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Il y a 100 ans, la « Khaki Cup Final »

La finale de FA Cup de 1915 restera à jamais le dernier match officiel disputé en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale. Une rencontre gravée dans l'histoire du sport britannique, pour son côté folklorique, mais surtout pour les questions liées au statut de footballeur qu'elle souleva.

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Alors que le pays est officiellement en guerre contre l'Allemagne depuis le 4 août 1914, le championnat anglais et sa coupe nationale perdurent encore pendant une saison. La finale de FA Cup du 24 avril 1915 reste donc la dernière partie disputée avant la suspension des compétitions outre-Manche jusqu'en 1919. Une rencontre opposant Sheffield United (la « Red and White army » ) aux Blues de Chelsea. Pourtant, dans les gradins d'Old Trafford, aucune de ces couleurs vives n'est perceptible. Seule une immense étendue de kaki frappe l'œil, faisant logiquement penser à un rassemblement militaire. La foule, environ 50 000 personnes, provient majoritairement de Manchester et de son comté. La plupart des supporters présents en tribunes reviennent depuis peu du front et cherchent à se détendre, avant de repartir au combat quelques jours plus tard. Bien qu'en permission, de nombreux militaires gardent leur uniforme pour se rendre au stade, donnant du même coup une saveur toute particulière à cette finale, ainsi que son surnom, la « Khaki Cup Final » . Et d'en faire l'une des plus controversées de l'histoire du football britannique.

Tranchées et brouillard


À l'origine, la joute ne devait même pas se tenir dans l'enceinte de Manchester United puisqu'elle était prévue à Londres, sur le terrain de Crystal Palace. La « Football Association » a finalement dû se réorganiser, la faute à une réquisition militaire du stade assortie aux restrictions de déplacement dans la capitale, rendant la venue de supporters quasi impossible. Avant l’événement, la presse entend taper sur le monde du foot, à qui elle reproche de s'amuser, tandis que le pays tout entier plonge dans la misère et la souffrance. À l'époque, protégés par un statut professionnel, les joueurs passaient à côté de la mobilisation nationale - en fin de compte, les footeux seront envoyés dans les tranchées une poignée de mois plus tard. De quoi faire grincer légitimement quelques dents. Pas suffisant néanmoins pour annuler la 44e édition de la doyenne des compétitions de ballon rond qui se tiendra donc le 24 avril.

L'affiche promet d'ailleurs d'être intéressante. Sheffield United, l'une des équipes les plus importantes de l'avant-guerre, face à Chelsea, qui a fait son entrée dans la Football League quelques années auparavant. Les Blades - aujourd'hui en D3 -, partent grandement favoris. Passés à seulement trois points du titre national, finalement remporté par Everton, ils entendent bien glaner la troisième Cup de leur histoire. Sur le terrain, les pronostics ne seront pas déjoués. Une victoire sèche signée Sheffield, 3-0, grâce entre autres à deux réalisations dans les derniers instants de la rencontre (Stan Fazackerley à la 84e, suivi de Joseph Kitchen). Deux buts qui auraient pu ne jamais être inscrits si l'épais brouillard, qui arrêta la rencontre en début de seconde période, ne s'était pas dissipé.

Cinq ans d'attente pour les célébrations


Mais l'essentiel ne se situe pas sur le pré. Plus qu'une simple rencontre sportive, cette « Khaki Cup Final » demeure surtout très politisée. Une sorte d'opposition entre les défenseurs d'un sport qui doit être préservé de l'appel du front et l'armée, qui cible les joueurs depuis le début de la saison, sans parvenir à les mobiliser légalement. Après la rencontre, le secrétaire d'État à la guerre, Edward George Villiers Stanley, présent au stade, appelle même tous les civils présents en tribunes à « disputer un match encore plus sévère pour l'Angleterre » . Comprendre : s'engager pour défendre la Couronne, purement et simplement. Malgré les sifflets d'Old Trafford, le futur ambassadeur du Royaume-Uni en France ajoute qu'avec cette Cup enfin finie, le temps pour jouer au football est terminé. Désormais, quiconque sans uniforme devrait ressentir le besoin d'incorporer la British Army afin d'honorer son devoir.

Le même jour, de l'autre côté de la Manche, les troupes anglaises subissent d'ailleurs un cuisant revers. Près d'Ypres, en Belgique, les forces allemandes utilisent pour la première fois un gaz toxique à grande échelle. Les Alliés accusent de terribles pertes (70 000 morts ou disparus), principalement chez le 5e corps de l'armée britannique. De ce fait, les célébrations du titre ont été mises en sourdine par les autorités qui craignaient un manque de décence. Le trophée est transporté à Sheffield dans l'anonymat le plus total, en train. Plus tard, dans l'obscurité, les joueurs montent dans des taxis ayant pour ordre de les conduire directement à leur maison. Les fans, quant à eux, sont priés de ne pas acclamer leurs héros, au risque de passer un mauvais quart d'heure avec les policiers à képi. En définitive, Sheffield United attendra la fin de la Première Guerre mondiale et la reprise à l'état normal de la Football League pour célébrer son titre avec ses supporters, en 1920. Mieux vaut tard que jamais, hein.

Par Eddy Serres
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CelticLisbonLion67 Niveau : DHR
A noter aussi la mort de masse des Sheffield Pals aux côtés de ceux d'Accrington à Serre dans la Somme l'année suivante! (les volontaires dans l'armée britannique étaient réunis par unités géographiques, donc tous les volotnaires de telle ville dans tel régiment etc, donc dans les batailles qui ont mal tourné, c'est des villes entières qui étaient décimées)
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