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Houssine, présumé coupable

Suspendu par la FFF pour des coups portés à l'arbitre, Houssine Labiad n'a plus le droit de jouer au foot pendant trois saisons. Sauf qu'hormis la parole de l'homme en noir, aucun élément n'incrimine le jeune de 15 ans. Enquête au Castelnau Le Crès FC, un club qui s'indigne.

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Sur le terrain synthétique Jean Fournier, les gosses, ballon sous les crampons, se font plaisir. Soleil éclatant, température très douce pour un après-midi de février, toutes les conditions sont réunies pour prendre son pied en jouant au foot. C’est d’ailleurs au sein de ce complexe sportif, qui appartient au Castelnau Le Crès FC, qu’Houssine Labiad vient oublier ses soucis tous les jours en tapant la balle. Crète à la Neymar ancienne génération sur le crâne, le môme de 15 ans est, selon quelques paroles se déplaçant au gré du vent, courtisé par quelques gros clubs (Montpellier évidemment, puisque Castelnau borde la ville de Loulou Nicollin, mais aussi Bastia, Nice, Monaco et surtout Toulouse). Ou plutôt était courtisé. Si le verbe se conjugue désormais au passé, ce n’est pourtant pas parce que le gosse a perdu sa technique, sa vitesse ou son adresse devant le but (30 buts, 27 passes décisives pour la seule année 2014-2015). Non, plus grave que ça : Houssine aurait frappé un arbitre en fin de saison dernière, lors de la finale U15 perdue. Elle opposait sa team à Nîmes, le 14 mai exactement, dans une ambiance houleuse. Si le jeune attaquant a actuellement toujours droit à sa licence, il a en revanche été suspendu… trois ans par la Fédération française de football.

« Jamais il ne touchera quelqu'un »


Quasiment neuf mois après les (éventuels) faits, l’incompréhension règne toujours dans le vestiaire des coéquipiers d’Houssine. Avant de remplacer les plus petits sur le terrain d’entraînement, les désormais U16 enfilent protège-tibias et chaussettes – d’abord la jambe gauche, toujours. Quand on évoque le sujet, ils sont unanimes : leur pote n’a rien à voir avec cette histoire. « Je le connais depuis la sixième, et il n’a jamais eu de problème avec les adultes et l’autorité » , commence Jordan, touffe blonde et rasée sur les côtés. «  Moi, je suis arrivé cette année, c’est le plus calme d’entre nous, et de loin » , embraye un partenaire à sa droite. « C’est un putain d’attaquant, très rapide, reprend le blondinet.
Jamais il ne touchera quelqu’un, jamais il n'aurait pu frapper l’arbitre. C’est Houssine, quoi !
Du coup, il se prend plein de coups, mais il ne répond jamais. » Alors que tout le monde s’indigne en repensant à la situation, un grand mastoc gueule plus fort que les autres : «  Mais franchement c’est clair, c’est le genre de joueurs qui se fait faucher aux genoux et qui la boucle. Jamais il netouchera quelqu’un, jamais il n'aurait pu frapper l’arbitre. C’est Houssine, quoi ! »


Du côté des éducateurs, les yeux rivés sur leurs protégés au bord du terrain, le son de cloche est le même.
On a quelques caractériels dans le groupe, mais lui fait vraiment partie des gentils. Il n’est jamais impliqué dans les conflits.Mathieu Franco, coach des jeunes
«  Houssine, il est exemplaire, pose calmement Mathieu Franco, coach principal des jeunes, qui laisse poindre un soupçon d’admiration pour son jeune. Il est loin d’être dans le registre du footballeur sanguin. On a quelques caractériels dans le groupe, mais lui fait vraiment partie des gentils. Il n’est jamais impliqué dans les conflits. » L’entraîneur continue en racontant un exemple concret : « Vous savez, à cet âge-là, les gars peuvent être méchants, et il est arrivé que certains le chambrent en lui rappelant vicieusement qu’il ne jouerait pas le week-end. Bah Houssine, sa seule réponse, ce sont des larmes. C’est vraiment un crève-cœur pour nous.  » Juste avant que le principal intéressé ne vienne saluer son technicien, ce dernier termine : « Je n’ai pas épluché tous les rapports, mais ça m’étonnerait que j’y trouve une seule expulsion le concernant. »


Lui assure n’avoir reçu que trois biscottes dans sa courte carrière pour « des petites poussettes » . Entre deux jongles et quelques petits ponts, Houssine prend un peu de temps sur l’entraînement pour revenir sur sa personnalité et sa passion du foot. Maillot du Barça sur le dos, large smile sur la tronche, le fan de Neymar affiche une timidité assumée. «  Ce que je kiffe, c’est rester au stade, travailler pour progresser ou me mater des vidéos du Barça. Je n’aime pas trop sortir en ville comme font les jeunes. J’ai des connaissances qui ne viennent plus trop aux entraînements, ils vont fumer… Moi, ça ne m’intéresse pas. »

Des points à éclaircir


Mais alors, que s’est-il passé au juste lors de cette finale, moment du crime, lors de laquelle il était titulaire ? Difficile à dire. Concrètement, selon le rapport cité par Midi Libre, un des arbitres assistants nommé Corentin Billy prétend avoir « reçu, en entrant aux vestiaires (dans les couloirs à la fin du match), plusieurs coups de pied au tibia, à la cuisse et au bassin par un joueur de Castelnau Le Crès. J’ai pu identifier ce joueur, le numéro 9, Houssine Labiad, avant d’être séparés par son coach. »
Je n’ai pas l’habitude de défendre systématiquement les membres de l’équipe. Si un joueur ou un dirigeant fait une connerie, je suis le premier à prendre une sanction supplémentaire en interne.Serge Guiseppin, président de Castelnau
Voilà pour la version de la victime, qui coûte d’abord un an de suspension au jeune joueur. Une sanction qui passe carrément à trois années après appel. Sauf que, d’après le club, plusieurs éléments de cette version ne collent pas à la réalité. « Je n’ai pas l’habitude de défendre systématiquement les membres de l’équipe. Si un joueur ou un dirigeant fait une connerie, je suis le premier à prendre une sanction supplémentaire en interne, assure d’emblée Serge Guiseppin, l’énergique président de Castelnau qui reçoit à son domicile en compagnie de toute sa paperasse sur l’affaire. Mais là, il y a clairement énigmes et mensonges dans ce dossier.  »


Au-delà de l’ambiance tendue à cause de supporters agressifs (oralement) et qui aurait pu déstabiliser le jeune arbitre (dont l’âge dépasse à peine la vingtaine), plusieurs choses sont à éclaircir, explique-t-il. D’abord, personne, excepté Corentin Billy, n’a confirmé la présence d’Houssine dans les couloirs de l’embrouille. « Moi, après la défaite, j’ai serré la main à tout le monde et j’ai filé dans les vestiaires en pleurant, se défend Houssine. Je me suis assis dans mon coin et j’ai continué à pleurer. On a entendu des cris, mais j’ai même pas calculé tellement j’étais déçu d’avoir perdu. » Une affirmation étayée par ses coéquipiers. De plus, l’histoire du numéro reconnu par l’arbitre ne tiendrait pas, car « tout le monde avait déjà enlevé son maillot à ce moment-là » , note-t-on au club. Surtout, « des gens de confiance ont vu l’arbitre donner des coups à nos joueurs, et pas l’inverse » , dénonce le président. Une plainte a d’ailleurs été déposée à ce propos.

La parole de l'arbitre, une preuve ?


Forcément, tous ces arguments viennent de la même partie. Mais le rapport de la Commission régionale de discipline et de l’éthique donne du crédit à ces témoignages. Il y est en effet mentionné noir sur blanc que « le flou et les déclarations de certaines déclarations peuvent engendrer un doute » . Dans ce contexte, comment expliquer la suspension, sévère au regard de la complexité du dossier ? « C’est bien simple, appuie Serge Guiseppuin qui s’attendait à la question. On est dans le cas d’une parole contre la nôtre. Or, la parole d’un arbitre est considérée comme la parole divine dans le règlement de la FFF si vous ne pouvez pas prouver ses mensonges. Et comme personne n’a rien vu sauf l’arbitre… » Encore une fois, le président a bien planché sur ses papiers, puisque toujours selon le rapport, « les déclarations d’un arbitre (…) au moment des faits doivent être retenues jusqu’à preuve du contraire » . Dans le cas d’Houssine, si ce dernier est bel et bien resté au vestiaire pendant qu’il y avait du grabuge à l’extérieur, il est effectivement et malheureusement impossible de le démontrer par A + B.


En fait, il apparaît qu’une bagarre aurait bien eu lieu avec l’arbitre. Sauf que ce dernier se serait tout simplement trompé d’individu. C’est en tout cas ce que soufflent plusieurs joueurs présents lors de la finale et qui paraissent sûrs d’eux. Évidemment, le potentiel (vrai) coupable s’est muré dans le silence en voyant la punition d’Houssine. Ce qui est certain à 100%, c’est le sale état psychologique actuel du garçon. « J’ai l’impression de ne pas avoir été écouté par ceux qui prennent les décisions, regrette Houssine. Moi, je n’ai que le foot dans la vie, je n’aime rien faire d’autre. Je voulais en faire mon métier… »
J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, mais j’espère que ça ne va pas rester en l’état. Parce que le jeune, il est sous anti-dépresseurs, ses notes baissent et il est possible qu’il pète une durite.Serge Guiseppuin
De son côté, le président voit les choses encore plus noires. Un peu trop noires, même : « J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, mais j’espère que ça ne va pas rester en l’état. Parce que le jeune, il est sous anti-dépresseurs, ses notes baissent et il est possible qu’il pète une durite. Jusqu’au suicide. » « Ma mère dit que j’ai beaucoup changé, que j’ai maigri… tempère Houssine. En fait, je n’arrive plus à me concentrer, je réfléchis toujours à cette histoire. Je n’ai jamais l’esprit libre, quoi. » Impatient de retourner sur le terrain enchaîner les passements de jambe et entretenir sa banane, le fan du Barça achève la discussion. « S’ils ne me croient pas, je me dis pourquoi pas attendre finalement… Dans trois ans… » Mais le football peut-il sauver un gosse qu’il a lui-même foutu dans de sales draps sans avoir toutes les cartes en main pour juger ?



Par Florian Cadu et Yannick Brillaux, à Castelnau-le-Lez
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