptacle, pas vraiment un personnage. Comme le Candide de Voltaire, tu peux pas faire plus con, mais son parcours est éloquent.

Certains personnages s'expriment par la trajectoire, c'est le récit qui leur donne du corps. Ils sont vides mais se chargent de chair au fur et à mesure de leurs pérégrinations. Like a rolling stone.

Enfin c'est ainsi que je l'ai vu, je n'ai pas prétention à dire la vérité absolue, mais le film a fait sens pour moi en le considérant ainsi.

Il est déviant, mal foutu, grotesquement pensé ce film. Et c'est ça qui est jubilatoire. Sa transpiration vaut tous les discours.

Je préfère voir ce film et son excès hormonal qui va m'excéder plutôt qu'un pensum sensé m'apprendre à ressentir les choses (Malick me débecte pour ça).

Je ne dis pas que Malick est mauvais, loin loinloin de là, il est formidable le sagouin. Mais il ne me touche pas ; je ne le sens pas dans le corps, il ne s'adresse pas à mon corps.

Kotcheff, ce gros besogneux qui finira par signer le très digne Rambo, lui il me parle. Sa photo me parle. Son grain me parle. Son montage de charcutier me parle. Mêmes ses putains de surimpressions me parlent.

Sinon tu sais, cette histoire de sacrifier des animaux, et de filmer ça...

Aucun cinéaste digne de ce nom n'exigera jamais qu'on tue un animal pour le plaisir de filmer sa mort. Certains l'on fait et ces mecs sont des chiottes ambulantes.

Mais, je ne sais pas si tu as "Terre sans pain" de Bunuel ou certains films de Jean Rouch (génie absolu de l'ethnologie cinématographique), certains mecs ont filmé des mises à mort - parce qu'elles étaient de toutes façon inéluctables - ils les ont filmé pour cracher une vérité brute, une façon violente de convoquer une mystique barbare et mon putain de Dieu ! ces images te pénètrent - lorsqu'elles sont pertinentes - et te conduisent à un degré suprême de compréhension des énergies vitales.

J'en parle mal, pardon, je ne voudrais pas que vous mélangiez tout.

Je vais me résumer (en suis-je capable ?) :

Francis Ford Coppola qui exige qu'on equarisse un boeuf pour le filmer en gros plan, c'est un chien... halluciné mais c'est un putain de clebs. Sa putain de faim justifie les moyens. Salope tyrannique.

Tout ça pour faire un montage alterné sur The End ? Mais va te faire mettre ! Tu ne sacrifies pas un boeuf pour le charcuter (encore) au montage sur The End ! Comme si la mort, le sacrifice d'un être méritait des béquilles musicales pour rendre ça encre plus lyrique.

J'adore The End, c'est une chanson qui m'a tué, assassiné littéralement plusieurs fois dans mes vies

Can you picture what will be, so limitless and free

Desperately in need...of some...

je me suis totalement perdu dans cette jungle qui m'appartient, réunir mes idées

je hais ce moment où la lame tranche la viande de cet être si sublime, je le hais non pas parce qu'il est obscène, mais parce qu'il est gratuit.
Ce post ne veut plus rien dire, même pas navré.

On peut tuer qui l'on veut. Surtout soit même. Si l'on est capable de se ressusciter. Ce n'est pas donné à tout le monde. En fait personne ne devrait avoir ce suprême privilège, hors les plus grands thaumaturges.

Mais l'art de ressusciter est un vieux truc qui a tendance à se perdre. Faudrait écrire un manuel là-dessus, puis le confier à un muet manchot.

Les lézards et les salamandres seront nos apôtres.

Ce message, je le réalise maintenant, ne s'adresse qu'à moi.

Désolé pour l'embarras.
C'est intéressant ce que tu dis mais je ne vais pas répondre à tout c'est pas super pratique ici pour le faire, mais disons que l'exemple extrême de Coppola résume le genre de déviance que je voulais dénoncer , la vie a plus de valeur que n'importe quelle œuvre cinématographique ( quelle soit humaine ou non ).
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Bien sûr, je suis d'accord.

Les mecs qui précipitent la mort pour la filmer sont des

J'ai pas de mot, en fait.

Mais attention, ah putain c'est compliqué à dire... La mort se filme. D'ailleurs, n'importe quelle prise de vue, ton daron au super 8 en train de faire un barbecue, son sourire à la con...

Cocteau a dit "Filmer, c'est capturer la mort au travail".

Et il a tellement raison. Figer l'image de quelqu'un - même de son vivant - c'est saisir image par image - 24 images par secondes - son vieillissement et sa putain de dégénérescence. C'est filmer la mort au travail.

Considérons-nous les uns les autres là maintenant. Regardons-nous en face. Nous sommes en train de mourir. Et de vivre de plus belle.

Tous, là maintenant. Chaque respiration que l'on prend oxyde nos poumons et nous tue. C'est une vérité. Chaque fois que l'on respire, on détériore nos organes et l'on se tue.

Cette conscience aïgue (je sais jamais où mettre ces putains de trémas, d'ailleurs y'en t-il ?), cette conscience est insupportable - tant que tu nourris de l'égo. Disparaître à jamais sans laisser de traces est une idée insupportable.

C'est même une idée susceptible de te gâcher le peu de temps où tu peux profiter de la Joie d'exister.

Mais regarde-toi, sérieusement.

Pardon, je m'ajuste

Regarde-toi, légèrement.

Ton corps est périssable, tu le sens bien, aussi superbe sois-tu. Ta chair est vouée à alimenter d'autres chairs. Comme ce putain de bourgeon qui mûrit et devient fruit gorgé de jus, les saisons passent tu n'y peux rien et Dieu merci tu flétris tu te rabougres et la sublime symphonie de la vie exige que tu tombes en terre que tu pourrisses en terre et les alluvions feront couler ton essence vers les racines qui t'on élever pour que tu puisses - sublime retour éternel - les abreuver à nouveau de ton essence.

La vie n'a qu'une parole - et elle la tient.

C'est une grande Joie de comprendre que tu es périssable. Et que le circuit vorace de la vie continuera bien après toi. Grâce à toi, infime particule essentielle qui maintient la vie en vie.

La vie est Superbe. Et notre seul travail, travail ? pfff notre seul rôle, c'est de la maintenir en vie le plus longtemps possible.

J'en suis arrivé à un point où j'ai conscience de ça, du coup tout est futile à mes yeux. Et tout est adorable. Même la violence.

Tout est adorable.

Mais il est fort possible que notre présence au monde, notre persistance à exister, ne soit finalement qu'une putain de persistance cancéreuse sur un corps infiniment plus sain que l'on ne daigne comprendre.

Je suis quasi persuadé que notre espèce est un cancer, à la base une cellule noble, qui a dégénéré et refuse de crever et contamine toutes les cellules environnantes, nos putains de civilisations dont on s'enorgueuillit tant - la Renaissance ! Grandiose !

Furoncle fièvreux poussé sur le cul de l'absolu.

Pardon je m'abandonne à mes vieilles chimères, elles sont tellement vivaces ! Je sais qu'elles auront raison au final.

Mais pour lors nous sommes vivant donc totalement irresponsables !

Et bordel, la plus grande, la plus belle réponse que j'ai pu trouver, c'est de sourire.

Sourire de la légèreté de toute chose, même les plus terribles. Jusque dans la gravité, sourire. Cela ne signifie pas être inconséquent, tolérer des immondices ou je ne sais quoi, non non non !

Ce n'est pas une posture, c'est une putain de façon d'être traversé par l'évidence.

Les mots sont malheureusement incapables de restituer ça mais si vous pouviez voir ma gueule, là maintenant.

La réalité peut être insupportable, la vie peut sembler invivable.

J'ai conscience de l'indécence de mes propos.

Mais j'ai la chance d'exister. J'ai la chance d'avoir conscience que j'existe en même temps que vous, mes amis, mes frères. On se croise comme ça, on échange, mais quelle chance on a tous là maintenant d'exister au même moment !

Ce minuscule et insignifiant moment où nos existons là ! tous ensemble

je m'en fais une fête.

Mes bras manquent d'envergure pour vous embrasser tous

mais je vous embrasse

TOUS.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Ta gueule.
Si j'peux me permettre, tes envolées lyriques sont à la fois vaines et magnifiques.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Totalement !

Et quand tu dis magnifique, tu es bien indulgent mon ami.

C'est absolument vain, j'en conviens, mais ça m'aide à dater mes humeurs.
13 réponses à ce commentaire.
"Zidane, un portrait du XXIe siècle". une belle expérience cinématographique, avec la BO de mogwaï qui rendait le truc encore plus aérien et étrange.
on était 2 dans la salle, l'autre je le connaissais pas.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Dans la salle annexe du Champo ? Le 22 septembre 2007 ?

C'était moi Boulaouane !

C'eut été beau...mais moi c'était au cnp terreaux.
Là je file à la bibliothèque, je vais essayer d'y dénicher ton "Wake in Fright", tu m'as alléché.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Putain mec, j'adore ta réactivité !

Tu me rappelles Piston Honda dans Super Punch Out !

Super dur à battre, l'enfoiré (en mode légende).
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Même si le plus chouette c'est lui (8 bits style)

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Soda pop, c était un personnage du film "outsiders" de Coppola, joué par Ralph Maccio, l'inoubliable karaté kid.
Beau film outsiders, avec un Mickey Rourke minimaliste dans le rôle de motorcycle boy. Il était au zénith de sa popularité de beau gosse bas boy.
Y avait aussi Matt Dillon, bien classe dans ce film.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Oui très chouette film Outsiders. L'une des premières apparitions du neveu de Coppola aussi, Nick Cage.

Par contre, j'ai vu récemment Twixt (.Pelusa. m'avait donné envie de le voir), ben j'ai pas accroché du tout.

Sinon, puisque tu parles de l'inoubliable Daniel San, petite pensée pour Monsieur Myagi.
6 réponses à ce commentaire.
Dirkdiggler Niveau : CFA2
Grand amateur de psychédéliques le Kounen. C'est une bonne chose, mais ça a beaucoup trop pris le pas sur ses films. Dommage.

Alors qu'un Gaspard Noé le fait moins sentir à part quand c'est consacré : le bijou enter the void.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
T'as vu les films de Jodorowski ?
Dirkdiggler Niveau : CFA2
J'avoue ne pas connaître !
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Pardon, je réagis hyper tard, mais j'espère que tu liras ça :

Santa Sangre.

Jodorowski est un putain de chaman, un vrai. Forcément, vivant dans le siècle, il a pris de nombreux masques pour feinter l'époque. Quitte à passer pour un pitre.

Mais si t'as l'occasion, mec mate-toi Santa Sangre.
En tant que scénariste de bd, jodorowski a été phénoménale, surtout lorsqu'il s'est associé à moebius pour l'invalidation, qui m'a durablement marqué.
La caste des méta-barons est une série très puissante qui explore l'univers d'un personnage de l'incal.
L'incal et non pas l'invalidation.
Hum...
Dirkdiggler Niveau : CFA2
Je regarderai ça à l'occasion ! Merci pour le conseil !
6 réponses à ce commentaire.
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