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Inter Aliyah, l’équipe monde d’Israël

Loin d’être une terre promise au football, Israël accueille chaque fin de semaine sur ses terrains cinq divisions, composées d’équipes où, pour certaines, le terme « engagement » va bien au-delà d’un gros tacle appuyé. Parmi elles, l’Inter Aliyah, formée uniquement de joueurs juifs ayant décidé d'immigrer en Terre sainte.

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Un sonore « Pelotuuudo » s’élève du stade Neve Golan, au sud de Tel Aviv. Yonathan l’Équatorien s’arrache sur son aile pour revenir au marquage, tandis que Samuel le goal américain l’encourage en anglais. Cet échange international a beau résonner comme un match de haut niveau local, les deux joueurs font pourtant partie de l’Inter Aliyah, team dans le ventre très mou de la plus basse division israélienne.

Créée il y a quelques mois à peine, la jeune équipe au maillot albiceleste a vu le jour dans le but de rassembler une sélection d’internationaux – à prendre là au sens premier du terme – ayant fait leur aliyah, soit l’acte pour un juif d’immigrer en Israël. « L’équipe a été pensée avec l’idée de regrouper les footballeurs de cette diaspora » , précise ainsi Ricardo, le manager «  à la Florentino Pérez  » de ce club de vingt-huit joueurs, venant d’horizons aussi colorés que la bande de drapeau imprimée sur leur maillot : Brésil, Italie, Suisse, Allemagne, Uruguay, États-Unis, Angleterre, Argentine, Pays-Bas ou encore France. « Enfin non, le Français s’est barré assez rapidement » , déplore toutefois l’Équatorien.

Le drapeau israélien photoshopé reste le plus visible, pour bien montrer le dénominateur commun de ces vingtenaires qui ont plus ou moins récemment obtenus leur Teuda Tzeut, la carte d’identité du pays. « Tu ne peux pas jouer dans le championnat si tu ne l’as pas. On a actuellement six ou sept joueurs dans le process d’obtention, de très bons, mais on ne peut pas encore les aligner » , se désole Ricardo, qui s’est lui-même chargé de superviser le recrutement de son écurie.

Coaché par Jérôme-le-Suisse


Si certains Olim – nom donné à ceux ayant fait leur aliyah – ont déjà évolué ensemble dans le passé sous la bannière de l’Inter Tel Aviv, d’où est tirée une partie du nom, d’autres sont arrivés par l’intermédiaire de la campagne de recrutement lancée notamment sur Facebook et un groupe à la Wanted Bon Plan local. Trois semaines de tests ont été nécessaires pour finalement arriver au groupe actuel, coaché par Jérôme-le-Suisse : « Je les fais venir à l’entraînement les dimanches et mercredis, pour être fin prêt le vendredi, jour habituel de match. Je leur parle en anglais, mais les blagues se font plutôt en espagnol sur le terrain. » S’il admet vouloir faire pencher la balance du côté d’un football latin, façon tiki-taka, il se montre plutôt réaliste : « C’est déjà galère d’avoir deux attaquants. En ce moment, je dois les faire jouer en 4-1-4-1. »

L’ex-Londonien Sam est le capitaine de cette team : « Les gars ont du cœur. On est une bonne équipe de potes. Perso, je jouais déjà dans une équipe juive en Angleterre. J’ai fait mon aliyah en 2009. » Ricardo est lui arrivé tout juste au printemps : « La situation politique et économique dans mon pays n’était pas bonne. J’ai suivi mon feeling sioniste – bon, et aussi celui pour las señoritas – et ai décidé d’émigrer en Israël, s’explique-t-il. Et j’ai eu envie de mettre en pratique ce que j’avais appris dans mon Master Sports Businesses à la New York University. »


À travers le sporto-religieux, c’est tout un projet à long terme qu’a imaginé le manager de l’Inter : « On aimerait être le club référent des juifs de l’étranger en Israël ! Aujourd’hui, aucun club, pas même le Maccabi Tel Aviv ni l’Hapoël Beer-Sheva qui jouent en Ligue Europa, n’est vraiment suivi en dehors de nos frontières. On se donne dix ans pour monter en 1re division et gagner en notoriété ! » L’Inter Aliyah se doterait alors d’un stade en propre pour accueillir ses supporters. L’accession en 3e division serait déjà pour Ricardo l’occasion de «  lever de nouveaux fonds, comme on a fait avec les 50 000 shekels (environ 11 930 euros, ndlr) de notre création, pour donner naissance à une petite académie qui accueillerait les Olim venus étudier, travailler et bien sûr jouer au foot » .

L’ascension vers les sommets du championnat de foot israélien ne semble en effet pas pour demain. Malgré un but de leur Brésilien Fernando qui a fait bondir du banc les remplaçants et leurs Ray-Ban sur le nez, le 1-1 concédé sur leur synthé face au Maccabi Or Yehud ce vendredi-là les fait stagner dans le ventre mou de la Liga Gimel, zone Tel Aviv. Il leur reste encore du temps pour recruter du beau monde, et rêver de vrais internationaux.

Par Guillaume Blot, à Tel Aviv
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