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Ixzo : « Aurier n'a tué personne »

Avec ses dreadlocks et son débit mitraillette, Ixzo est devenu l'une des figures de proue du rap de Sevran. Avant de se spécialiser dans la punchline, il a aussi côtoyé Teddy Tamgho et un certain Serge Aurier au quartier. Interview avec l'un des « soldats » du latéral parisien.

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Tu viens de Sevran, une ville qui n'a pas une réputation facile malgré ses nombreux talents…
Oui. À part Aurier, il y a Teddy Tamgho (recordman du monde du triple saut en salle, ndlr), Cheick Kongo, Cheick Koné, Arnold Quero, Kevin Petshi (combattant MMA, ndlr), les frères Lapidus (combattants UFC, ndlr), etc… Il y a aussi des réussites qui vont au-delà du sport ou de la musique, et c'est bien. Tous ces parcours dépassent le cadre de la ville, ça devient international. Ça nous a permis de sortir de cette zone-là. La génération qui m'a précédé, j'ai conscience que pour eux c'était compliqué. Nous, on jouait, on s'amusait, on était insouciants. Mais tu grandis et, à un moment donné, tu te dis : « Je vais faire quoi, moi, dans ce quartier-là ? » Moi, par exemple, j'ai commencé dans le rap presque par hasard. À l'époque, on allait se poser en studio trente minutes, mais c'était pour rigoler. Jamais on n'aurait pensé qu'on en ferait notre métier. Je ne mettais pas le rap sur le même plan que la vraie vie.

Mais le rap est censé raconter la vraie vie, non ?
Oui, et c'est ce que je fais. Je suis vraiment dedans. Il y a des artistes qui peuvent s'échapper du côté brutal du quartier, mais moi j'y habite toujours. Que je fasse ou non du rap, limite, ce serait pareil.


Les rappeurs qui parlent des quartiers, mais qui en sont déconnectés, ça t'inspire quoi ?
On est en 2017, et avec les nouvelles technologies, tout le monde peut rapper dans son coin. Le mec est dans sa montagne avec trois poules, il se pose devant un micro et il fait des millions de vues alors qu'on ne sait pas d’où il vient. Venir d'un quartier, ça ne veut rien dire maintenant. Si t'es bon, talentueux, ça suffit. Il n'y a plus de frontières. D'autant que le rap est la musique préférée des Français, je suis sûr que même le président doit en écouter.

Avant de quitter la Maison-Blanche, Obama s'est fait photographier dans le bureau ovale avec pas mal de stars du rap américain. Tu penses qu'une photo comme ça serait possible en France ?
On a quinze ans de retard par rapport aux cain-ris, donc un jour ça finira bien par arriver... C'est pas mon truc, mais s'il y en a qui veulent poser avec le chef d'État, tant mieux pour eux.

« Tu peux devenir n'importe qui, n'importe quoi, tu peux devenir président de la république, mais le quartier il est ancré en toi. C'est comme ça, tu ne peux pas lutter. »

Comment tu expliques la réussite d'Aurier, Tamgho et compagnie ?
Tamgho est charismatique. Avec lui, on rappait avec des micros dont on se servait pour parler sur MSN (rires). Ici, personne ne fait de cinéma. C'est la base, si tu ne sais pas d’où tu viens, tu ne peux pas savoir où tu vas. Les rappeurs, les footballeurs, les lutteurs ou tous ceux qui ont réussi dans d'autres domaines sont des sources d'inspiration pour les autres. Et on fait en sorte de continuer sur cette lancée-là : on est constamment dans la transmission. Même si t'as rien, il faut donner tout ce que t'as. On se serre les coudes, on s'entraide tous d'une manière ou d'une autre. Certains, comme Aurier, n'habitent plus dans le quartier, mais ils continuent à y venir parce que ce sont leurs racines. Quelque part, on est tous aimantés par le quartier.

Pourquoi ?
Parce qu'on est toujours plus à l'aise chez soi que chez les autres, non ? Tu peux devenir n'importe qui, n'importe quoi, tu peux devenir président de la République, mais le quartier il est ancré en toi. C'est comme ça, tu ne peux pas lutter. Y a un mec qui va te « toucher » bizarrement et là tu vas avoir le coté banlieue qui ressort. C'est instinctif, on ne peut ne pas cacher sa vraie nature. Regarde les footeux qui viennent de banlieue : ils ont tous le mors, ils ne font pas semblant.


C'est un peu ce qui est reproché à Aurier, notamment depuis l'affaire Périscope...
Il faut prendre du recul par rapport à ça. Ça peut en choquer certains, mais ce qu'a dit Aurier à ce moment-là, il faut le prendre au millième degré à mon avis. Je ne pense pas qu'il voulait clasher Blanc, pour moi, c'est juste de la maladresse. Est-ce qu'il faut le condamner pour ça ? Franchement, non. Il n'a tué personne après tout. Et puis, dans la vie, il y a des choses bien plus graves. Quand il dit à Marquinhos que c'est un Marocain, c'est une vanne et tout le monde rigole. À Sevran, on passe nos journées à se vanner sur tout : les nationalités, les couleurs de peau, ce que tu fais, comment tu t'habilles… Mais ça ne va jamais très loin. Parfois, tu vas faire une blague que les gens ne vont pas comprendre. Là, je pense qu'il a capté qu'il doit faire attention à tout ce qu'il fait et à tout ce qu'il dit. Désormais, il est dans l'œil du cyclone. Le jour où il va griller un feu rouge, même si Giroud en grille quatre au même moment, personne ne va le louper. Serge n'avait pas de filtre, mais là il s'en est mis. Moi aussi, je me mets des filtres. J'en ai plus que Snapchat, même.

Aurier dit toujours : « Quand tu viens d'en bas, il faut viser haut. »
Maintenant qu'il est en haut, pourquoi il revient autant en bas alors ? Parce que c'est un moyen pour lui de garder les pieds sur terre. Tout est éphémère, ça va très vite dans la vie. Avoir du recul, c'est important. À Sevran, il vient manger, il parle aux petits, il offre des maillots à ceux qui le supportent et qui n'ont pas les moyens de s'en acheter. Il n'a pas besoin de le faire, mais il le fait quand même.

« J'ai fait pas mal de futsal avec les frères Aurier. Christopher était bon, c'était une dinguerie. Serge, pareil. Quand on le voyait, on sentait le foot en lui. »
« J'ai fait pas mal de futsal avec les frères Aurier. Christopher était bon, c'était une dinguerie. Serge, pareil. Quand on le voyait, on sentait le foot en lui. »

Aurier fait souvent la promo des artistes sevranais sur les réseaux sociaux. Il aime vraiment le rap ou il le fait pour se donner une street-cred ?
Non, ce n'est pas du cinéma, il est vraiment dedans. Moi, au départ, j'ai commencé à écouter du Bones thugs and Harmony, The Diplomats, Lunatic, Mctyer, Salif… Aurier a les même références, même si je sais qu'il aime aussi ce que fait Rohff. Il kiffe vraiment le rap. Je le remercie d'ailleurs d'avoir apporté son soutien à mon premier projet. Je n'espère rien de lui, mais si demain il a besoin de moi, je suis là. C'est un soldat.

Aurier n'arrête pas d'avoir le mot « soldat » à la bouche. Ça vient d’où ?
C'est pour se motiver. Quand t'es un soldat, tu pars au combat. Meunier c'est un bon joueur, ça ne se discute pas, mais si je dois partir en guerre, ce ne sera pas avec lui, mais avec Aurier. Moi, j'aime bien les soldats comme lui, comme Sergio Ramos. Lui, il m'a fait kiffer trop de fois, il a sauvé trop de fois le Real. Rabiot, quelque part, c'est aussi un soldat. Il fait partie de la même génération qu'Aurier. Ils sont potes, ils se comprennent. Ça démontre bien qu'un mec qui a des bouclettes et qui vient du 16e peut être sur la même longueur d'onde qu'un type qui vient d'une banlieue sombre.

C'est quoi ton rapport au foot ?
J'ai joué jusqu'en DHR à Tremblay. J'étais une sorte de Kara Mbodji, un assassin, un criminel, un serial killer. Les gens ne voulaient pas jouer contre moi. J'ai fait pas mal de futsal avec les frères Aurier. Christopher était bon, c'était une dinguerie. Serge, pareil. Quand on le voyait, on sentait le foot en lui. Je ne suis pas étonné de le voir au PSG, parce qu'il suffisait de regarder les matchs qu'il faisait à Toulouse pour se rendre compte que c'était déjà un patron.


Tu regardes plus les matchs du PSG maintenant qu'Aurier y joue ?
Quand j'étais petit, mon père me disait que le PSG était un club de racistes. Lui, il supportait Marseille ou Saint-Étienne parce qu'ils avaient un autre rapport à l'immigration. Il y avait des skins au PSG avant, c'est vrai, mais il y avait aussi Ronnie ou Okocha. Avec eux, le club n'a rien gagné, mais au moins, on a kiffé. C'était une autre époque. Dernièrement, je suis allé voir un Clasico. C'était pourri, il n'y avait pas d'ambiance. Franchement, j'aurais dû rester chez moi...

Propos recueillis par Jamon Jabugo À écouter : L'Ennemi d'Ixzo – Disponible partout et en téléchargement légal sur http://musicast.lnk.to/lennemi.
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