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Horeni : « Parler de Germano-Turcs, c’est énervant »

Une Nationalmannschaft de plus en plus « internationale » . C’est ce que souhaite voir Michael Horeni. Dans son livre Die Brüder Boateng, le journaliste de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) revient sur les différentes trajectoires qu’ont suivies George, Kevin-Prince et Jérôme. Il parle également d’intégration des jeunes d’origine immigrée dans le sport, et de manière globale, dans la société. À en faire pâlir Thilo Sarrazin…

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Dans votre livre, vous parlez de la fratrie Boateng ; Jérôme est international allemand, tandis que Kevin-Prince s’est décidé en faveur du Ghana. Comment expliquer que ce dernier, qui a pourtant grandi en Allemagne et qui s’est rendu pour la première fois en Afrique en 2010, n’a pas choisi l’Allemagne ?

Kevin-Prince Boateng a joué 45 matchs dans les différentes sélections de jeunes, il a également joué avec les U21 allemands. Il a failli être pris pour l’Euro espoirs en 2009, mais il avait été blessé. Il jouait dans la même équipe que les Manuel Neuer, Sami Khedira, Mesut Özil, Jérôme Boateng… Il a été exclu de cette équipe quelques matchs avant cet Euro, entre autres à cause de son comportement alors qu’il jouait avec Dortmund (fautes, exclusion…). Et puis, par la suite, il a opté pour le Ghana.

En fait, c’est plus à cause de son tempérament qu’il s’est fait exclure…

En effet, et non parce qu’il ne se sentait pas intégré. Il aurait pu jouer avec la Mannschaft, mais c’est son comportement qui ne collait pas avec l’esprit de groupe. Ça n’a rien à voir avec son identification à l’Allemagne.

Dans votre livre, vous dites également que vous aimeriez bien voir une équipe d’Allemagne encore plus « internationalisée » . Comment expliquer qu’avant, ce n’était pas forcément possible ?

Tout ça est en rapport avec la politique allemande telle qu’elle l’a été durant des années, à savoir ne pas regarder ce qu’il y avait dans le pays. Dans le sport, c’est à partir du début des années 2000 qu’on a commencé à effectuer un gros travail sur la formation. Et c’est là qu’on s’est rendu compte qu’on avait tout plein de talents. En 2000, donc, on s’est inspiré du système de formation à la française pour intégrer nos jeunes issus de l’immigration. On a mis du temps à le réaliser, mais ça a fini par porter ses fruits : dans l’équipe de 2009 (championne d’Europe espoirs, ndlr), il y a pas mal de joueurs d’origine étrangère (la moitié de l’effectif, ndlr) et qui ont réussi par la suite à jouer pour l’équipe A. C’est un succès, en soi.

Mais à l’époque de la naturalisation d’un Gerald Asamoah ou d’un Paolo Rink, il y avait aussi un Yıldıray Baştürk sur lequel on aurait pu porter un peu plus d’attention…

Pour les Turcs d’origine, c’est assez particulier : ils ont toujours regardé en direction du pays de leurs parents. En fait, ce qu’il manquait, c’était de leur montrer qu’ils étaient désirés, qu’on les voulait vraiment.

On sait que les Turcs sont des gens très fiers de leur pays. Le problème, c’est qu’il y en a beaucoup qui regardent en direction du pays de leurs parents, sans pour autant y être allés. Comment l’expliquer ?

Ce n’est pas un problème qui touche le sport, mais la société en général. C’est quelque chose dont on n'a véritablement pris conscience qu’au début des années 2000.

Vous parlez d’internationalisation de la Mannschaft. Mais le but, c’est quand même de prendre les meilleurs joueurs pour la sélection, qu’ils soient d’origine étrangère ou bien Allemands, non ?

Il y a une évolution dans cette équipe d’Allemagne. Avant, ses joueurs s’appelaient tout le temps Thomas ou Philipp. Aujourd’hui, on a des Mesut, Sami, Jérôme… Ces joueurs-là amènent quelque chose de différent, un passé différent, un tempérament différent… C’est une bonne chose. À côté de cela, ça pose de nouvelles problématiques, comme celle de chanter l’hymne ou non. Vous connaissez bien ça, vous, en France. Du coup, quand un joueur ne respecte pas les « attentes » du public, il arrive que l’on fasse référence à ce qu’il y a de plus étranger en lui…

C’est le cas avec Mesut Özil, par exemple. Il n’est pas rare d’entendre que, quand il est bon, il est allemand ; par contre, quand il est mauvais, on lui rappelle sans cesse qu’il est Turc d’origine…

Exact. Et ceci est encore plus fort avec les personnes au teint très mat. Les insultes, le racisme, des choses qu’ils vivent depuis tout petits. C’est quelque chose qui a du mal à disparaître, malheureusement.

En fait, ce qui se passe actuellement en Allemagne, ça doit rendre fou Thilo Sarrazin (membre du SPD, auteur en 2010 de l’ouvrage L’Allemagne court à sa perte, dans lequel il critique l’immigration musulmane, ndlr)…

Oui, parce qu’en plus, il cite des cas isolés. Bien sûr que le modèle que nous développons actuellement ne va pas faire que des gagnants, seulement, sur le principe, c’est bien de s’être rendu compte qu’on avait ce potentiel…

C’est clair. En Allemagne, les gens n’ont pas encore tout à fait les réflexes. En France, par exemple, un type peut être assimilé à un étranger, mais en fin de compte, s’il est né en France, il est français, de fait. En Allemagne, ça risque de durer un peu plus longtemps avant qu’on en arrive à cela, non ?

Bien sûr. C’est surtout le cas avec ceux d’origine turque, que l’on décrit généralement dans les médias comme étant des « Germano-Turcs » , ce qui est passablement énervant.

Bon, un peu de foot, pour finir : comment vous voyez l’Allemagne ?
L’Allemagne va être championne d’Europe! (rires)

On les connaît, les Allemands : peu importe les résultats en amical, c’est une véritable équipe de tournoi…

Oui, et en plus, ils ont grandi. Je ne pense pas qu’ils joueront de manière aussi jolie que lors de la Coupe du monde 2010 ; je pense qu’ils vont jouer de manière un peu plus effective, cette fois-ci. Cette équipe se développe encore et encore ; ils ont mûri, ils ont dépassé ce stade de l’étonnement, ils savent de quoi ils sont capables.

Lire : Michael Horeni, Die Brüder Boateng, 2012, Klett-Cotta, 18,95 euros.



Propos recueillis par Ali Farhat
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Je ne comprends pas ce que George Boateng a à faire là dedans.
Rakamlerouge Niveau : National
Kevin-Prince Boateng, l'archétype du Berlin Ouest de la rue. C'est à la fois sympathique et un peu dommage qu'il ai choisi de jouer pour le Ghana, alors qu'il a été formé en Allemagne de l'enfance jusqu'aux pros et que comme je disais, plus berlinois tu meurs. Bon le milieu de terrain allemand est déjà bien garni, il aurait pu y figurer aussi, dommage (d'autant qu'il a déjà mis un terme à sa carrière internationale avec le Ghana...).
Et en effet, Georges Boateng n'a rien à voir là-dedans (à ma connaissance c'est un joueur néerlandais). A moins que KP et Jérôme aient un frère qui ne joue pas au foot ? Des précisions ?
@Rakamlerouge Jérôme et KPB ont un frère qui s'appelle George. C'est leur aîné; apparemment, il était talentueux, mais n'a jamais percé. Rien à voir avec le gars qui joue aujourd'hui à Nottingham Forest.
nononoway Niveau : CFA
"y être allé", non ?
Succès, succès... l'Allemagne post-2004 est certes devenue très agréable à voir jouer, mais elle ne gagne plus rien. Alors que les Thomas et Philipp dominaient assez nettement le continent.
@Ali,
pourquoi vouloir parler à tout prix du phénomène déjà sur-médiatisé et souvent baclé par les médias de "l'étranger dans l'équipe d'Allemagne" (disons le non-Allemand de souche) ??

Si je lis la description du contenu du bouquin : c'est l'histoire des 3 frères Boateng. Pas l'histoire de l'intégration dans l'équipe nationale allemande/société allemande des Germanos-Turcs* etc...

Bon, il vaut le coup le bouquin ?

*c'est de la provoc de reprendre ce terme. Mais je n'aime pas le discours qui consiste à dire en substance : il faut qu'il y ait plus de joueurs d'origine étrangère parce que justement ils sont d'origine étrangère (à moins que j'ai mal compris ou que je sur-interprete les mots de Horeni) dans notre équipe nationale mais il ne faut surtout pas parler de "Germanos-Turcs".
J'appele ça de l'hypocrisie ou de la naïveté.
Note : 2
Intéressant ce Michael Horeni , et article top !!
ce qu'il faut savoir c'est que l'Allemagne connait le droit de sol que depuis très peu , car le droit de sang etait en vigueur .
Alors que pour exemple en France le droit de sol existe depuis plus d'un siècle il me semble .
( privilège qu'une minorité de jeunes Maghrébins ont jamais comprits , bref )
Pour ce qui est des Germano-Turque Ozil est presque un cas isolé , car il faut savoir que la fédération Turque a depuis toujours un système de détection qui a fait que les jeunes de la diaspora ont toujours jouer pour le pays des parents .)
Rakam, c'est quoi l'idéal-type du Berlin Ouest? si tu as le temps de me faire une petite description, ce serait gentil. bisous.
@Bunk
j'ai voulu en parler une dernière fois avant le début de l'Euro, parce que j'estimais que c'était intéressant d'en parler avec un type qui lâche une phrase comme ça. L'internationalisation d'une équipe nationale, ça sonne bizarre, non? Et en plus, le but d'une sélection nationale, c'est de prendre les meilleurs joueurs, pas privilégier un "type" de joueurs...

Il se trouve que le bouquin parle aussi de ce processus en équipe d'Allemagne. Processus étrange, ce qui se passe en ce moment; mais toi qui vis en Allemagne (je crois), tu dois voir comment ça se passe. Mine de rien, ce rapprochement avec les populations étrangères est relativement récent. Ils manquent de "réflexes", les Allemands. Donnons-leur le temps de comprendre le concept d'intégration, et pardonnons-leur leurs propos qui peuvent nous sembler un peu bizarres, en tant que Français.

J'espère avoir répondu à ton interrogation.

Bis später!

Ali F.
Article intéressant. Le seul truc ,c'est que je suis pas si sûr que ce soit si différent en France, passés les droits du sang, du sol, etc. Les origines, elles sont toujours quelque part pour un descendant d'immigré de première génération, que ce soit pour lui-même ou pour son interlocuteur. Ca ne se dilue que par la suite.

C'est un peu comme le discours maladroit d'internationalisation de l'équipe allemande ; n'y a-t-il pas un parallèle à faire avec cette histoire des quotas en France, quotas qui ont dû exister d'une manière ou d'une autre bien avant que le scandale que nous connaissons tous n'éclate? Je pense notamment à l'amalgame black/physique...
@Ali F. (shevagoool^^ ?)
merci pour ta réponse. Je suis flatté car j'apprécie très souvent tes articles.

Je pense que l'on partage alors à peu près le même point de vue sur cette phrase de l'auteur.
Après, j'ai aussi l'impression qu'il force volontairement le trait dans un but littéraire (ou journalistique, au fond) mais croit-il vraiment à sa façon partisane de présenter le débat ?

Bien sûr que c'est une phrase bizarre et qu' "on" surfe perpetuellement sur une ligne floue qui flotte entre la thématique de l'intégration et une approche raciale des questions sociales et économiques, qui vu de notre France égalitariste, peut vite se confondre avec une sorte de racisme.

Je comprends ton objectif mais je regrette qu'en France et ailleurs on focalise trop sur "l'internationalisation de l'équipe d'Allemagne".
Parce que les médias en parlent souvent de manière réductrice (pas le cas de ton article - bien au contraire).
Parce que des lecteurs distraits ou peu futés en comprennent mal le sens, voire le déforme.
Parce que ça polarise sur cette question qui devrait rester marginale (car elle l'est) et mène à des réactions idiotes (cf. les déclarations de Cappello par ex).

Par contre, je ne trouve pas que "le rapprochement avec les populations étrangères" soit un phénomène récent en Allemagne. Ce qui l'est c'est "l'internationalisation de l'équipe nationale". Des étrangers, qu'ils soient Turcs, Italiens ou Nigerians il y en a depuis plusieurs décennies. Qu'ils "se rapprochent" davantage ? je ne sais pas...

Néanmoins merci pour l'article : le bouquin peut être intéressant. (Je me souviens d'un article passionnant du Zeit avant la CM10 sur KP Boateng.)

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