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Hendrick Tonic

C'est la révélation irlandaise de ce championnat d'Europe. Homme à tout faire au cœur du système de Martin O'Neill lors du premier tour, Jeff Hendrick est pour le moment l'un des seuls sourires de cette Irlande et sera la première arme contre l'équipe de France.

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Le sourire est gêné, le regard perdu. Il est seul, dans un coin du stade Pierre-Mauroy de Lille. La scène ne dure que le temps d’un souffle, mais prend tout son sens par la symbolique de l’image. Il replace ses mèches blondes derrière les oreilles, repose enfin son corps pour la première fois depuis plusieurs semaines et fond en larmes. Les nerfs, le surplus de pression, la joie. « C’est un moment particulier. Heureusement, peu de caméras étaient présentes pour me voir dans cet état. Il faut comprendre qu’on sort de deux ans de qualifications, qu’on est loin de tout depuis un mois maintenant et qu’on vient aussi d’écrire l’histoire, pour nous, notre pays, mais surtout pour nos supporters. » Cette fois, c’est fait : pour la première fois de son histoire, l’Irlande va disputer un huitième de finale de championnat d’Europe. C’est aussi le bon côté d’un Euro à 24, car on peut changer son destin sur un match seulement. L’Europe du foot retiendra que l’Irlande a modifié le visage de son parcours le 22 juin dernier, en battant l’Italie à Lille (1-0) grâce à un coup de tête rageur de son latéral gauche, Robbie Brady, dont la fiche Wikipédia explique depuis qu’il est « le meilleur joueur de tous les temps et le meilleur buteur de l’histoire du football » . Reste que ce soir-là, plus que jamais, la lumière est une nouvelle fois venue des mèches blondes. Celles de Jeff Hendrick. Comme un refrain.

Just be Kos

Le catalyseur naturel



Vidéo

La première image de Jeff Hendrick dans un championnat d’Europe aura été celle d’une frappe sur la barre contre la Suède (1-1) en ouverture au stade de France. La suite ? Un récital. Car depuis plusieurs semaines, à la force de prestations monstrueuses, le milieu formé à Derby County s’est taillé un costume de patron. Si l’Irlande s’est relevée de deux premières sorties peu convaincantes, c’est notamment grâce à lui. Avant cet Euro, Hendrick n’était pourtant qu’un espoir dont l’étiquette de révélation du championnat d’Europe U19 2011, où l’Irlande avait été éliminée en demi-finale par l’Espagne (0-5), peinait à s’accompagner d’une confirmation durable au plus haut niveau et qui était aussi réputé pour ses frasques, notamment une bagarre générale provoquée à Dublin en 2013. Son heure est aujourd’hui arrivée, et Martin O’Neill a décidé de lui offrir les clés du jeu irlandais par la force des choses en compagnie de l’autre cador, Wes Hoolahan. Le problème est pourtant posé ainsi pour le moment : Jeff Hendrick vit un Euro 2016 magnifique, l’Irlande pas totalement. Alors son rôle est donc progressivement devenu celui de catalyseur.

Hendrick, dis-moi oui


Pour comprendre le poids d’Hendrick, il faut revoir la gifle prise par les Irlandais à Bordeaux contre la Belgique (0-3). Car dans la déroute, il a été le seul à sortir les armes, à bouger le bloc défensif belge pendant plus d’une mi-temps et à se mettre au niveau d’un grand rendez-vous international. C’est simple : il est la définition du milieu relayeur moderne, qui oriente et dicte le rythme du jeu, tout en affichant la capacité à répéter les efforts en permanence. Lui explique simplement vouloir « se dépouiller pour son pays. J’essaye simplement de jouer, jouer, jouer. Aujourd’hui, on n’a rien à perdre. On est déjà au-dessus de notre objectif initial. » C’est tout le paradoxe de cette Irlande, capable de se faire dérouiller sans résister un jour et de faire tomber n’importe qui le lendemain. Là est la crainte naturelle pour l’équipe de France. Pendant ce temps-là, Jeff Hendrick, lui, court toujours, partout, et avance avec émotion : « On se sent capable de créer la surprise contre les Français, à condition que l’arbitre ne leur donne pas l’autorisation de jouer avec les mains. (…) La récupération ? C’est simple, une pizza et une bonne bière ! » Un homme de valeurs, c’est ce qu’on disait.



Par Maxime Brigand
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