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Hiddink, sorcier en quête de magie

Jamais il n’aurait dû à nouveau revêtir le costume de manager à Chelsea. Mais les circonstances ont poussé Roman Abramovitch à rappeler Guus Hiddink, après un premier passage en 2009. Une courte parenthèse londonienne qui s’était avérée réussie avec une FA Cup remportée. Mais, sept ans plus tard, le sorcier batave peut-il réitérer l’exploit alors que la mission semble impossible ?

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Au cours d’un mois de février où les frimas et les volutes de brume entourent Londres, le souffle de l’hiver vient de faire plusieurs victimes. Luiz Felipe Scolari est la première. Seulement quelques mois après sa nomination à la tête de Chelsea en juillet 2008, le technicien brésilien vient d’être remercié pour cause de résultats insatisfaisants. Les autres victimes, elles, n’ont pas été priées de s’envoler vers d’autres horizons, mais portent le poids d’une responsabilité certaine. Ces victimes, premiers coupables dans la mauvaise passe traversée par les Blues, sont les joueurs. Des hommes prostrés, marqués, à la fois déçus et frustrés aussi, auxquels fait face pour la première fois Guus Hiddink à la suite de son intronisation, le 11 février 2009. Dans ce vestiaire à la sinistrose ambiante, le Néerlandais au regard impavide s’avance et pose une question dans la langue de Shakespeare. Une seule. Limpide : « Avez-vous encore faim ? » Une interrogation qui fera office d’électrochoc. Porté par son nouveau manager, Chelsea montre un appétit vorace et s’offre une deuxième partie d’exercice 2008-2009 exaltante ponctuée par un titre. Le « Sorcier blanc » peut partir serein. Ses sortilèges ont fonctionné.

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Confiance en berne et mots doux


Avant de boucler son intérim de quelques mois avec brio, Guus Hiddink a dû s’efforcer de remettre d’aplomb un groupe à la confiance ébranlée, peu à peu, sous l’égide de Luiz Felipe Scolari. Chelsea a beau débuter la saison 2008-2009 à la hauteur de son standing, la dynamique s’enraye à partir de fin novembre. L’agitation gagne alors Stamford Bridge. Les Blues s’enlisent semaine après semaine (seulement 4 victoires en 12 matchs de championnat). Et le couperet tombe pour le manager auriverde au sortir d’un nul concédé contre Hull City (0-0), une semaine après un revers à Liverpool (2-0). Si la formation londonienne reste engagée en Ligue des champions et FA Cup, elle a déjà laissé du terrain à Manchester United en championnat, pointant à la quatrième place et à sept longueurs derrière. Au-delà d’une courbe de résultats en inadéquation avec les attentes escomptées, Chelsea doit également composer avec la frustration de plusieurs membres de l’équipe. Aux seconds couteaux échaudés tels que Juliano Belletti ou Salomon Kalou s’ajoutent des cadres en perte de repères dont les relations avec Scolari étaient plus que distendues (Ballack, Malouda, Anelka et notamment Drogba, dont Scolari souhaitait le départ).
Pour redonner de l’élan, le Néerlandais a donc été choisi en personne par Roman Abramovitch. Sachant que l’entraîneur est encore sous contrat avec la sélection russe qu’il a menée en demi-finale de l’Euro 2008, le propriétaire des Blues voit celui qui a également réalisé des miracles avec la Corée du Sud et l’Australie comme l’homme idéal. Et la première tâche du chevronné technicien, conscient d’avoir sous le coude un effectif de qualité qui s’est hissé en finale de la dernière C1, sera de rassurer. Écouter. Ramener cette confiance qui leur faisait tant défaut. « Nous nous sommes dit à chacun : "Nous sommes tous des grands hommes. Vous avez joué en Coupe du monde et en Ligue des champions, et j’ai un peu d’expérience aussi. Regardons-nous en face, respectons-nous mutuellement et relevons ce défi ensemble." Le respect, le dialogue, l'encouragement à se dépasser m’ont permis de tirer le meilleur de chacun » , exposait le Batave à l’époque, avant de confier plus en détail son ressenti au moment où il a hérité de l’escouade : « Je les regardais et je ne voyais pas de problèmes d’attitude. Si ça avait été le cas, j’aurais abordé le sujet dans la minute, mais ce n’était pas nécessaire. Si quelqu’un se croit plus beau qu’il ne l’est, est paresseux ou en a ras le bol, alors vous avez de gros problèmes. Mais je n’ai pas connu ça. C’était plutôt : "Peu importe combien votre nom est important et ce que vous êtes parvenu à faire dans le passé, allons-y. N’ayons pas peur." Tout le groupe a tiré dans le même sens. »

73% de victoires toutes compétitions confondues


Des mots doux qui ont immédiatement trouvé écho auprès des joueurs. Rassérénés, libérés, des Blues transfigurés livrent une seconde moitié de saison renversante. D’abord en Premier League où ils signent un parcours proche de la perfection avec 11 succès en 13 rencontres (soit 2,62 points récoltés par match). Insuffisant, toutefois, pour priver les Red Devils de la couronne nationale. Puis en FA Cup, compétition que Chelsea remporte à Wembley face à Everton (2-1), après avoir successivement écarté Watford, Coventry City et Arsenal. Il ne manquera finalement que la Ligue des champions pour venir sublimer le court passage d'Hiddink. Mais un arbitrage très controversé, une frappe lunaire d’Iniesta dans le temps additionnel et une célèbre « fucking disgrace » plus tard, le club britannique a quitté la plus prestigieuse des compétitions aux portes de la finale sans même avoir perdu contre le futur lauréat barcelonais (0-0 ; 1-1). En dépit de cette immense déconvenue, l’aventure du « Sorcier blanc » en terre londonienne a été une réussite indubitable, presque inespérée même (16 succès en 22 matchs toutes compétitions confondues, soit 73% de victoires au total). L’alchimie se voulait telle avec les joueurs que certains lui ont même suggéré de rester au-delà du bail prévu. Ballack assurera que « tout le monde au club a pu sentir que c’était un grand manager » et qu’il serait ravi de savoir qu’il « reste trois ans de plus » , Čech soufflera pour sa part que « c’est un bon entraîneur et nous voulons qu’il continue » , tandis que le Captain Terry, dont la parole a toujours plus de poids que celle des autres, parlera du coach comme une « bouffée d’air frais » qui a permis à l’équipe d’être « ressoudée sur et en dehors du terrain » .

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Malgré ces déclarations emplies d’amour, malgré les chants « Guus Hiddink, we want you to stay at Chelsea !  » résonnant dans l’enceinte de Stamford Bridge, « Golden Guus » quittera Londres comme convenu au terme de son contrat. Et l’ex-coach du PSV Eindhoven ne s’attendait sans doute pas à revenir un jour. Mais l’impasse dans laquelle se trouvait José Mourinho a poussé Abramovitch à rappeler son sauveur chéri pour le reste de la saison. Lui qui a pourtant quelque peu perdu de sa superbe depuis son départ du Royaume, après des expériences tumultueuses à la tête de la Turquie et de l’Anzhi Makhatchkala, puis une dernière récente totalement ratée avec la sélection néerlandaise où il a fini par jeter l’éponge. Sauf que, cette fois, la mission s’apparente en tout point à une gageure. À son arrivée, Chelsea flirte avec la zone de relégation et n’est plus que l’ombre du champion de l’année passée. Une incompréhension pour lui qui, dès sa première conférence de presse, martèle qu’il ne « devrai(t) pas être là » et enjoint à « chacun de se regarder dans le miroir, pas seulement deux secondes mais longtemps » . Le constat des lacunes en présence établi, Hiddink a ensuite commencé à apposer sa touche personnelle.

2016, bis repetita ?


La méthode du technicien de soixante-neuf piges reste sensiblement la même. Aplanir les différends. Mettre les joueurs face à leurs responsabilités. Et leur redonner la sérénité nécessaire. « C’est toujours le même homme » , assurait récemment John Obi Mikel sur le site officiel des Blues. « Il aime s’impliquer à l’entraînement, plaisanter un peu avec les joueurs tout en se montrant ferme et c’est ce dont on a besoin. Il est toujours comme une figure paternelle pour l’équipe, parle aux joueurs individuellement et est proche d’eux. Il veut aussi avoir des retours à propos de l’équipe, de ses problèmes pour essayer de corriger cela. » Le Nigérian est justement bien placé pour en parler. Peu utilisé par le Special One, il a désormais retrouvé une place de titulaire dans l’entrejeu, permettant à l’équipe de redevenir équilibrée alors que la paire formée par Fábregas et Matić constituait l’un des maux les plus prégnants ces dernières semaines.
L’équilibre, c’est justement l’un des leitmotivs intemporels d'Hiddink. « Un joueur doit respecter certaines consignes, défensives, offensives et surtout les phases de transition, théorisait le Batave dans So Foot en 2010. À partir de cette mise en place tactique, je les pousse à utiliser leur liberté pour créer, en fonction de leurs qualités individuelles. » Depuis son arrivée, l’effet Hiddink ne s’est pas fait mentir. Chelsea, toujours en lice en FA Cup et C1, demeure encore invincible toutes compétitions confondues (3 succès et 4 nuls en 7 matchs), avec en prime une dernière victoire face à Arsenal en Premier League. L’ensemble, encore très fragile, est largement perfectible. Mais, à l’instar de Terry, le groupe londonien a retrouvé un esprit conquérant : « Tout est possible. Tout le monde peut battre tout le monde. C’est un championnat relevé et, si on reste unis, on a une chance de finir quatrièmes. On va se battre jusqu’à ce qu’on puisse prendre des points » . Reste, cependant, une seule question en suspens : les Blues ont-ils encore faim ?

Par Romain Duchâteau
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Hiddink ou l'art du recyclage chez chelsea
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