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Hiroki ça coince

Au Japon, la L1 est toujours « lost in translation » . Et l'arrivée de l'international nippon Hiroki Sakai dans l'Hexagone n'a pour l'instant pas changé la donne.

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Il y a plus de dix ans, Daisuke Matsui, tout frais international japonais, sortant des JO d’Athènes 2004, était arrivé au Mans avec sa caravane médiatique, soit une demi-douzaine de journalistes nippons prompts à le suivre quotidiennement. Le site web du club sarthois avait même édité une version en japonais. Quatre années plus tard, c’était le sponsor – japonais – du maillot de l’AS Saint-Étienne de l’époque, Konica-Minolta, qui avait poussé pour l’arrivée de « Daï » dans le Forez. Même emballement médiatique ensuite à Grenoble, propriété alors des Japonais d’Index Corporation, et encore à Dijon, où une équipe de journalistes japonais tournait en 2011 un documentaire, long comme un match de foot, sur le Matsui sauce Côte d’Or.

Le Classique seulement diffusé sur le web


Aujourd’hui, le latéral droit de l’OM, Hiroki Sakai, un des deux joueurs nippons de Ligue 1, n'échange une demi-heure qu'avec une seule journaliste de son pays, après chaque rencontre. Masaki Kono, l’actuel seul correspondant en Europe des pages Sports du Asahi Shimbun (quotidien japonais tiré à près de 12 millions d’exemplaires), appartenait à la caravane Matsui de la première décennie 2000. Il explique ce décalage d'époque : « Du temps de Matsui, il n’y avait que cinq ou six joueurs japonais à jouer pour des clubs européens. Aujourd’hui, la situation est bien différente. Rien qu’en Bundesliga, il y en a plus de 10. Et d’autres joueurs appartiennent même à ce qu’on peut appeler les « gros clubs » . Ce sont principalement eux que nous suivons. » Comprendre donc : Marseille n’appartient pas – plus ? – à la caste des « gros » . Difficile en effet de prétendre à cette catégorie quand d’une part, on ne participe plus à la Ligue des champions, bien suivie au Japon, et quand, d’autre part, on joue en Ligue 1. « Les Japonais regardent la Ligue des champions, la Premier League, la Liga ou même la Bundesliga, détaille Shingo Sagawara, producteur pour la chaîne câblée nippone J-Sports. Mais la L1 n’est pas aussi populaire. Aucune chaîne japonaise n’a même de quoi montrer régulièrement les highlights d’une journée de Ligue 1. »


En février 2013 pourtant, la J-Sports avait bien diffusé en direct (donc à 5 heures du mat’, heure de Tokyo) le classique PSG-OM. Mais c’était avant tout pour suivre les premiers pas au Parc des Princes de David Beckham, ultra bankable au pays du Soleil Levant. « La L1 était jusqu’à ce match-là la seule ligue européenne non retransmise ici » , rappelait alors Florent Dabadie, ancien traducteur de Troussier chez les Blue Samouraïs, et invité spécial de la J-Sports pour commenter les débuts du Spice Boy à Paris. L’expérience n’a jamais pu être reconduite. « Nous avons perdu les droits TV en 2014 » , explique Sagawara, qui avait produit ce match de février 2013. Depuis, « pour la Ligue 1 au Japon, c’est le trou noir » , synthétise Dabadie. Ou presque. Un nouvel acteur est entré dans la danse. DAZN, service de streaming-internet japonais, qui a commencé à émettre cet été, reste la seule manière pour les Japonais de suivre la L1 aujourd’hui, « à raison de deux matchs par semaine » , confirme Sagawara. Lancé par Perform Group, le géant mondial des médias digitaux (qui compte dans son portefeuille le site Goal ou encore Opta), DAZN a d’ailleurs confié les commentaires du Classique à Florent Dabadie, qui officiera en direct, lundi au petit matin. Mais toujours rien à la télé. « Si nous avions à choisir un match étranger à diffuser sur nos antennes, ce match ne serait pas notre priorité, même avec la présence d’Hiroki Sakai, admet le producteur Sagawara. Ce match ne serait même pas dans nos vingt premiers choix. Désolé... Et je dois avouer que presque personne ne se soucie des performances de Sakai à l’OM. »

Nagatomo et Uchida, concurrents médiatiques de Sakai


Vahid Halilhodžić doit faire partie de ces rares-là, fin connaisseur de la Ligue 1 et désormais sélectionneur du Japon, puisqu’il a fait d’Hiroki Sakai son titulaire sur l’aile droite de la défense nippone. « Mais c’est plus lié aux méformes de Nagatomo et Uchida, concède Dabadie. Vahid n’a pas vraiment le choix. » Ce nouveau statut gagné sur le terrain peine d’ailleurs à se répercuter dans les cœurs japonais. Sa position sur le terrain, arrière droit, n’aide déjà pas, pour un public qui préfère les buteurs aux défenseurs. Masaki Kono illustre d’une comparaison : « Regardez les différences de notoriété que vous avez connues en France entre Zidane et Sagnol. Sakai, face à Honda ou Kagawa, c’est la même situation. » Sakai souffre surtout, médiatiquement, d’une concurrence féroce à son poste, avec Uchida (Schalke) et Nagatomo (Inter), présents sur « toutes les publicités au Japon » ajoute Kono. « Comme Honda, Kagawa ou Okazaki, Uchida et Nagatomo ne peuvent pas marcher dans Tokyo sans être reconnus, poursuit Sagawara. Je pense que personne ne remarquerait Hiroki en revanche, à moins d’être un fou de foot ou un fan du Kashiwa Reysol, son ancien club au Japon. » Pour élargir sa fan base, Hiroki ne peut donc pour l'instant se reposer que sur les espoirs suscités par le nouveau propriétaire de l'OM, Frank McCourt. « Si jamais il parvient à construire une équipe du calibre du PSG, si un ou deux autres bons joueurs japonais arrivent, ça changera peut-être » , finit Dabadie. Avec des si...



Par Ronan Boscher // Tous propos recueillis par RB
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