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Horlaville, cet amateur sélectionné chez les Bleus

Âgé de 70 ans, Daniel Horlaville ne compte qu’un seul petit match officiel avec l’équipe de France. Sauf qu’à ce jour, il est le seul joueur amateur à avoir joué avec les Bleus sans avoir été pro auparavant.

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« J’étais à la raffinerie. Un de mes collègues vient me voir en plein boulot et me dit : "Daniel, on vient de recevoir un télégramme pour toi, t’es pris en équipe de France !" Je lui réponds : "Arrête tes conneries, tu me la fais à chaque fois." Là, il me montre le papier. "Putain, c’est pas possible, ils se sont gourés." J’étais sur le cul, j’ai cru que c’était une blague. » La mémoire a beau être un poil défectueuse après 70 années d’activité, l’instant est bien ancré dans la boîte crânienne. Alors ouvrier dans une entreprise de Quevilly, Daniel Horlaville apprend sa convocation sur son lieu de travail, qu’il fréquente quarante heures par semaine. Quelques jours plus tard, le 30 avril 1969, il fête sa (seule) sélection officielle au Parc des Princes contre la Roumanie, à 24 ans. Une première pour un joueur non professionnel – en 1947, Antoine Cuissard avait également été sélectionné en tant qu’amateur, mais après avoir connu l’EDF comme pro. Le seul à jamais ? Peut-être. « Aujourd’hui, ce n’est même pas imaginable qu’un amateur porte le maillot de la France. Il faudrait un miracle au sens propre du terme. »

« Michel Hidalgo est même venu me voir pendant que je travaillais, alors que c’était interdit d'entrer dans l’usine... »


Sa sélection, Daniel la doit à ses énormes performances sous la tunique de l’US Quevilly. Avec les Canaris, le meneur de jeu remporte le championnat de France amateur (équivalent du National, mais qui ne donne pas droit à la montée en deuxième division) et s’invite même en demi-finales de Coupe de France, où il est éliminé par les Girondins. Pourtant, ses partenaires et lui touchent rarement le ballon en dehors des week-ends : « Le président du club était aussi le patron de la raffinerie. Et nous, les joueurs, on était tous des employés de sa boîte, les établissements Lozaï. Les entraînements, c’était le jeudi soir de 19h à 21h et le mardi matin de 6h45 à 8h45. À 9 heures, on devait être sur notre lieu de travail. Et fallait pas être en retard ! » Pour Daniel, qui gagne sa croûte depuis ses treize ans, la routine est d’abord brisée par des convocations en équipe de France amateur. Il participe notamment aux Jeux olympiques de Mexico (le CIO n'acceptait pas encore les pros), durant lesquels il est sorti en quarts de finale par le Japon. Entre les deux, le natif de Normandie est appelé en A et joue quelques matchs non officiels contre le Real Madrid, l’Algérie ou l’Italie. Avant de connaître sa fameuse sélection.


Mais hormis Jean Djorkaeff - « un super mec, humble, très bosseur, le genre de mec jamais en retard et dernier parti de l’entraînement » -, Horlaville ne se rappelle pas de grand monde. Trop habitué à l’étage inférieur, le Quevillais a du mal à se faire à ses nouveaux camarades. À moins que ce ne soit l’inverse : « J’ai tout de suite senti que je n’étais pas le bienvenu. Quand je suis arrivé dans le groupe, la plupart me regardait de travers. Franchement, après les matchs, j’étais bien content de rentrer à la maison. À l’époque, on parlait beaucoup de moi dans la presse, et le public m’aimait bien. Ça faisait des jaloux.  » Car l’histoire du petit amateur chez les grands Bleus fait du bruit et arrive aux oreilles de certains gros clubs. Des émissaires sont même envoyés directement à l’usine pour faire les yeux doux au joueur entre 1969 et 1971. « Quand je rentrais chez moi, je voyais toujours un lascar qui me surveillait et qui n’osait pas m’aborder, rembobine Daniel. Un jour, Michel Hidalgo, l’entraîneur de l’équipe B de Monaco, est même venu me voir pendant que je travaillais alors que c’était interdit d'entrer dans l’usine. Moi, j’étais avec ma casquette, tout crado. » Le futur sélectionneur français lui propose de rejoindre la Principauté pour jouer en équipe première. « J’ai dit niet. Mon président, qui me considérait comme son fils, a refusé. Il voulait même me payer le salaire que Monaco m’offrait à la condition que je reste toute ma carrière. Une fois, il m’a aussi empêché d’aller en stage avec l’EDF, car je devais travailler. » Libéré par le décès du « papa adoptif » en 1971, Horlaville file finalement au PSG et devient pro à l’âge de 26 ans. Diminué par de vilaines blessures, le garçon ne s’amuse pas dans l’élite. Après quelques saisons sans relief, il finit à Rouen à « fumer des Gauloises dans les toilettes avant d’entrer sur le terrain » , puis rentre à Oissel où il devient entraîneur-joueur dans son ancien club pendant vingt ans, avant d’occuper un poste à la mairie et de prendre sa retraite. Sans avoir jamais eu de nouvelle de la sélection française.

Par Florian Cadu
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