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Heimir Hallgrimson : « David James clouait au marteau les panneaux publicitaires avant les matchs »

Le soleil illumine Reykjavik comme rarement. Du coup, Heimir Hallgrimson préfère recevoir dans les tribunes du Laugardalsvollur, le stade national, plutôt que dans son bureau situé dans les couloirs de l'enceinte. Co-sélectionneur de l'Islande avec Lars Lagerbäck, celui qui prendra seul en mains l'équipe après l'Euro 2016 fait le point sur les progrès du football islandais.

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Pourquoi tu penses que le foot islandais se porte si bien en ce moment ?
Cette question sur pourquoi le football islandais connaît un succès soudain, on nous la pose tout le temps. S'il y avait une réponse simple, je te la donnerais, mais je pense que c'est une conjugaison de facteurs qui sont arrivés au même moment. Évidemment, il faut avoir des bons joueurs, et les bons joueurs, nous les avons. On en a beaucoup, on a une excellente génération 89-90. Des hommes qui ont joué la phase finale de l'Euro U21 il y a 5 ans. C'est la génération de Sigurdsson Sigthorsson, Gislason, Aaron Gunnarson, Bjarnason. La moitié de l'équipe première, c'est eux. Ils ont joué ensemble pendant des années. Ils se connaissent très bien et c'est un grand groupe d'amis. Ils jouent tous dans des bons clubs européens. Un autre facteur, c'est Lars Lagerbäck qui a fait un travail formidable. Il a organisé l'équipe, il sait faire déjouer l'adversaire. C'est un homme qui sait comment faire jouer les outsiders. Il sait faire jouer les petites nations comme il avait fait avec la Suède. Évidemment, la Suède est bien plus grande que l'Islande, mais à l'échelle du foot européen, ça reste un petit pays.

Comment tu définirais l'apport de Lagerbäck ?
Il a été tellement d'années en Suède qu'il est arrivé avec beaucoup d'expérience. Du point de vue de l'organisation tactique et de la structure, il a fait beaucoup de travail en profondeur sur les infrastructures aussi.

Comment se passe la cohabitation, entraîner à deux c'est possible ?
Je vais te dire la vérité, quand la Fédération m'a appelé, je pensais être capable de prendre en main l'équipe seul, je te le dis du fond du cœur. Je pensais être assez bon pour entraîner la sélection, mais après deux ans avec Lars, je peux dire honnêtement que je n'étais pas prêt. En Islande, on est juste des amateurs, donc j'ai beaucoup appris avec Lars, et après l'Euro, je serai seul aux manettes.
Pour en revenir aux raisons du succès du football islandais, Lars est arrivé au moment exact où on avait les meilleurs joueurs, et il a tout organisé. Cela a été un cercle vertueux avec la nouvelle politique de formation de la Fédération, les nouvelles installations et l'appui du public. Nos supporters sont incroyables : à chaque fois, le stade est plein en cinq minutes quand les billets sont en vente.

Tu parles de la formation islandaise. Qu'a-t-elle de si particulier ?
On a plus de 100 professionnels à l'étranger, c'est incroyable pour une île de 300 000 personnes. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de villes en France qui aient sorti 100 pros. En France, l'Islande serait une petite ville de province ! Cela est dû aux coachs des jeunes. Ici, les coachs sont hyper qualifiés. La Fédération a mis en place un standard, qui fait que tous les clubs doivent avoir des coachs qui ont au moins la licence UEFA B, si ce n'est pas la licence A. Quand tu commences à coacher, peu importe que tu entraînes des gamins de 6 ans, tu dois avoir la licence B, c'est obligatoire. En Norvège par exemple, quand les gamins commencent à jouer, les entraîneurs, c'est papa maman, et si le gamin est bon, il commence à avoir un bon coach vers 13-14 ans. Ici, papa maman ne t'entraînent pas ! Même à 6 ans. C'est incroyable d'avoir autant de coachs. Même dans des villages de 500 habitants, il y a un coach qualifié. Dans les îles Vestmann d'où je viens, il y a 4000 habitants et des coachs qualifiés. Peu importe où tu habites, tu auras toujours des coachs de haut niveau. En Europe, il faut aller dans les meilleurs clubs. Ici, où que tu habites, tu auras le même niveau d'excellence en matière de coaching.

Les nouvelles installations sont aussi responsables du succès du football islandais, non ?
Oui, car cela fait peu de temps que l'Islande joue au football 12 mois par an. Avant, les gens jouaient au hand l'hiver, et au foot l'été. Avant, le handball était énorme, plus important que le foot presque, grâce aux résultats de la sélection. Cela est en train de changer. Le foot a beaucoup plus de licenciés maintenant. On a construit des terrains synthétiques, et des terrains indoor un peu partout, parce qu'ici, l'herbe en novembre, c'est même plus la peine au moins jusqu'à avril-mai. Quand on a joué en novembre, pour les barrages du Mondial, on a dû mettre une sorte de serre sur la pelouse. Ça a coûté très cher. Cette fois, on veut se qualifier avant novembre pour éviter cela !

« Tu ne vas pas faire de tactique s'il y a pluie et tempête. Il faut s'adapter, on a cette culture. » Heimir Hallgrimson

Comment tu définirais le style de ta sélection ?
On joue en 4-4-2 la plupart du temps, mais on n'a pas de système strict. On ne veut pas être mis dans une case. On n'est pas Barcelone ni une équipe de kick and rush. On est mixte, on s'adapte à l'adversaire, même si on joue de manière assez directe. On a des attaquants forts physiquement. On aime avoir la possibilité du long ball, on aime varier. C'est vrai qu'on a une tradition de long ball, mais à cause des qualités naturelles de nos joueurs, maintenant, nos joueurs sont forts techniquement. Avant, les pros islandais étaient essentiellement défenseurs. Maintenant, la plupart sont milieux ou attaquants. La culture des joueurs islandais a changé : les mecs sont plus rapides, vifs, ils peuvent jouer ailiers.

Comment tu définirais la mentalité islandaise ?
L'Islandais aime croire qu'il est plus dur au mal que les autres, qu'il a quelque chose de spécial qui le rend plus fort. Tu ne peux pas le mesurer concrètement, dire que l'Islandais est plus fort, plus dur, plus résistant, solide que les autres. Mais la météo, que tu le veuilles ou non, t'endurcit, il faut vivre avec. Il peut faire beau et dix minutes plus tard, il peut y avoir une tempête, de la pluie, de la neige. C'est dur d'être ici parfois, surtout quand tu vis hors de Reykjavik. Les conditions météo bloquent pas mal de choses. Tu dois être solide pour être Islandais. Tu dois aussi savoir t'adapter. Je pense que c'est pour ça que nos joueurs n'ont pas de problèmes d'adaptation. Les joueurs de foot savent s'adapter. Parfois, ils jouent avec un vent très fort, parfois sous la neige, parfois quand il fait beau, tu dois faire abstraction de cela. Cela fait que le joueur islandais peut s'adapter à tout. Quand il va à l'étranger, il s'adapte à la culture, au style de jeu, c'est plus facile pour lui.. C'est pareil pour les coachs : ils s'adaptent. Tu installes les cônes, tu fais une mise au point tactique dans le vestiaire, tu sors et les cônes ont été soufflés par le vent. Et ben, tu vas pas faire de tactique s'il y a la tempête et la pluie. Il faut s'adapter, on a cette culture. On voulait faire ça ? Tant pis, on ne peut pas, on fera autre chose.

Tu viens des îles Vestmann. Là-bas aussi, il y a une mentalité particulière ?
Oui et j'ai entraîné pendant 20 ans là-bas. À la base, je suis dentiste, j'y ai encore mon bureau. Les îles Vestmann, c'est l'incarnation de l'Islande. Plus qu'ailleurs dans le pays, les gens doivent composer avec l'isolement et l'activité volcanique (en 1973, une éruption a détruit la moitié de l'île et a obligé les habitants à quitter l’île pendant quelques mois, ndlr). Du coup, les gens sont extrêmement solidaires, il faut se serrer les coudes. Ce qui est extraordinaire, c'est que Hermann Hreidarsson, qui est aussi originaire des îles Vestmann, y a fait venir son grand pote David James, pour jouer pour l'IBV. Et James a tout fait comme un local. L'IBV est un petit club familial où ce sont les joueurs qui mettent la main à la pâte, installent les panneaux publicitaires, et James ne rechignait pas. Il venait un marteau à la main pour clouer les panneaux des sponsors avant les matchs. Il s'est intégré à la mentalité islandaise.

Les îles Vestmann sont d'ailleurs réputées pour avoir produit pas mal d'internationaux. Comment tu l'expliques ?
Là-bas, tout le monde est fou de sport. Pour 4000 habitants, il y a une piscine olympique, un golf 18 trous, 4 terrains de foot dont 2 synthés, un terrain indoor, et deux gymnases. Je pense que c'est le ratio le plus important d'installations sportives par habitant au monde !

La mentalité exemplaire des Islandais vient aussi du fait que la pression populaire est moindre, non ?
Sans doute. Ici, les joueurs sont proches des gens, car tout le monde se connaît un peu en Islande. Si les joueurs vont dans un bar après le match, ils seront comme des mecs normaux, personne ne les embêtera. Il n'y a pas de pression populaire, les joueurs s'en foutent. Ils sortent comme des gens normaux. Il n'y aucun problème. C'est une grande différence avec vos pays. Tout est plus petit, la culture est plus relax par rapport à cela. Si les gens sont au restaurant, on leur fout la paix. On n'est pas fous de foot à ce niveau-là.


Par Arthur Jeanne et Alexandre Doskov à Reykjavik
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snocxuatrom83 Niveau : Loisir
Superbe interwiew elle a fière allure cette équipe
Putain une piscine olympique pour 4 000 habitant. Bah nous on en a une pour 1 million. Bon ratio.
Note : 1
J'en étais sur que David James était un bon mec, il en a la trogne.
Après, était-il un bon gardien ? Difficile d'y répondre.
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