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« J'ai eu l'impression que j'allais mourir »

Il y a quelques jours la terre a tremblé à Lorca faisant 9 victimes et des dégâts matériels colossaux. Ce soir, huit joueurs du Lorca Atletico intégreront symboliquement la sélection de Murcie pour affronter le Real Madrid de Mourinho. Interview avec le capitaine du Lorca Atletico, José Carlos Olivares.

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Quelques jours après le tremblement de terre, quel souvenir en gardez vous ?


J'ai eu l'impression que j'allais mourir. C'est la première fois que ça m'arrive, et je n'ai pas peur de le dire, j'ai été choqué...J'ai vraiment cru que c'était la fin. Je ne souhaite ça à personne. Vraiment à personne. Heureusement le pire est passé, ça va beaucoup mieux aujourd'hui, si ce n'était pas le cas je ne pourrais pas répondre à tes questions !

Où étiez-vous lorsque le tremblement de terre a eu lieu ?


J'étais avec mes coéquipiers. L'entraineur était en train de nous parler avant qu'on saute sur le terrain d'entrainement. C'est là qu'a eu lieu la première secousse. On est rapidement sorti des vestiaires pour rejoindre le parking, un lieu sûr ou rien ne risquait de s'effondrer. Après un gros moment de panique, tout est revenu à la normale et nous avons décidé de poursuivre notre entrainement comme si de rien n'était. C'est sur le terrain qu'a eu lieu la deuxième secousse. Et là ça a été le chaos, comme si le monde s'écroulait littéralement sur nos pieds. On a compris tout de suite que cette deuxième secousse avait causé des dégâts très importants. Après, ça a été l'horreur. J'ai deux images qui resteront gravés longtemps dans ma mémoire : les gens déambulant dans les rues comme des zombies et le silence qu'il y a eu après le séisme. Il n'y a pas de mot pour décrire ce que j'ai ressenti à ce moment-là.



C'est comment Lorca aujourd'hui ?


C'est triste. Très triste à voir. Beaucoup de gens me disent qu'ils ont été choqués par les images qu'ils ont vu à la télévision, mais en vrai c'est pire que ça. Il y de la poussière partout, des maisons effondrées, des voitures broyées sous les gravats. Et surtout c'est désert. La chance qu'on a eu c'est que tout le monde s'est serré les coudes. Il y a eu des pleurs bien sûr, et il y en a toujours, mais les gens sont solidaires.



Outre le facteur psychologique, est-ce que vous avez souffert personnellement du séisme ?


Non. J'ai la chance d'habiter Puerto de Umbria, un petit village à coté de Lorca. Là-bas aussi les secousses se sont faites ressentir, mais grâce à Dieu ma maison est toujours debout. J'ai énormément de chance par rapport à certains de mes coéquipiers. Il y a des joueurs qui ont passé les deux premières nuits à dormir sur la plage ou dans leur voiture. Après on s'est un peu mieux organisé. Je ne pouvais pas les accueillir parce que j'avais déjà des réfugiés chez moi. Notre gardien, Juanma, qui a eu la même chance que moi a accueilli sept de mes coéquipiers chez lui. D'autres ont prêté leur résidence secondaire aux joueurs qui ne savaient plus où se loger. C'est difficile, mais on s'organise comme on peut.



C'est d'autant plus difficile que vous avez du jouer un match décisif pour le maintien face à Estepona...


Ce qui s'est passé est incompréhensible. La Fédération espagnole a fait n'importe quoi dans cette affaire. Elle a manqué de tact et de sentiment en n'acceptant pas notre demande de reporter le match. Si leurs maisons étaient à deux doigts de s'effondrer comme les nôtres, je ne pense pas qu'ils auraient joué au foot. Quelque part on s'est senti trahi, c'était comme un deuxième coup de massue après le séisme. D'une part parce que nous n'avons pas pu compter sur l'appui de nos supporters, et c'est normal. Et deuxièmement parce que le match contre Estepona était une finale. Le perdant était relégué indépendamment des autres résultats. Sans compter que notre stade ne pouvait pas accueillir le match, et pour cause, les militaires s'en sont servis comme quartier général.



Finalement vous vous êtes imposés à Estepona. Est-ce qu'on peut dire que c'est le match le plus dur que vous ayez eu à jouer ?


C'est le match le plus cruel de ma carrière. On n'avait pas la tête à jouer. On était fatigué et abattu, mais on savait qu'une défaite mettrait en péril la situation sportive et économique du club. On n'avait pas d'autre choix que de gagner. Et on l'a fait. C'est une victoire précieuse que nous dédions à toutes les victimes et à leurs familles. Mais aussi aux supporters de Murcia (le match avait eu lieu à la Condomina, stade de Murcie). Il y a une grosse rivalité entre Lorca et Murcie généralement. Nos supporters ne s'apprécient pas vraiment. Mais pour une fois ils ont oublié leurs querelles pour venir nous encourager. C'était sincère de leur part, c'est ça qui est beau. Grâce à eux, on a donné un peu de satisfaction aux habitants de Lorca.



Mercredi soir, vous jouez contre le Real Madrid. C'est pas un peu paradoxal de jouer le match de sa vie dans un moment si difficile ?


Ce n'est pas paradoxal, c'est grisant. L'espace de 90 minutes de jeu, on va affronter le meilleur club du monde. Pour beaucoup de joueur de Lorca ce sera la première et la dernière fois que nous pourrons affronter le grand Real Madrid. Ils sont là pour nous aider, et pour redonner le sourire à des gens qui en ont bien besoin. Les marques d'affection que nous avons reçus dans tous les stades d'Espagne lors de la dernière journée de Liga nous ont vraiment émus. Unay Emery (le coach de Valence qui a fait ses premiers pas à Lorca, ndlr) et Valence nous ont envoyés de l'argent, l'Atletico et Villarreal également, pour ne citer qu'eux. Et maintenant, il y a ce match contre le Real Madrid. C'est génial pour nous, et pour tous les lorquinos. J'espère que les fonds récoltés serviront à reconstruire un peu la ville. Mais je ne me fais pas d'illusion. Ca va prendre des mois, voire des années, avant que Lorca retrouve son vrai visage.



Propos recueillis par Javier Prieto-Santos



Sélection de Murcie – Real Madrid, 19h, stade de la Condomina.

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c'est bien, quand les gens s'entraident. Une belle interview, avec des mots sincères. Comme le foot peu aider à surmonter les peines et les différences.
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