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Hong Kong : un pays, deux footballs

Alors qu'Hong Kong vient de fêter le vingtième anniversaire de sa rétrocession à la Chine, les ingérences croissantes de Pékin ces dernières années ont réveillé la fièvre identitaire d'une jeunesse révoltée. Et qui trouve dans le football et l'équipe nationale hongkongaise un nouveau terrain d'expression politique.

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Désormais, quand l'hymne de Hong Kong résonne dans un stade, c'est une autre mélodie, moins harmonieuse, qui lui fait souvent écho. Une vague de sifflets et de huées, qui ne viennent pas des supporters adverses, mais bien des fans hongkongais. Des spectateurs qui ne sont pas fâchés contre leur sélection, bien au contraire. Mais qui marquent leur désapprobation à l'encontre de La Marche des volontaires, l'hymne national de la République populaire de Chine, imposé à leur sélection depuis 1997 et symbole à leurs yeux de l'oppression du pouvoir central chinois.

Révolutions


Depuis la révolution des parapluies de 2014, où les Hongkongais s'étaient mobilisés en masse pour protester contre un projet de réforme institutionnelle à visée autoritaire de Pékin, un vent de révolte anime la population et plus spécifiquement la jeune génération. Un souffle qui a trouvé en l'équipe nationale hongkongaise un vecteur de résistance face à la pression croissante de la Chine. Les fans hongkongais savent que lorsqu'ils conspuent leur propre hymne national – comme face au Qatar en 2015 ou lors d'une rencontre amicale face au Cambodge en septembre dernier – leur action bénéficiera d'une certaine résonance médiatique. Pour la simple raison que, malgré le déclin du championnat local, la sélection nationale, elle, bat des records de popularité ces dernières années. « Il y a eu deux tournants majeurs qui expliquent cette popularité » , analyse Tobias Zuser, enseignant-chercheur à la Hong Kong University School of Business et créateur du site offside.hk, dédié au football hongkongais. « D'abord, en 2009, Hong Kong remporte à domicile les Jeux de l'Asie de l'Est, en battant le Japon en finale, un match référence pour le pays. Ensuite, il y a évidemment la rivalité avec la Chine qui s'est renforcée depuis 2014. Quelques mois après les manifestations, les gens ont vu en l'équipe nationale un moyen d'exprimer et d'affirmer leur identité hongkongaise et l'intérêt pour la sélection s'est largement agrandi. » Point culminant de la rivalité avec Pékin, la double confrontation opposant en 2015 Hong Kong à la Chine dans le cadre des qualifications pour le Mondial 2018. Deux sommets où l'équipe nationale hongkongaise tient la dragée haute aux Chinois, obtenant deux matchs nuls, dont l'un à domicile, dans un stade politisé comme jamais. Ce jour-là, de nombreux fans locaux brandissent des banderoles où l'on peut lire « Hong Kong n'est pas la Chine » , tout en se fendant de slogans orduriers contre les Chinois, prononcés en cantonais. « Ne pas perdre contre la Chine, ça a été une grande fierté pour les gens ici, même si la sélection ne s'est finalement pas qualifiée pour le Mondial » , poursuit Tobias Zuser.

« Ici, beaucoup de jeunes ne s'identifient même plus vraiment comme chinois »


Deux matchs vexants pour Pékin, qui n'a pas tardé à prendre des mesures jugées punitives côté Hong Kong. Fin 2015, la Fédération chinoise de football annonce que les joueurs hongkongais, qui sont nombreux à évoluer en Chine, auront désormais le statut de joueurs étrangers au sein du championnat chinois. Un sacré bâton dans les roues des footballeurs hongkongais, alors que seuls trois étrangers par équipe sont autorisés à jouer simultanément lors des matchs de Chinese Super League. Dans ce contexte tendu, sur comme en dehors du pré, difficile de croire que les fans hongkongais supporteront la Chine si elle se qualifie pour la Coupe du monde 2018 en Russie. « La majorité de la jeune génération va certainement espérer voir la Chine perdre et même se faire humilier, confirme Tobias Zuser. Ici, beaucoup de jeunes sont très critiques envers Pékin et ne s'identifient même plus vraiment comme chinois. Par exemple, beaucoup d'étudiants ne commémorent plus le mouvement du 4 juin (mouvement contestataire qui exigeait des réformes politiques et démocratiques, mais réprimé dans la violence le 4 juin 1989 à Pékin, ndlr), alors que les activistes à Hong Kong ont l'habitude d'entretenir la mémoire de l'événement. »

Crise identitaire


Cependant, le ressentiment à l'égard du pouvoir chinois que les Hongkongais expriment à travers leur sélection reste malgré tout nuancé. « D'abord, au-delà de la jeune génération, les gens sont moins virulents envers la Chine. Sans soutenir l'équipe chinoise, ils ne vont pas forcément souhaiter sa défaite. Ensuite, il faut bien comprendre que l'identité hongkongaise est complexe et difficile à appréhender » , pose Tobias Zuser. « L'identité, c'est quelque chose de fluide. S'identifier comme Hongkongais, comme Chinois, ou les deux, dépend du contexte et des circonstances, analyse Justin Kwan, chercheur à l'Asia Pacific Foundation. Et si vous considérez le contexte dans lequel se sont joués les derniers matchs de foot, l'identification est devenue bien moins difficile pour les Hongkongais, dans l'optique de choisir quelle équipe ils doivent supporter, en l'occurrence Hong Kong. » Ainsi, après les Jeux olympiques de Pékin en 2008, dans un contexte plus pacifié qu'aujourd'hui entre Hong Kong et la Chine, le chercheur en sciences politiques, Sonny Lo, relevait que « les athlètes issus de Chine continentale étaient considérés comme des héros par les habitants de Hong Kong. » « Dans ce cas-là, le soutien aux deux côtés n'est pas contradictoire, mais il démontre plutôt la complexité de la double identité hongkongaise » , précise Justin Kwan. Une double identité qui n'a pas fini de muter. En septembre 2016, le leader révolutionnaire Joshua Wong a fondé le parti Demosisto, qui réclame pour Hong Kong le droit à l'autodétermination en 2047, et collabore avec d'autres nouveaux partis plus radicaux, prônant l'indépendance. De quoi alimenter pour de nombreuses années encore la fibre protestataire qui anime les fans de l'équipe nationale hongkongaise.



Par Adrien Candau Propos de Tobias Zuser recueillis par AC
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