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Il faut sauver le Real Oviedo

L’Espagne va mal, et son football avec. Un constat illustré à la perfection par le Real Oviedo. À moins de régler une dette de deux millions d’euros avant ce samedi, le club des Asturies est assuré de disparaître. Ses supporters ne l’entendent pas de cette oreille.

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Madrid, Barcelone, Valence… Ce mercredi, quelques millions d’Espagnols sont allés battre le pavé. Une grève générale, des manifestations monstres, et une économie au ralenti, symboles d’une crise qui n’en finit plus de dépouiller la population. Aujourd’hui, pas moins de 25 % de la population active est au chômage. Ce taux grimpe même à 52 % chez les jeunes de 16 à 25 ans. Et ce ne sont pas les différentes politiques d’austérité du gouvernement Rajoy qui risquent de changer la donne. Dans ce marasme économique et social, le football restait la seule et unique échappatoire. La Roja truste tous les titres continentaux et mondiaux depuis quatre ans pendant que les deux ogres blaugrana et merengue se sont auto-déclarés « plus grand club du monde  » . Sauf que ces trois arbres cachent une forêt bien plus noire. Car le football espagnol, à l’instar de tous les pans de la société, va mal. Des milliers de joueurs ne sont plus payés à temps, les rétrogradations administratives se succèdent, et le fossé entre ce duo de mastodontes et les clubs lambda ne cesse de s’accroître. Illustration avec le Real Oviedo qui, au bord du gouffre, doit trouver quelque deux millions d’euros avant ce samedi. Tristesse.

La fin d’une belle, longue et tortueuse histoire ?

Le Real Oviedo n’est pas un nom comme les autres parmi la litanie de clubs espagnols. À l’instar des Real Madrid et FC Barcelone, le Real Oviedo est une institution à part entière. Dans une ville riche en histoire, « la très noble, très loyale, méritante, invaincue, héroïque et bonne ville d’Oviedo  » – selon la devise ovatense – a fait la part belle à sa quasi-centenaire équipe de futbol. Créée en 1926, elle fonde sa renommée grâce à un premier entraîneur à la notoriété dépassant la frontière pyrénéenne. Sir Fred Pentland, ancien international anglais, feu sélectionneur teuton et français, a, le temps d’une saison, apposé sa griffe sur le fanion des Asturies. Avec des joueurs comme Isidro Langara – 257 buts en 197 rencontres avec Oviedo, un exil en Argentine après avoir combattu avec l’armée républicaine… – le Real s’inscrit dans l’histoire du ballon rond ibérique. Pas tant au niveau des titres (trois petites troisièmes places), hein, mais bien au niveau de l’héritage historique. Un riche patrimoine dont se sont bien foutus ses derniers dirigeants.

Depuis 2003, la liquette des Azules s’est engluée dans les bas-fonds du football espagnol. La faute à une gestion déplorable des finances du club. Dépenser sans compter va un temps, falsifier les comptes passe encore… Mais les deux à la fois, c'est trop. Tant et si bien que les joueurs, en ce printemps 2003, en attente de leurs salaires, en sont venus à saisir les autorités : bilan de l’opération, une rétrogradation de Liga en Tercera Division, soit le quatrième palier national. Pis, les pouvoirs publics y sont allés de leur peau de banane. En guéguerre avec le président de l’époque, la mairie décide de prendre le contrôle du Real. Le Club Astur (du quartier du même nom) est subventionné en grande pompe pour détrôner les Carbayones. Sans réussite. Depuis, le Real Oviedo végète dans l’anonymat, en seconde zone. Aujourd’hui remonté en Segunda Division B, il ne s’est jamais vraiment remis de ses coups de bambou. Et risque même de disparaître. La faute à une dette de 20 millions d’euros et l’obligation de s’acquitter d’une ardoise de deux millions avant ce samedi 17 novembre.

Cazorla, Mata, Real Madrid, grand-père, chômeurs… même combat


Et cela aurait pu être pire sans le dévouement de ses supporters, aficionados jusqu’au bout des ongles. Bien avant cette date fatidique du 17, ils ont fait valoir leur fidélité à maintes reprises. Bénévolat, actions sporadiques, paiement de factures d’électricité… Toute la panoplie du parfait amoureux dévoué y est passée. Aujourd’hui, avec cette deadline en tête, ils continuent à se mobiliser à la suite de l’annonce de la direction. Une direction qui, en manque de liquidité, a fait une nouvelle fois appel aux âmes généreuses et charitables. En décidant d’augmenter son capital, elle a mis à disposition des actions à hauteur de 10,75 euros. Une décision de dernier recours qui se frotte à la dure réalité espagnole. Comment une population qui n’a quasiment plus un kopeck en poche, peut-elle sauver financièrement un club au bord du gouffre ? L’énergie du désespoir, sans doute, l’amour, toujours. Par le biais des réseaux sociaux, et le lancement du mouvement #SOSRealOviedo par le journaliste anglais du Guardian Sid Lowe, la tentative a semble-t-il trouvé écho. Auprès de toutes et tous.

Comme le rapporte Mario Diaz, journaliste au Pais, « les grands-parents achètent des actions pour leurs petits-enfants comme un clin d’œil pour l’avenir ; les jeunes émigrés, avant de repartir à Londres pour un long bail, acquièrent une cinquantaine d’actions.  » Bref, la solidarité bat son plein. Pour l’heure, l’appel à l’aide a reçu déjà plus de 800 000 euros des petits acheteurs. Majoritairement des Asturies, mais pas que : ainsi des actions ont été achetées en Malaisie, à Tawian, aux États-Unis… Mais de gros bonnets se jettent également dans le plan de sauvetage. Mata, Adrian, Michu et Cazorla, anciens pensionnaires de la Cantera, ont déjà versé de l’argent de leur poche. Le gardien ajaccien Ochoa, anonyme du côté d’Oviedo, également. Le chanteur Melendi, star en Espagne, lance poétiquement : « Ceux qui t’aiment ne t’abandonneront pas. Nous ne te laisserons pas disparaître comme si tu étais seulement un rêve.  » Même le grand Real Madrid a lâché la bagatelle de 100 000 euros sans aucune contrepartie. Real Madrid toujours : plus de 20 500 supporters étaient présents ce dimanche au Nuevo Carlos Tartiere pour assister à la rencontre face à la troisième équipe merengue (plus que pour Majorque-Barça). La classe, elle, ne s’achètera donc jamais.

Par Robin Delorme, à Madrid
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