1. // Le derby du week-end – Chili – Colo-Colo/Universidad de Chile

Hissez haut, Santiago !

Depuis quelques jours à Santiago, c'est l'effervescence. Au minimum deux fois l'an, c'est la même histoire : ça bruisse des choses du football dans les rues de la capitale chilienne, ça pronostique, ça chambre et ça se chamaille. Deux camps s'affrontent et se provoquent, attendant impatiemment que le coup d'envoi soit sifflé. Car oui, dimanche, c'est jour de derby : Colo-Colo affronte Universidad de Chile.

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Il en est ainsi de ces ennemis qui se haïssent depuis tellement longtemps qu'ils en ont oublié la raison. Et puis au fond, est-ce si important ? Le football a ceci de génial qu'il n'est nul besoin de se chercher des excuses valables pour haranguer les joueurs de son camp à en perdre la raison et abandonner lâchement toute objectivité pour dénigrer l'adversaire. C'est un peu con, oui, mais c'est aussi tellement marrant. Et puis, tant que ça ne dure que 90 minutes et les quelques jours qui précèdent et suivent ces 90 minutes… Alors peu importe que le club d'en face représente historiquement une couche sociale différente de la vôtre, que ce soit d'ex-laïcards et que vous soyez du côté des culs bénis, ou simplement que vos deux quartiers d'origine ne soient séparés que par un périph' ou un ruisseau. En clair, peu importe que l'antagonisme soit politique, religieux, social ou géographique, l'important est que la passion vous emporte le temps d'un derby contre votre meilleur ennemi, en espérant que vos favoris fassent bonne figure et que vous puissiez hurler votre joie aux oreilles du voisin.

L'âge d'or des nineties

Colo-Colo contre Universidad de Chile, donc. Deux clubs, une même ville : Santiago. Pourquoi ce sont ces deux-là précisément qui sont devenus les grands rivaux dans la capitale chilienne, où ont toujours pullulé les clubs de football ? Les recherches effectuées à ce sujet ne sont pas hyper claires. Historiquement, Colo-Colo, nommé en hommage à un ancien chef indien qui a combattu les Conquistadors, est le club du petit peuple quand la « U » aurait plus tendance à être celui de la classe moyenne. Le premier derby entre les deux équipes a lieu en 1938, mais c'est deux ans plus tard que la rivalité nait, au détour d'une baffe assénée par le « Cacique » (surnom des joueurs de Colo-Colo) Alfonso Dominguez au « Chuncho » José Balbuena, en réaction à un tacle un peu trop appuyé. Voici pour la légende. Ce qui est sûr, c'est que la haine va grandir surtout à partir des années 60, à une époque où le football chilien est quasi entièrement dominé par ces deux larrons (avec parfois un troisième, la Universidad Católica, issu d'une scission de la U dans les années 30). Pendant cette décennie sixties, c'est la U qui domine le plus souvent son grand ennemi (5 titres sur la période, contre 2 pour Colo-Colo), avant de sombrer dans une longue ère d'insuccès qui durera plus de 20 ans, entrecoupée seulement d'une victoire en Coupe en 1979 (contre vous imaginez qui en finale…).

De leur côté, los Albos de Colo-Colo (un autre surnom du club – oui, on aime bien les surnoms au Chili) poursuivent leur bonne moisson de titres nationaux : trois dans les seventies, quatre dans les eighties. Mais c'est au début des années 90 que le succès va être total. L'équipe de 1991 remporte non seulement un nouveau titre de champion, mais est également sacrée vainqueur de la Copa Libertadores, la C1 locale, dominant les Paraguayens du Club Olimpia 3-0 en finale (disputée en deux rencontres). Colo-Colo est le Marseille chilien, seul club de l'histoire de son pays à avoir glané le plus prestigieux sacre continental. Pour toujours, cette formation emmenée à l'époque par l'entraîneur yougoslave Mirko Jozić devient « El Eterno Campeon » (encore un surnom). Un petit côté « À jamais les premiers » des supporters de l'OM… Mais pour en revenir au Superclásico de Santiago, il reste à cette époque toujours l'événement majeur de la saison au Chili, d'autant que Universidad de Chile, sous l'impulsion d'un grand espoir nommé Marcelo Salas, revient enfin sur le devant de la scène nationale au cours de ces années 90.

Garra Blanca contre Los de Abajo

La rivalité retrouve alors de sa superbe, portée par l'émergence des deux principaux groupes de supporters : La Garra Blanca, créée en 1986 du côté des Noir et Blanc de Colo-Colo, et Los de Abajo, groupe fondé deux ans plus tard pour soutenir la U. Sous l'impulsion de ces deux clans, le derby va encore gagner en intensité dans les tribunes, avec un spectacle et des décibels produits qui n'ont rien à envier aux plus grandes affiches du championnat du voisin argentin. Les années 2006 à 2009 constituent la dernière bonne période de Colo-Colo, avec quatre titres nationaux consécutifs et l'émergence d'une génération exceptionnelle, celle de Vidal, Mati Fernandez, Alexis Sánchez, Valdivia, Suazo and co. Depuis, c'est un peu la crise pour le club du peuple, qui reste encore aujourd'hui le plus populaire du pays, mais qui n'a plus rien gagné depuis près de cinq ans. Mouvement de balancier oblige, c'est donc la U qui en a profité dernièrement pour soigner son palmarès et ravir ses supporters, avec notamment une saison 2011 exceptionnelle marquée par le titre de champion national (tournois d'ouverture et de clôture) et la victoire en Coupe Sudamericana, la petite coupe d'Amérique du Sud. L'entraîneur d'alors, Jorge Sampaoli, a depuis été embauché par la Fédé pour prendre en main la sélection nationale.

On en est donc là de ce derby de Santiago, qui va opposer ce dimanche Colo-Colo, actuel 12e du championnat (sur 18 participants et après 13 journées disputées) à la Universidad de Chile, 3e. C'est la Universidad Catolica qui occupe la tête provisoire. Avec la tenue des élections présidentielles la semaine prochaine, l'évènement semble tout de même un peu moins suivi que par le passé. Peut-être aussi est-ce dû aux piteux résultats de Colo-Colo, qui n'en finit plus de décevoir ses supporters. Mais si les joueurs caciques parviennent à tordre les rivaux de la U, nul doute que toutes les déceptions récentes seront de suite oubliées et que l'on se mettra à chambrer allègrement le camp d'en face et à fêter ses héros à en perdre la raison. C'est incontrôlable, c'est jouissif, c'est comme ça qu'on l'aime le derby de Santiago.

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Par Régis Delanoë et Arthur Jeanne
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Note : 1
En vérité c'est partout en Amérique du Sud que tu trouveras des surnom , du club de foot a un prénom personnel utilisé quelque fois encore plus que le prénom de naissance donné par ses parents !
En espérant qu'un ami Chilien ne me lit pas , perso je préfère la hinchada de Colo Colo que je trouve plus bruyante et carnavalesque que ceux de la U !

Félicitations a vous deux Régis et Arthur pour cet article agréable a lire :)
Ah que de souvenirs!

J'ai eu la chance de voir la U de 2011 avec Sampaoli et sa logique du "peu importe le resultat, il faut marquer" et surtout cette demi-finale de Sudamericana contre le Vasco de Juninho ou tout le monde tremblait a chaque coup-franc/corner. D'ailleurs je suis tellement decu que vargas n'est pas reussi a percer a Naples, il etait vraiment au-dessus a l'epoque et l'Europe lui tendait les bras!

Partout dans le pays, hors de Santiago j'entends, tu vois des gens avec les maillots des 2 equipes se taper dessus quand le derby arrive, c'est juste dingue cette ferveur et assez incomprehensible quand on est etranger.

bref merci pour cet article qui m'a fait remonter pleins de souvenirs!
Ca fait plaisir de voir un article sur le foot chilien ! Un article sympa sur ce championnat méconnu (pas surprenant vu que le niveau est tres faible et la violence gangrene pas mal le championnat local).

Un bel article mais quelques precisions:

la Universidad Católica, n'est pas issu d’une scission de la U dans les années 30, ils se trouve juste que dans les annees 30 les sections foot des universitees avaient ete regroupe dans une sorte de selection universitaire.

Parler de derby de Santiago sonne etrange vu que la moitie des clubs sont de Santiago. Entre la U et le Colo on parle de superclásico. Dáutant plus que ces 2 clubs regroupent bien au dela de Santiago. Ils doivent a eux seuls concentrer 90% des fans du pays avec une large avance pour Colo Colo qui depasse facilement les 50% de fans du pays.

J espere seulement que ce match se deroulera sans probleme vu que la semaine derniere le clásico universitario n a put se finir, un joueur de la Cato recevant un rouleau de pq tire des tribunes sur la tete. Et le plus hallucinant cést que joueurs et dirigeants de la U on defendu láttitude de leurs supporters et s'en sont pris aux joueurs de la Cato. Ca en dit long sur les relations entre les clubs et leurs groupes de supporters au Chili. Los de abajo et la Garra Blanca sont surtout des groupes mafieux violents qui tiennent les dirigeants de leur club par les c...lles.
Geraldo Caribenho Niveau : CFA
Viva el BUHO!
Message posté par El Xeneize
En vérité c'est partout en Amérique du Sud que tu trouveras des surnom , du club de foot a un prénom personnel utilisé quelque fois encore plus que le prénom de naissance donné par ses parents !
En espérant qu'un ami Chilien ne me lit pas , perso je préfère la hinchada de Colo Colo que je trouve plus bruyante et carnavalesque que ceux de la U !

Félicitations a vous deux Régis et Arthur pour cet article agréable a lire :)


Heu t'es sur de toi car Los de abajo cantan siempre independiente del resultado, y no van la entrenamiento a dejar la caga =D
riquelmat Niveau : DHR
Chii Chiii Chii Lee Lee Lee en el mapa no se ve !!

Pour tout ceux qui comprennent l'espagnol je vous conseille le documentaire "Raza Brava" qui parle des supporters de Colo Colo et de la Barra Brava du club la célère Garra Blanca.
Fierté Marseillaise Niveau : Loisir
J'ai un très bon collègue Chilien qui m'a raconté l'ambiance des matchs au Monumental quand il était minot dans les années 90...de la pure folie, le stade tremble! Vamos Colo Colo!
Ouais enfin depuis le plan "Estadios seguros" (avec interdiction des tambours, des drapeaux et des tout le matos pour animer les tribunes) l'ambiance est vraiment en train de changer au Chili...

C'est d'ailleurs en train de se répandre dans d'autres pays comme en Equateur par exemple.
rastamecton Niveau : Loisir
Je suis actuellement à Santiago.
Dire que c'est l'effervescence en ville est un peu exagéré, ça va surtout foutre le bordel le jour du match.
Je suis un peu déçu de ne pas pouvoir aller au stade cette fois ci, mais j'y étais il y a deux semaines pour le clasico universitario, et c'était de la folie, ambiance hors norme, j'ai jamais vu ça.

Alors quand on sait que Colo Colo vs la U est encore plus chaud, ça donne envie d'assister à ce genre de match.

Sinon je dirais plutôt que d'un point de vue populaire on a :
- 45% des chiliens qui sont pour Colo Colo
- 35% pour la U
- 20% pour la Catolica
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