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Hinschberger : « Un entraîneur viré, c'est un homme qui perd son emploi »

Depuis bientôt un an, Philippe Hinschberger est de retour comme entraîneur dans le club où il a fait toute sa carrière de joueur. Alors que son contrat à Metz prend fin en juin 2017, il s'est confié sur sa profession, parfois cruelle, mais jamais autant que l'avis d'un consultant.

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Quand est née ta vocation d'entraîneur ?
Sur la fin de ma carrière. J'étais enseignant au départ, donc j'ai une envie naturelle de partager mes connaissances. J'ai passé mon BE1 très jeune, à vingt-trois ans. J'ai toujours voulu passer mes diplômes, comme ça, dans le doute. J'ai passé le BE2 en 1989. Le président Carlo Molinari m'avait toujours suggéré l'idée que je reprenne un jour le centre de formation, et c'est ce qui est arrivé en 1992. J'ai repris le centre pendant quatre ans.

En 1997, ta première expérience sur un banc d'équipe première, à Louhans-Cuiseaux...
De 1992 à 1996, je fais mes armes à Metz avec la réserve, en 1996-1997, je suis adjoint de Faruk Hadžibegić à Sochaux, car à Metz, ils ont décidé de changer la direction du centre de formation. J'avais signé trois ans à Sochaux, mais Louhans-Cuiseaux m'a contacté pour être l'entraîneur principal et j'ai plongé.

Tu as alors conscience de te lancer dans un métier impitoyable ?
J'avais conscience des risques, mais mes quatre ans à la formation à Metz m'avaient permis de comprendre que j'aimais les matchs. J'aurais du mal aujourd'hui à refaire de la formation, car je suis plus un utilisateur de joueurs qu'un formateur.
« On n'a jamais un jour de repos, même pendant les jours de repos, on prépare la semaine. Entraîneur, il n'y a aucun repos intellectuel. Il faut aimer les mauvaises nuits, se réveiller pour gamberger, faire des choix tout le temps. »
Cela m'a mis l'eau à la bouche d'avoir la réserve de Metz, quand tu mets ton nez dans cette adrénaline, c'est dur d'en sortir. Même si tout le monde ne peut pas faire ce métier, car ce sont des soucis permanents. Un entraîneur est toujours en pleine réflexion. On va manger ensemble, je peux me demander si je fais jouer Biševac ou pas. Ou alors c'est le médecin qui m'appelle pour me donner le résultat d'une échographie d'un joueur. On n'a jamais un jour de repos, même pendant les jours de repos, on prépare la semaine. Entraîneur, il n'y a aucun repos intellectuel. Il faut aimer les mauvaises nuits, se réveiller pour gamberger, faire des choix tout le temps. C'est pour cela aussi que j'ai réduit l'effectif cet été, c'est pour avoir moins de choix, c'est plus vivable. Étrangement, quand j'étais joueur, j'avais dit un jour : « Je ne serai jamais entraîneur » , parce que je voyais bien que c'était un métier de fou. Les coachs sur le banc, ils pétaient les plombs, il y avait une tension permanente. Mais une fois que j'ai mis les pieds dedans, c'est comme pour la carrière de joueur – je devais être prof d'EPS au départ – quand j'ai commencé à jouer en Ligue 1, je me suis dit : «  En fait c'est top, ce serait con de ne pas continuer.  » Depuis 1981, je me suis fait une raison, même si cela a été un peu dur ces dernières années : je me suis fait virer de Laval, j'ai quitté Créteil, j'ai pris cher et j'ai mis un an à me remettre (il est resté plus d'un an au chômage avant de signer à Metz, ndlr). À l'époque, il y avait moins de monde, moins de concurrence. Aujourd'hui, les staffs sont super étoffés, mais il y a beaucoup trop de candidats par rapport au nombre de postes. C'est ça le côté stressant.


Le chômage, cela t'a apporté quelque chose ?
Beaucoup. C'est une période à laquelle il faut penser quand on a le blues. Quand tu en prends sept contre Monaco, tu ne sors pas du stade en sifflant pour aller te coucher tranquillement chez toi. Il faut plusieurs jours pour digérer, tenter de comprendre. Et puis quand tu commences à couler, tu te dis : « Attends mon coco, il y a huit mois, tu étais à l'UNECATEF avec 20 mecs comme toi qui ne bossaient pas. » Sans poste, il faut mettre ton réveil à 9h, sinon tu te lèves à 12h. Dormir le matin, c'est top, mais tu tombes vite dans la déprime. Je suis un mec positif mais l'inactivité, cela commençait à me peser. Je faisais du sport, des choses que je n'avais pas le temps de faire. Tu peux rester sur le canapé et te laisser aller, j'ai connu des gens en difficulté, un monsieur notamment qui a eu quatorze mois de burn out, dans son canapé, volets fermés.


Donc en décembre 2015, quand Metz vient te chercher, il y a un côté conte de fées ?
C'est clair, un gros club de Ligue 2 à un point du podium. Normalement, quand tu es chômeur, tu n'arrives pas comme ça à Metz. Sauf Rudi Garcia. Il arrive à l'OM, mais parce qu'il a déjà un gros pedigree. Moi, sur mes dernières expériences : viré à Laval, démissionnaire à Créteil.
« C'est ça que les gens retiennent, même si je suis resté sept ans à Laval : au départ il y avait deux millions d'euros de trou, trois joueurs sous contrat et une équipe en National. Cinq ans après, on était en Ligue 2, sains financièrement. »
Normalement, c'est ça que les gens retiennent, même si je suis resté sept ans à Laval, qu'au départ il y avait deux millions d'euros de trou, trois joueurs sous contrat et une équipe en National. Cinq ans après, on était en Ligue 2, sains financièrement. J'avais une belle doublette avec mon président Philippe Jan, mais à un moment, le conseil de surveillance a préféré m'enlever, le président a dû acter. Trois mois plus tard, je suis arrivé à Créteil, cela s'est bien passé sur le plan humain, mais en revanche, je suis parti sur un coup de tête en 2014, à la suite d'une mauvaise série et un match raté en 2014. Retrouver le FC Metz après ça, c'est un gros concours de circonstances. Le club s'était peut-être trop éloigné de son histoire, un effectif pléthorique, beaucoup de mouvements, et là ils voulaient recentrer le truc. À un moment, le président a voulu retrouver quelque chose plus en adéquation avec le FC Metz et la ville de Metz. Et aujourd'hui, on voit la différence : on a pris 7-0 à la maison contre Monaco, il y a peut-être 1000 personnes qui sont parties avant la fin, mais je n'ai pas entendu un seul sifflet. Alors qu'il y a quelques années, c'était la guerre avec les supporters.


Tu as eu cinq mois pour faire monter Metz, c'est risqué...
On était à un point du podium seulement. Le plus gros risque, c'était d'avoir un effectif non choisi, trop de joueurs à gérer. Car même si ce sont de bons mecs, de vrais pros, il faut gérer la barrière de la langue, ceux qui ne vont pas pouvoir jouer. Et puis on ne peut pas tout changer du jour au lendemain. J'ai fait abstraction des six premiers mois, et je me suis fixé pour objectif de sortir une équipe type au bout de deux semaines, mais pas de tâtonner pendant plusieurs matchs. Certains n'ont donc quasiment plus joué. Il fallait en sacrifier quelques-uns pour le bénéfice du collectif.

C'est ta première expérience en Ligue 1, le palier avec la Ligue 2 est si important que cela ?
Sur l'aspect match oui, techniquement quand on perd le ballon, c'est dur de le récupérer. La qualité des joueurs offensifs est vraiment au-dessus. Sur les matchs que l'on a joués, on s'est frottés à de très grands attaquants. Bernardo Silva, Lemar... On a commencé à Lille contre Rony Lopes, on n'a jamais réussi à le gêner pendant 90 minutes. Tu as beau dire « il faut faire ça » pour tenter de l'annihiler un peu... Mais sinon, d'être en Ligue 1 n'a pas transformé le FC Metz, c'est surtout les adversaires qui vont très très vite devant. Qu'est-ce que l'on fait quand on a perdu le ballon ? Nous, on en perd pas mal, et à chaque fois, on en chie parce qu'on nous le confisque. On nous reproche d'avoir seulement 30% de possession. Bah oui, nous, on veut avoir 70% de possession, mais on n'y arrive pas. On a la possession que l'on peut avoir. Un club comme Metz doit recruter en Ligue 2 pour se renforcer, mais quand tu recrutes un joueur en Ligue 2, tu ne sais pas s'il deviendra un vrai joueur de Ligue 1. Donc on est perpétuellement obligé de s'adapter, de préparer les joueurs à jouer à ce niveau.


Tu as mentionné ta relation avec Philippe Jan à Laval. C'est important pour un entraîneur de bien s'entendre avec son président ?
C'est la pierre angulaire, la relation président/entraîneur. Après, d'autres personnes peuvent se greffer : directeur sportif, responsable du recrutement, conseiller du président. Plus tu mets de gens, plus tu as d'avis. Quand tu gagnes, pas de problèmes, mais quand tu perds, tu as plein d'avis. Et chacun donne le sien au président, même si celui qui compte le plus, c'est celui de l'entraîneur. C'est lui qui vit au jour le jour avec les joueurs, les autres ne sont pas tout le temps au club. Beaucoup de gens donnent des mauvais avis aux présidents, car ils n'ont pas tous les éléments en mains, et ils réagissent avec un regard de supporters, voire par rapport à leurs intérêts personnels.
« La plupart des gens dans le foot, ils ont une idée, mais ils l'expriment après coup, ça c'est chiant. C'est avant qu'il faut parler. Les consultants, c'est tout juste s'ils ne reprochent pas qu'un penalty ait été tiré à gauche alors qu'il aurait dû être tiré à droite... »
Avec Philippe Jan, on avait une bonne compréhension de ce que chacun faisait, comme avec le président Serin, qui ne va pas m'appeler le mercredi pour savoir quelle équipe j'aligne le samedi. La plupart des gens dans le foot, ils ont une idée, mais ils l'expriment après coup, ça c'est chiant. C'est avant qu'il faut parler. Les consultants, c'est tout juste s'ils ne reprochent pas qu'un penalty ait été tiré à gauche alors qu'il aurait dû être tiré à droite... C'est aussi pour cela que Lyon part en couilles en ce moment : entre Aulas, Génesio, Houllier et Lacombe, on sent que c'est à flux tendu. Aulas, c'est quand même le seul président qui prend la parole après chaque match, c'est lui qui donne la première analyse. Entre Lacombe et Houllier, c'est à couteaux tirés, donc ça c'est mort. (Il répète, beaucoup plus fort) C'EST MORT ! Celui qui va en faire les frais, c'est Génesio, dommages collatéraux, c'est tellement évident. Aulas, Houllier et Lacombe vont rester en place... Il est quoi Gérard Houllier ? Conseiller technique ? (conseiller extérieur ndlr) Le problème, c'est que l'organigramme n'est jamais clair. À l'OM, il dégage quatre personnes... Certains, on ne sait pas à quoi ils servent, eux-mêmes d'ailleurs ne savent pas. Quand l'organigramme est trop compliqué, cela ne marche pas. Le plus bel exemple, c'est Dijon. Les mecs montent en Ligue 1 pour la première fois de leur histoire, ils se sabordent à la trêve hivernale (en 2011-2012, ndlr). Ils n'étaient pas si mal partis et se sont fait hara-kiri pour un problème de personnes.


Tu as évoqué les consultants télé qui commentent après les matchs, tu penses que parfois certains vont trop loin ? Par exemple quand Daniel Riolo de RMC milite pour l'éviction de Laurent Blanc en fin de saison passée ?
Ces consultants ont une puissance incroyable. Je n'écoute jamais ce genre de choses, je m'en préserve, car c'est un tissu de foutaises. Ils sont quatre autour d'une table, chacun donne son avis, mais je ne vois pas l'intérêt. Ils sont d'accord ou pas, on s'en bat les couilles. J'avais entendu des consultants spéculer sur le prochain entraîneur de Paris, alors que Philippe Bergeroo était encore en poste (saison 2000-2001, ndlr). Un peu de respect pour le mec qui travaille, comment on peut parler comme ça d'une personne qui peut perdre son poste. Ce qui me gêne, c'est que ces gens-là ont zéro expérience comme entraîneur, comme certains directeurs sportifs d'ailleurs. Certains n'ont aucune notion de management : « Je vais t'amener trois joueurs. » Tu as beau leur dire que tu ne veux pas des trois joueurs, que cela va foutre le bordel dans le vestiaire, il te les amène quand même alors que ce n'est pas lui qui va devoir les gérer. Tous ceux qui donnent des leçons sur comment jouer contre le Paris Saint-Germain, ils n'ont qu'à aller entraîner Caen ou Bastia ou Lorient. Au Parc, le PSG a 85% de possession. Je me souviens sur Infosport, j'étais en plateau, après un Rennes-PSG, un des journalistes défonçait Philippe Montanier et me demande : « Comment on peut jouer aussi défensif à domicile ? » Ils n'ont qu'à y aller coacher Rennes pour affronter le PSG, quand leur équipe ne peut pas toucher le ballon. Ces gens ont un avis très tranché sur le travail des entraîneurs, mais ils n'ont jamais rien branlé...


Les gens s'indignent quand on annonce un plan social, une vague de licenciements, mais jamais quand un entraîneur est proche de se faire remercier...
Les gens se disent qu'il va prendre ses indemnités.
« Un entraîneur viré, cela reste un homme qui perd son emploi. On est en CDD, les gens doivent le comprendre. »
Mais mis à part les dix grands coachs européens comme Guardiola ou Mourinho qui n'ont plus besoin d'argent et sont sûrs de retrouver un club, des mecs comme moi qui ne savent pas s'ils retravailleront un jour, il y en a plein. Un entraîneur viré, cela reste un homme qui perd son emploi. On est en CDD, les gens doivent le comprendre. Moi, je suis en fin de contrat en juin 2017, cela peut s'arrêter dans moins d'un an. A priori, je serai à l'ANPE (sic). C'est un métier où on n'est que sur du court terme, mais les gens sont parfois très méchants, voire lamentables par rapport aux entraîneurs. C'est dégueulasse, un peu de respect ne ferait pas de mal, il faut respecter les hommes.

Cela t'est d'ailleurs arrivé de lire la pancarte « Hinschberger démission » ...
J'entraînais Laval, c'était un match à Lens. Tu ne peux pas vivre cela normalement. Le mec qui dit que cela ne l'affecte pas... Le stade crie ton nom avec le mot démission... Cela transperce les entrailles. C'est arrivé que des illuminés viennent mettre une banderole à l'entraînement à Laval. Ils sont quatre/cinq là-bas, des mecs d'extrême droite. Personne ne les reprend de volée, donc l'entraîneur est comme un con obligé de faire face seul. À Lens, la banderole, c'était « Hinschberger, rendez-vous lundi à 9h au Pôle Emploi  » . Ils n'ont pas eu de cul, on a fait 0-0 et je n'ai pas été viré. Et là je me suis dit : « Pas de bol, je vous ai bien baisés. » (rires)

  • La suite de l'interview de Philippe Hinschberger est à lire dans SO FOOT CLUB #27, actuellement en kiosque

    Propos recueillis par Nicolas Jucha, à Metz
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