Ils auraient pu jouer avec Maradona...
Ils auraient pu jouer avec Maradona...
Diego Diego Maradona Equipe d’Argentine Ligue des Champions Olympique de Marseille
Ressassant les histoires de jardins de Valenciennes-Marseille, de la montre de Jacques Mellick et de la régulière de Christophe Robert, un détail frappe un garçon, sans doute trop jeune pour vivre pleinement l’affaire en 1993 : « Attends, on a acheté Burruchaga ? Le mec qui a gagné la Coupe du Monde 86, il jouait à Valenciennes ? Ça veut vraiment dire que Maradona a gagné la coupe du Monde avec des joueurs tout pétés à côté de lui ». Candide, un autre renchérit : « Maradona, il a besoin de personne. Tu le mets à l’OM, on repart comme à l’époque ».
A vingt ans près, ça aurait pu être une phrase de visionnaire. Parce qu’on le sait, la venue du Pibe de Oro sur la Canebière n’est pas allée plus loin qu’une prise de contact et qu’un tour sur le Phocéa. Mais l’idée a un temps fait son chemin. Comme le dit Rolland Courbis : « A l’époque, le président de l’OM s’appelait Bernard Tapie, et avec un garçon comme lui, tout était possible, donc c’est normal qu’à un moment donné tout le monde y ait cru ». Cette folie générale a atteint l’effectif olympien. Eric Di Meco était « vraiment excité à l’idée de bosser avec un mec comme ça ». Manuel Amoros ne dit pas autre chose : « Cela aurait été un plus pour nous et surtout pour les supporters. Maradona, ça évoquait beaucoup de choses ».
Néanmoins, avec une équipe déjà championne de France, le recrutement du joueur du siècle aurait pu accroitre la pression. Certains s’autorisaient notamment à croire qu’un type qui avait l’habitude de ne faire que des jongles à ses séances d’entraînement napolitaines, quand il y allait, aurait pu perturber le groupe. Arguant, de plus, que dans la catégorie meneur de jeu sud-américain, l’OM était déjà sérieusement outillé avec un certain Enzo Francescoli. Ce n’était que foutaise pour les deux latéraux. « Quand tu as un type de ce niveau, qui te donne la victoire dans des matchs que tu devais perdre, tu es prêt à tout accepter de lui » concède Di Meco, le minot. « Un joueur de sa trempe, ça s’adapte de partout. Et puis nous, on aurait tout fait pour qu’il s’adapte. Avec Francescoli, il n’aurait pas eu de mal à cohabiter. Je pense qu’ils se connaissaient en plus » défend Amoros.
Sans lui, l’OM a été champion de France et demi-finaliste de la Coupe des clubs champions en 1990. Aurait-il été possible de faire mieux ? Sûrement. Après tout, l’élimination européenne de l’OM intervient à la suite d’une main de Vata pour Benfica. Pour le coup, Maradona aurait pu apporter la réponse idoine... « Il nous aurait surtout aidé à gagner plus largement à l’aller » parie Amoros. Pour Eric Di Meco, la différence se serait faite plus tard, notamment lors de la finale de 1991, contre l’Etoile Rouge de Belgrade. L’arrière gauche historique montre qu’il n’est pas marseillais pour rien. Diego n’est resté à Marseille que deux heures et lui le voyait déjà rester deux ans.
Mais preuve que ça n’a pas non plus été l’évènement majeur de juin 1989, certains joueurs de l’effectif olympien avouent n’avoir aucun souvenir du buzz de l’époque. C’est le cas d’Alain Roche, qui débarquait tout juste à Marseille : « Pour être honnête, je pensais que c’était arrivé beaucoup plus tard, cette rumeur ».
Le match de ce soir ne sera donc peut-être unique que pour les Marseillais. Pour ceux qui se disent que Diego est arrivé vingt ans trop tard. C’est dommage, ça aurait pu aussi être l’histoire du retour de Daniel Montenegro au Vélodrome. Retenu dans le groupe Argentin, il avait, lui, bel et bien signé à l’OM, il y a dix ans. Mais l’histoire fait tout de suite beaucoup moins rêver. Sûrement parce que le bureau d’Yves Marchand, ce n’est pas le Phocéa.
Romain Canuti






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