Hoarau et Gignac sont dans un bateau

Il y a un an, Guillaume Hoarau et André-Pierre Gignac affolaient le classement des buteurs de Ligue 1 et les neurones de Raymond Domenech. Une poignée de mois plus tard, ça roupille sec. Bilan d'un an de disette qui condamnera au moins l'un des deux attaquants à assister au Mondial un canapé sous les fesses et une télécommande dans la main.

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La semaine dernière, Toulouse a battu Grenoble (4-0), Paris a tapé Bordeaux (3-1). André-Pierre Gignac a marqué le dernier but du TFC, Hoarau a fait la même chose pour le PSG, tous les deux dans la même minute (85e). On disputait une 32e journée de Ligue 1 qui était tout sauf banale, les deux meilleurs buteurs du dernier championnat n'ayant avant cela jamais fait trembler les filets simultanément lors de ce cru 2009/2010.

Qu'ont-ils branlé le reste de la saison ? Pas grand-chose. En fait, il serait assez simple de tout foutre sur le dos de leur club. Le Téfécé, 4e l'an passé, a perdu de sa superbe cette saison, au point de crécher aujourd'hui à une 12e place pas folichonne mais conforme à son standing. De son côté, le Paris-SG n'est pas malheureux à la 10e place alors que le 6e rang qu'il avait atteint l'an passé faisait figure de scandale au regard de la saison qu'il avait traversée.

Deux dégringolades, donc, mais qui s'expliquent avant tout par la baisse de régime des deux leaders offensifs. L'an dernier, l'André-Pierre avait planté 24 des 45 bûchettes toulousaines, et quand on dépoussière sa Texas Instrument 82, on se rend compte que ça représentait quand même 53,3% des buts de son équipe. Cette année, APG n'est l'auteur que de 20,5% des buts du club haut-garonnais (7 sur 34). Même son de cloche pour le Réunionnais du PSG qui, pour sa première saison en L1, était parvenu à hisser le curseur à 17 pions, ce qui correspondait à 34,7% des 49 tremblements de filets de son crew. Cette saison, treize joueurs ont dû s'y mettre pour marquer les 46 buts du PSG. Hoarau et ses 5 maigres bâtons coïncident à 10,8% du total parisien.

Pas besoin d'avoir un Bac S pour comprendre le phénomène : Gignac et Hoarau sont moins bons qu'il y a un an. Moins impliqués que l'an passé ? Pas si sûr. A chaque fois que Gignac a frappé cette saison, Toulouse a gagné. Même constat pour Hoarau, ou presque, puisqu'au-delà d'un but qui a ramené un point de Lorient, tous les autres ont permis à Paris d'empocher les trois points. Preuve que si les deux types – propulsés légitimement au rang de hype 2009 – semblent dans le creux de la vague, leur facette de « buteur-utile » leur permet d'éviter trop de railleries. Pourtant, Gignac marque en moyenne toutes les 323 minutes en L1 cette saison, et Hoarau n'est qu'un tout petit peu plus inspiré dans cette statistique, avec un goal toutes les 255 minutes.

L'histoire de la femme de ménage

Reste que ce que l'on peut appeler une déchéance si l'on est un salopard comporte aussi une part d'explications : Guillaume Hoarau a ainsi passé plus de temps à soigner ses bobos (cuisse, genou, adducteurs) qu'à revêtir la tunique Daniel Hechter. Et quand l'an passé il pouvait se concentrer sur l'élan de sa saison de priapique avec Le Havre (28 buts en L2 en 2007/08), il a cette fois été confronté au pire ennemi du jeune footballeur du PSG et meilleur ami de l'ennui : les tentations parisiennes... De son côté, Gignac a fait de la peine à voir en début de saison à cause d'un dos bousillé, puis récemment en raison d'une blessure aux adducteurs et d'une sale histoire rendue publique il y a un mois, et qui racontait que le buteur toulousain était attaqué en justice par sa femme de ménage pour « licenciement sans cause réelle » et « travail dissimulé » .

Le quota de passages à la case infirmerie semblent atteints pour les deux bonhommes. Il leur reste un mois pour flamber et revêtir le costume bling-bling qui les habillait l'an passé. L'ancien goleador du HAC jouera sa saison sur la finale de Coupe de France face à Monaco le 1er mai, tandis que Gignac peut se fixer l'objectif de devancer Moussa Sissoko, avec qui il est à égalité au classement des buteurs du TFC. Marquer moins de buts que le milieu déf' de son équipe n'est jamais vraiment une bonne chose.

Frau = Hoarau + Gignac

Si Gignac était amené à faire les frais d'un invité de dernière minute chez les Bleus (Cissé, Saha, Gomis, etc.), il pourrait alors se mordre les doigts de ne pas avoir réussi à boucler son transfert à Lyon l'été dernier. Mais pour l'heure, son nom est toujours tout en haut dans le cahier à spirales de Domenech. A l'inverse, Hoarau a déjà fait une croix sur le Mondial et a eu la dignité d'avouer qu'il était hors du coup en trempant son verbe dans une louable honnêteté. Il y a un an, les canards nationaux et quelques anciens Bleus (Dugarry, Papin) en avaient pourtant fait leur chouchou pour occuper le front de l'attaque des Bleus en Afrique du Sud. Les temps ont changé. Elle est loin, l'époque où Hoarau et Gignac avaient été appelés pour la première fois par Raymond Domenech. C'était à l'occasion de la double confrontation face à la Lituanie, les 28 mars et 1er avril 2009.

Snobés par les équipes nationales jeunes, les deux gaillards ont couru plus vite que le sablier, épousant des trajectoires fulgurantes mais aussi étrangement similaires, à la grosse nuance près que Hoarau (26 ans) est bien moins en avance que Gignac (24 ans) dans sa carrière internationale. Ce soir, Toulouse se déplace à Montpellier, Paris à Saint-Etienne. L'occasion pour les deux tireurs d'élite de ranger pour de bon les pistolets à eau et de finir l'année en ressortant les AK-47. On a beau retourner le problème dans tous les sens, s'il ne devait rester qu'une vérité dans cette histoire, ce serait celle-là : après 32 journées de Ligue 1, André-Pierre Gignac et Guillaume Hoarau réunis ont marqué autant de buts que Pierre-Alain Frau. La vie est une belle garce.

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