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Izagirre surgit sous la pluie

Pas de renversement de situation dans cette dernière étape de montagne, l’avant-dernière de ce Tour 2016 : Froome et la Sky ont contrôlé, Bardet a assuré sa deuxième place au général, Quintana n’a rien fait. Pour l’étape, Izagirre surprend Pantano, Nibali et Alaphilippe, les quatre survivants de l’échappée du jour.

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Disons-le clairement : cette étape a été décevante, en tout cas frustrante. Avec son avance au classement général, Froome pouvait difficilement être attaqué, mais derrière, on pouvait légitimement imaginer qu’il allait y avoir la grosse bagarre pour le podium et les places d’honneur. Il n’en fut rien, la faute à une concurrence carbo, après quasi trois semaines d’une course menée à un gros rythme par la Sky, comme encore aujourd’hui. L’équipe du maillot jaune a contrôlé le groupe des leaders : lors de la dernière ascension, le terrible col de Joux Plane, Froome était entouré par quatre de ses coéquipiers, dans un mini-peloton de quinze coureurs. Un tiers du groupe ! Dans celui-ci ne figurait pas Fabio Aru, le grand battu du jour, victime d’une méchante hypoglycémie au bas de la dernière ascension, alors qu’il avait fait rouler son équipe devant pendant une bonne partie de l’étape… La stratégie d’Astana sur ce Tour aura décidément été incompréhensible jusqu’au bout. Romain Bardet, lui, n’a eu aucune défaillance, malgré les efforts de la veille. Il a assuré, bien que privé assez tôt de l’aide de son équipe, mais jamais inquiété par ceux qui pouvaient lui vouloir la deuxième place, Quintana, Yates, Porte… Ces trois-là finiront demain aux Champs aux 3e, 4e et 5e places. Pour le Colombien, c’est un classement insuffisant, mais il ne méritait pas mieux cette année : pas assez en forme, pas assez audacieux, pas forcément assez aidé non plus par son aîné Valverde…

Petit Aru, petit Nibali


La Movistar a tout de même sauvé son Tour aujourd’hui grâce à la victoire d’étape surprise d’Izagirre, en solitaire. C’est le premier succès de son équipe lors de cette édition 2016, le premier succès aussi pour un Espagnol. Izagirre a eu le flair de partir peu après le départ de Megève dans la bonne échappée de trente coureurs. Dans celle-ci pourtant, il a longtemps été invisible. C’est d’abord l’incontournable Sagan qui a fourni le travail pour un Kreuziger à la chasse aux secondes pour le général. Puis De Gendt s’est encore distingué, franchissant en tête les trois premiers cols de la journée, les Aravis, la Colombière et la Ramaz. Du côté des Français, Alexis Gougeard pour AG2R avait la socquette légère. Pierre Rolland aussi était de la partie, de même qu’Alaphilippe. Chaque descente de col provoquait des cassures dans cette échappée, la faute à la fatigue et surtout à la chaussée détrempée. Les moins bons descendeurs se faisaient systématiquement décrocher. Arrive Joux Plane, le juge de paix, précédé sur France Télé par un surréaliste reportage consacré à Gérard Holtz. Pantano et Alaphilippe, deux très bons slalomeurs partis devant dans la descente du col de la Ramaz, se retrouvent encore ensemble et entament l’ascension en duo. Derrière, Nibali attend les instructions, patiente, mais finit par apprendre que son « leader » Fabio Aru a craqué dès le bas de Joux Plane. Enfin, il a le feu vert pour aller chercher les deux fuyards, ce qu’il réussit à faire 3,5 km avant le sommet. L’homme de Messine place plusieurs attaques pour passer devant et décrocher le Français et le Colombien. La quatrième est la bonne : Nibali est désormais seul en tête, il a course gagnée. Sauf que ce n’est décidément pas du grand Nibali sur ce Tour 2016 : il ne s’envole pas comme prévu, il coince même. Qui surgit alors ? Izagirre.

Izagirre oui, Pantano


À moins d’1 km du sommet de Joux Plane, l’Espagnol de la Movistar revient sur l’Italien, accompagné de Pantano, qui s’accroche dans son style si particulier. On croit le Colombien à la limite, décroché même, mais chaque fois il revient au train. Izagirre, lui, est revenu de nulle part : trois premières ascensions gérées anonymement dans l’échappée, une bonne descente de la Ramaz et encore assez de force pour revenir sur Pantano et Alaphilippe d’abord, puis sur Nibali, avant de descendre vers Morzine. Alaphilippe n’a en revanche pas pu basculer avec les trois autres. Il reste maintenant une longue descente avant l’arrivée. Sur ce terrain, des trois survivants de l’échappée, Nibali est le favori naturel, mais l’Italien est tétanisé, souvenir peut-être de sa chute d’hier… Pantano paraît fort en revanche, mais il prend un virage trop large et se retrouve proche de basculer dans le fossé. C’est le moment choisi par Izagirre pour filer vers la victoire. Froome arrive quatre bonnes minutes derrière, petit sourire aux lèvres. Pour le grand, ce sera sur le podium des Champs demain, maillot jaune sur le dos.


Par Régis Delanoë
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Un Tour sans saveur. Certes Bardet fait 2ème, ce qui est une très belle performance.

Mais alors le reste ... Que ce fut long et soporifique. Où sont les attaquants ? Où sont ceux qui en veulent vraiment ? Comment Quintana peut être sur le podium alors qu'il n'a jamais attaqué ?

Pour le top 10, même si Froome était hors de portée pour cette édition de la grande boucle, les autres leaders n'ont rien montré. Nibali qui finit très loin du podium, les naufrages de Van Garderen et Pinot, Porte qui fait le coéquipier pour Froome, et surtout aucune audace de la part des leaders.

Franchement très déçu de ce Tour de France.
Note : -1
Qu'est-ce qu'il fout cet article sur SoFoot?
Ronaldo McDonald's Niveau : CFA2
Message posté par Briceleo
Qu'est-ce qu'il fout cet article sur SoFoot?


Ca fait pas trois fois que tu demande ?

Tous les ans pendant le tour, y'a un article par étape du Tour de France lié au magazine Pédale, qui vient de la maison Sopress.
Toon Eastman Niveau : National
T'étais ou durant les 3 dernières semaines ? Depuis le début du tour ils font un article par jours...
Et depuis le début y a des mecs qui viennent demander la même chose que toi..

Sinon pour le niveau et l'interet du Tour, pour moi on voit juste ici le résultat de la lutte anti dopage. Finit les mecs capables de placer attaques sur attaques dans les cols. Maintenant on dirait que tout les efforts se payent directement.

Rajouté a ça une équipe Sky dont la moitié les coureurs pourraient être leader dans d'autres équipes, et on a un Tour maitrisé de bout en bout et Froome qui ramene une victoire indiscutable.

Maintenant les organisateurs devraient peu être se pencher sur des solutions pour rendre ça plus intéressant. Raccourcir les étapes de plaines dont l'intérêt est quasi nul si ce n'est fatigué les coureurs par exemple, limiter les équipes a 5-6 coureurs et ainsi ouvrir la porte a d'autres formations, etc...
ErminigMode2k11 Niveau : DHR
Rien que pour Sagan ce Tour a eu le mérite d'exister

Tryphon_Ivanov Niveau : DHR
Note : 1
Message posté par Steven
Un Tour sans saveur. Certes Bardet fait 2ème, ce qui est une très belle performance.

Mais alors le reste ... Que ce fut long et soporifique. Où sont les attaquants ? Où sont ceux qui en veulent vraiment ? Comment Quintana peut être sur le podium alors qu'il n'a jamais attaqué ?

Pour le top 10, même si Froome était hors de portée pour cette édition de la grande boucle, les autres leaders n'ont rien montré. Nibali qui finit très loin du podium, les naufrages de Van Garderen et Pinot, Porte qui fait le coéquipier pour Froome, et surtout aucune audace de la part des leaders.

Franchement très déçu de ce Tour de France.


Nibali n'est pas arrivé comme Leader suite à sa performance de Leader au Giro et l'objectif olympique. Il était là pour éventuellement aider Aru en montagne et jouer une victoire d'étape (comme aujourd'hui sauf qu'avec la pluie, il n'allait pas compromettre ses JO sur une chute vu la tempête sur Morzine).

Après je partage ton avis, les deux qui ont attaqué dans le Top 10 sont aux deux premières places, le reste...

Les deux Movistar n'ont fait que sucer des roues même si Quintana déclare être complètement vide suite à des allergies, Meintjes et Yates sont jeunes et ne s'attendaient pas à faire une telle perf...

Finalement on a surtout perdu avec l'abandon de Contador qui a chuté des les épreuves en ligne de la première semaine.

Après, je pense que le classement général n'est plus intéressant car la Sky verrouille tout, mais il y a eu de belles choses: l'hyperactivité de Sagan, Pantano, De Gendt, Van Avermaet, le retour de Cavendish, la faillite des sprinters allemands, la confirmation Majka...

Bref, le plus intéressant n'est plus le maillot jaune.
Ça fait plaisir de voir Izagirre gagner une étape, il vaut tellement mieux qu'une 47ème place au général. Mais c'est typique des coureurs espinguoins, les étapes venteuses et pleines de chutes leurs sont fatales, les gars n'aiment vraiment pas ça. La Movistar a beau essayer de monter une grosse équipe autour de Quintana, si les gars volent comme des mouches dès les premières étapes, t'as l'air malin.
Albert Londres Niveau : District
Quand vous voyez le résultat de l'attaque de Mollema, qui prend 15 secondes, puis se fait rattraper et décrocher par la Sky, vous comprenez pourquoi personne n'attaque : personne ne peut le faire, tout simplement.
Les seuls qui parviennent à tirer leur épingle du jeu sont ceux qui bénéficient de l'appui de coéquipiers : Bardet hier, Rodrigez aujourd'hui.

Ce qui signifie évidemment que les Quintana et autres doivent revoir leur stratégie : ça ne sert à rien de rouler en tête de peloton, il faut laisser la Sky travailler, placer des hommes dans l'échappée pour servir de relai à une attaque, et quitter le groupe relativement loin et bien accompagné.
Typiquement, pour la Movistar, ça donne ça :
- Itzagire dans l'échappée
- Quintana et Valverde attaquent ensemble (et pas alternativement), et Valverde se sacrifie.

Evidemment, un tel plan suppose que Quintana ait les jambes, et que Valverde soit près à se sacrifier, deux choses qui n'était sans doute pas vraies sur ce Tour...
@Tryphon et @Albert

Pas tout à fait d'accord avec vous. C'est vrai que la Sky est une super équipe, comme l'US Postal l'était par exemple (tiens ...).

Mais je suis certain qu'il était possible de les faire céder. Par exemple si les Astana attaquaient, ils se faisaient rattraper. Mais si ensuite les Movistar attaquaient, puis les AG2R, puis les Tinkoff etc. Je suis sûr que la Sky aurait cédé tôt ou tard, surtout si cette stratégie avait été appliquée à plusieurs étapes de montagne.

Mais non, maintenant c'est la prudence qui prévaut, on veut garder le maigre avantage que l'on a sur ses poursuivants au classement.
Une mentalité Ligue 1.
paul.la.poulpe Niveau : Ligue 1
Au moins Froome aura été un beau vainqueur. Il a fait quelques trucs mémorables et a vraiment montré un belle intelligence tactique.

Entre la bordure, son attaque en descente ou sa montée à pied dans le Ventoux, y'a eu des moments sympa!
Mitigé également sur le niveau global du tour, mais si on ne se concentre pas uniquement sur le général, y'a eu de belles batailles pour les victoires d'étapes.

Hier, c'était franchement sympa à voir entre Alaphilippe, Nibali, Izaguirre et Pantano : attaques successives, descentes risquées, etc.

Concernant le général, mention à Dan Martin et Bardet. Le premier a eu une défaillance lors du Ventoux (si je dis pas de conneries) mais il a été l'un des seul à être tous le temps offensif.
Après comme j'ai pu lire ici, j'ai l'impression que les tentatives de certaines équipes de faire rouler pour affaiblir le peloton maillot jaune est voué à l'échec avec la Sky. Hier tous le top 10 arrive cramé (et certains lâchés) mais Froome est encore tranquille avec 4 équipiers à l'arrivée.

C'est clair que si les équipes attaquent toutes successivement, la Sky finira par lâcher, mais on a tendance à vouloir que tout le monde s'associe contre la Sky, alors que les équipes sont également rivales entre elles et faut pas l'oublier.

Moi ce qui me fatigue c'est les mecs comme Porte, il me fait penser au Wiggins de l'époque, incapables d'attaquer, il suit, emmène Froome avec lui, bref il est tout sauf spectaculaire.

Contador a manqué clairement, et Quintana n'était pas en forme. Je pense que la Sky est plus forte que jamais et qu'on est parti pour quelques années de domination... D'autant plus si un Froome arrive à leur mettre à tous 1 ou 2 minutes dans les CLM.
Albert Londres Niveau : District
Note : 1
Message posté par Steven
@Tryphon et @Albert

Pas tout à fait d'accord avec vous. C'est vrai que la Sky est une super équipe, comme l'US Postal l'était par exemple (tiens ...).

Mais je suis certain qu'il était possible de les faire céder. Par exemple si les Astana attaquaient, ils se faisaient rattraper. Mais si ensuite les Movistar attaquaient, puis les AG2R, puis les Tinkoff etc. Je suis sûr que la Sky aurait cédé tôt ou tard, surtout si cette stratégie avait été appliquée à plusieurs étapes de montagne.

Mais non, maintenant c'est la prudence qui prévaut, on veut garder le maigre avantage que l'on a sur ses poursuivants au classement.
Une mentalité Ligue 1.


Je pense qu'il était possible de faire céder la Sky, mais ce n'est pas vraiment possible de mettre en place un assaut coordonné entre différentes équipes contre la sky.

Le problème est double.
1) Les trois fondamentaux de la tactique en cyclisme sont les axiomes de l'aspiration (l'homme en tête du groupe fait le plus d'effort), du seuil (à 95% de ses capacités, on peut tenir toute la montée, à 101%, on tient 500 m et on explose), et de la dette (tous les efforts supplémentaires consentis à un moment dans l'étape se paye cash sur le final).

Le principe de la Sky, c'est que les équipiers peuvent rouler à 98% de leurs capacités. Ceux qui sont derrière prennent seulement 95% parce qu'ils sont abrités. Dès qu'ils essayent d'attaquer, ils se retrouvent à rouler à 101% et ils se font rattraper tôt ou tard.
Ceci vaut pour des Bardet, des Mollema, des Yates : des coureurs qui ne sont pas intrinsèquement supérieurs à des Landa, Henao, Poels ou Thomas (ou en tout cas pas de beaucoup).
Quintana, sur le papier, est nettement meilleur, mais cette année il n'était pas en forme.
Donc attaquer seul est difficile, voire impossible, sauf si on peut bénéficier de l'aide de coéquipiers. Le problème est que ces coéquipiers ne peuvent pas suivre leur leader quand il attaque (voire n'existe pas : Bardet n'a que Vuillermoz par exemple en montagne). Il faut donc les envoyer en tête à l'avance.

C'est là qu'intervient le deuxième volet de la tactique sky : la gestion des échappées.
La Sky a de bons grimpeurs, elle a aussi trois très gros rouleurs : Rowe, Stannart, Kiryienka (dernier champion du monde de chrono). En début d'étape, ils font le tri parmi les échappés, et s'assurent que personne de dangereux ne va sortir. Si la Movistar essaye de placer Itzagirre, Moreno et Anacona en tête, l'échappée ne partira pas.
Une fois que l'échappée est partie, la Sky laisse un gros écart, du coup les équipiers sont trop loin pour pouvoir servir d'appui (quand ils sont proches, c'est soit qu'ils sont cuits, soit que la Sky a enclenché la vitesse supérieure et personne ne pourra sortir).

Conséquence, c'est très compliqué de les surprendre.
Ça reste possible : Bardet l'a prouvé, mais c'est difficile.

2) Le dilemme du prisonnier.
C'est le second problème : dans la stratégie que vous décrivez d'assauts incessants, les premiers à attaquer le paieront chers : ils lâcheront forcément à un moment (principe de la dette). Du coup on a un dilemme du prisonnier : si tout le monde attaque Froome de façon coordonnée, tout le monde gagnera peut être un petit quelque chose (tout le monde ne sera pas maillot jaune !), mais si j'attaque celui qui est juste devant moi, je peux gagner gros (Bardet gagne 3 places).

Par ailleurs, ainsi qu'on l'a vu, c'est extrêmement dangereux d'attaquer. Du coup ceux qui sont aux premières places n'ont aucune raison de se mettre en danger.
Il faut se rappeler que des Yates, Bardet, ne venaient pas pour gagner le Tour. Pour eux, un top 10 était l'objectif, un top 5 un rêve, un podium une illusion.
Et quand bien même ils réussiraient à faire sauter les équipiers de Froome, Froome leur est supérieur en montagne, donc ils n'auraient que fait le boulot pour Quintana (en admettant qu'il ait les jambes pour en profiter).

Et ce n'est pas nouveau : ça a toujours été le cas. Derrière Hinault les colombiens jouaient le maillot à pois, derrière Mercx on jouait le podium ou les victoires d'étapes. Passé un certain seuil de temps, une alliance objective se met en place entre ceux qui ont atteints leurs objectifs, qui ont intérêt à figer la course.
Tryphon_Ivanov Niveau : DHR
Message posté par Albert Londres
Je pense qu'il était possible de faire céder la Sky, mais ce n'est pas vraiment possible de mettre en place un assaut coordonné entre différentes équipes contre la sky.

Le problème est double.
1) Les trois fondamentaux de la tactique en cyclisme sont les axiomes de l'aspiration (l'homme en tête du groupe fait le plus d'effort), du seuil (à 95% de ses capacités, on peut tenir toute la montée, à 101%, on tient 500 m et on explose), et de la dette (tous les efforts supplémentaires consentis à un moment dans l'étape se paye cash sur le final).

Le principe de la Sky, c'est que les équipiers peuvent rouler à 98% de leurs capacités. Ceux qui sont derrière prennent seulement 95% parce qu'ils sont abrités. Dès qu'ils essayent d'attaquer, ils se retrouvent à rouler à 101% et ils se font rattraper tôt ou tard.
Ceci vaut pour des Bardet, des Mollema, des Yates : des coureurs qui ne sont pas intrinsèquement supérieurs à des Landa, Henao, Poels ou Thomas (ou en tout cas pas de beaucoup).
Quintana, sur le papier, est nettement meilleur, mais cette année il n'était pas en forme.
Donc attaquer seul est difficile, voire impossible, sauf si on peut bénéficier de l'aide de coéquipiers. Le problème est que ces coéquipiers ne peuvent pas suivre leur leader quand il attaque (voire n'existe pas : Bardet n'a que Vuillermoz par exemple en montagne). Il faut donc les envoyer en tête à l'avance.

C'est là qu'intervient le deuxième volet de la tactique sky : la gestion des échappées.
La Sky a de bons grimpeurs, elle a aussi trois très gros rouleurs : Rowe, Stannart, Kiryienka (dernier champion du monde de chrono). En début d'étape, ils font le tri parmi les échappés, et s'assurent que personne de dangereux ne va sortir. Si la Movistar essaye de placer Itzagirre, Moreno et Anacona en tête, l'échappée ne partira pas.
Une fois que l'échappée est partie, la Sky laisse un gros écart, du coup les équipiers sont trop loin pour pouvoir servir d'appui (quand ils sont proches, c'est soit qu'ils sont cuits, soit que la Sky a enclenché la vitesse supérieure et personne ne pourra sortir).

Conséquence, c'est très compliqué de les surprendre.
Ça reste possible : Bardet l'a prouvé, mais c'est difficile.

2) Le dilemme du prisonnier.
C'est le second problème : dans la stratégie que vous décrivez d'assauts incessants, les premiers à attaquer le paieront chers : ils lâcheront forcément à un moment (principe de la dette). Du coup on a un dilemme du prisonnier : si tout le monde attaque Froome de façon coordonnée, tout le monde gagnera peut être un petit quelque chose (tout le monde ne sera pas maillot jaune !), mais si j'attaque celui qui est juste devant moi, je peux gagner gros (Bardet gagne 3 places).

Par ailleurs, ainsi qu'on l'a vu, c'est extrêmement dangereux d'attaquer. Du coup ceux qui sont aux premières places n'ont aucune raison de se mettre en danger.
Il faut se rappeler que des Yates, Bardet, ne venaient pas pour gagner le Tour. Pour eux, un top 10 était l'objectif, un top 5 un rêve, un podium une illusion.
Et quand bien même ils réussiraient à faire sauter les équipiers de Froome, Froome leur est supérieur en montagne, donc ils n'auraient que fait le boulot pour Quintana (en admettant qu'il ait les jambes pour en profiter).

Et ce n'est pas nouveau : ça a toujours été le cas. Derrière Hinault les colombiens jouaient le maillot à pois, derrière Mercx on jouait le podium ou les victoires d'étapes. Passé un certain seuil de temps, une alliance objective se met en place entre ceux qui ont atteints leurs objectifs, qui ont intérêt à figer la course.


Cher Albert,

Tes explications sont très claires et intéressantes.

Quelles sont alors à ton sens les possibilités pour contrer ce type d'armadas? Car sans remettre en cause Froome qui est clairement le plus fort, sans un Poels de folie dans les Alpes, je ne pense pas qu'il puisse contenir ses concurrents et c'est ça qui est un peu dommage par rapport à la formidable lutte qu'on peut voir sur des victoires d'étape comme hier.

Salary cap? Réduire le nombre de coéquipiers? Suppression de l'oreillette? Revoir le système d'attribution des points et des classements?
Albert Londres Niveau : District
Note : 1
Message posté par Tryphon_Ivanov
Cher Albert,

Tes explications sont très claires et intéressantes.

Quelles sont alors à ton sens les possibilités pour contrer ce type d'armadas? Car sans remettre en cause Froome qui est clairement le plus fort, sans un Poels de folie dans les Alpes, je ne pense pas qu'il puisse contenir ses concurrents et c'est ça qui est un peu dommage par rapport à la formidable lutte qu'on peut voir sur des victoires d'étape comme hier.

Salary cap? Réduire le nombre de coéquipiers? Suppression de l'oreillette? Revoir le système d'attribution des points et des classements?


Il n'y a pas tellement de solutions pour le Tour : c'est la course la plus importante de l'année, avec les meilleures équipes, les meilleurs leaders, et les plus gros enjeux. Et les enjeux ont tendance à tuer le jeu (comme les finales des coupes de foot, qui sont souvent des matchs tendus, fermés, et assez ennuyeux si ce n'est pas leur enjeu).

Réduire le nombre de coéquipiers pour limiter la force des plus grosses équipes, salary cap, supprimer les capteurs de puissance et éventuellement les oreillettes (en pratique les oreillettes fonctionnent de façon assez aléatoire, celle de Bardet avait lâché vendredi).
Augmenter les primes et les points World Tour pour les étapes, les maillots distinctifs et le podium, et les diminuer pour les places d'honneur pourrait peut-être permettre d'inciter ceux qui tournent entre la 10ème et la 6ème place à attaquer de loin.

Question tactique, le principe est simple : l'attaque doit s'appuyer sur des coéquipiers (placés à l'avance dans l'échappée, ou suffisamment forts pour sortir à la pédale avec leur leader).

Mais en dernière analyse, c'est la force des leaders qui compte : une grande équipe ne fera pas gagner le Tour à une chèvre.
Cette année comme l'année dernière, on a vu que quand Froome est isolé, il reste meilleur que ses adversaires (à la Pierre Saint-Martin, il est seul en tête avec Quintana quand il porte sa fameuse attaque). Les coéquipiers sont surtout utiles pour défendre une position.
Je suis assez septique sur les chances de bousculer ou de renverser un Tour, quelles que soit les stratégies adoptées.

Il faut aussi noter que cette année, le Tour était extrêmement serré, avec des écarts les plus faibles de ces dernières années.
L'année dernière Froome avait 3 minutes d'avance sur le deuxième au soir de la première étape de montagne, et le deuxième avait lui même plus d'une minute d'avance sur le second, alors que cette année on est resté à moins de deux minutes entre les trois premiers jusqu'au chrono. Quand tu as 7 minutes de retard sur le maillot jaune, c'est inutile d'essayer de l'attaquer, donc en règle générale la plupart des coureurs sont hors course assez rapidement. Et pour attaquer leurs adversaires directs, ils doivent attendre d'avoir suffisamment d'écart avec le maillot jaune pour pouvoir avoir un bon de sortie (donc les gens entre la 6ème et la 15ème place sont souvent des alliés objectifs du maillot jaune aussi).

Et comme je le disais, la domination écrasante d'une équipe et d'un leader, ça a toujours été le cas au moins depuis les années Anquetil. En fait, le Tour est chiant, c'est la nature de la course cycliste qui veut ça, et on n'y changera rien. Disons que c'est un sport qui est contemplatif de nature, ponctué par de brefs moments d'excitation intense - j'imagine que ce n'est pas très différent de beaucoup de matchs de foot, sauf que le cyclisme étale l'ennui sur trois semaines et 3h par jours.

Ah, et une dernière chose : je suis à peu près certain que les anglais n'ont pas trouvé ce Tour ennuyeux. Le jour où la France sortira un nouvel Hinault, nous français nous ennuirons beaucoup moins, même s'il écrase la course à la manière de la Sky...
Albert Londres Niveau : District
L'autre grande leçon (mais ça fait 60 ans que c'est comme ça), c'est que le Tour se gagne dans la plaine. Dans l'histoire du Tour, les purs grimpeurs (Poulidor, Bahamontes, Gaul, Vietto, Van Impe, Pantani, Schleck...) ont un palmarès squelettique par rapport aux spécialistes du chrono capables de grimper (Anquetil, Merckx, Hinault, Lemond, Indurain, Froome...).
Ce qui est de mauvais augure pour les chances de Bardet, il va falloir sacrément progresser là-dessus ; par contre, si Pinot arrive à être plus régulier en montagne, ses progrès en chrono seront un énorme atout.

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