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Hop Suisse !

C'était le match à ne pas perdre depuis deux ans. C'était l'équipe qu'il fallait voir jouer. Les Espagnols étaient les plus beaux, les plus forts et les plus malins. Les petits Suisses n'ont même pas eu besoin de forcer pour créer la première grosse surprise du Mondial. Compte-rendu en direct d'Espagne.

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Vers 16h, au bureau, dans la rue, au bistrot, sur facebook ou en 3D, toute l'Espagne est tendue devant son écran. Ici, la Seleccion, c'est la famille. Tellement que la présentatrice de Telecinco en Afrique du Sud (Sara Carbonero) est aussi la novia de San Iker. Du coup, dès que la jolie journaliste dit un mot, le réalisateur espagnol s'empresse de nous abreuver de plans serrés du capitaine. Jusqu'ici tout va bien. Mais pour être champion du monde, il faut savoir surprendre. Alors, la première surprise du chef, c'est la titularisation d'Iniesta. Après avoir joué à cache-cache toute la semaine avec la presse espagnole, Del Bosque sort finalement le génie barcelonais du frigo. Andrés ne jouera pas tout le match, mais un Iniesta à 80%, ça vaut bien trois ou quatre Suisses. Pour le reste, le mister sort le 4-5-1 prévu (avec Torres en joker sur le banc) et le reste des cadors : Casillas; Sergio Ramos, Puyol, Piqué, Capdevila; Busquets, Xabi Alonso; Silva, Xavi, Iniesta; et Villa. Personne ne chante l'hymne espagnol. Normal, il n'a pas de paroles.

La première mi-temps est un monologue. Le ballon est collé dans les pieds espagnols. 77% de possession au bout de 15 minutes (mais où sont donc les 23% suisses restants ?) mais pas une seule frappe au but. La Roja est pépère et les Helvètes bien resserrés derrière. Silva frappe gentiment (16ème) et une minute plus tard Ramos part dans le dos de la défense côté droit, crochète et la joue perso. Xavi gueule au point de pénalty (17ème). Tandis que Busquets et Alonso sont trop prévisibles, Silva et Iniesta font plaisir à ceux qui aiment des milieux mobiles et qui permutent. Tantôt à gauche, tantôt à droite, tantôt dans l'axe, ces deux-là se trouveraient les yeux bandés et la jambe dans le plâtre. Autour, pas grand chose d'autre.

23ème minute : une ouverture d'Andrés façon Barça transperce le double rideau suisse pour Piqué (!?). Le Catalan est libéro et quand il crochète, ça se voit un peu. Un peu trop lent, il bute sur Benaglio bien sorti. Ensuite Xavi vendange un coup-franc et CapdeVilla manque son troisième centre d'affilée (33ème). L'Espagne commence à être un peu prévisible : soit Capdevilla/Iniesta/Villa à gauche soit Ramos/Silva/Villa à droite. Pour le reste, le ballon tourne et Villa vendange à son tour deux bonnes occases de calmer tout le monde. 42ème : le néo-Culé tricote un peu trop. 44ème : David fait le plus dur et cette fois-ci la joue un peu trop perso. Résultat un centre-louche qui n'est ni un centre, ni une louche.

De drôles d'odeurs

La deuxième partie c'est un peu pareil, en pire. Les Ibériques font mumuse et tricotent dans la surface adverse. Iniesta est (trop) partout. Personne ne frappe, ou alors de loin (Alonso 51ème). Les Suisses, eux, y croient vraiment. Dégagement de Benaglio, Puyol et Piqué se trouent, Casillas cisaille dans la surface et Fernandes crée la première surprise du Mondial (52ème). La Suisse mène 1-0 et les Espagnols n'ont toujours rien montré de concret. 60ème Navas remplace Silva pour gagner en profondeur, Torres rentre pour Busquets (vraiment trop juste) et Del Bosque passe en 4-4-2. Heureusement il y a Iniesta mais le génie ne peut pas tout faire et sa frappe frôle le poteau droit (62ème). Les sujet de Juan Carlos font toujours la même chose et ça commence à se voir.

Les favoris du Mondial sombrent tactiquement. 16 frappes jusque-là et seulement 5 cadrées mais aucune vraiment dangereuse, c'est le bilan des Rouges à la 68ème minute. Et puis la Furia Roja se met en marche. Navas excite le côté droit, Torres se tue à faire des appels dans l'axe et Alonso tappe (très fort) la barre (69ème). Plus le match avance, plus les ouailles de Del Bosque sont nerveux. L'axe central est lourd, lent et toujours en retard. Derdyok élimine la moitié de la défense en dribblant à deux à l'heure puis frappe sur le poteau (73ème). Et puis le film catastrophe se poursuit. Iniesta se refait mal. Pedro le remplace. C'est à ce moment-là que le match commence à sentir mauvais pour la Roja.


Du coup, on abandonne le côté gauche pour le droit et on attend que le miracle sorte des chaussures du nain volant Navas (78ème, frappe excentrée côté droit, à côté, encore). Piqué, loin d'être irréprochable sur ce match, monte au front pour essayer de transformer l'un des innombrables centres ratés soit par Navas, soit par Ramos. Les Espagnols sont coupés en deux et laissent des boulevards à Barnetta (81ème) côté droit. Les lutins s'acharnent à centrer sur les tours de contrôle helvètes. Et c'est toujours la même chose : tricot au milieu, centre de Navas, dégagement de la tête suisse. Torres se mélange les pieds (87ème) et Piqué joue avant-centre. Cinq généreuses minutes d'arrêt de jeu créent l'illusion mais le match est terminé depuis longtemps. Les Espagnols sont tout rouges et tout énervés. Il a fallu attendre le dernier match de la première semaine pour voir le Mondial enfin démarrer. Les Suisses tiennent leur miracle et un incendie vient de s'allumer dans le camp ibérique.

Thibaud Leplat, à Madrid

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