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Hamilton, « More Than A Club »

Comme partout ailleurs, le père Noël ne passe qu’un soir de décembre à Hamilton, mais un homme le remplace allègrement le reste de l’année. Cet homme, c’est Colin McGowan, et il a juré de faire le bien autour de lui.

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« Sans les alcooliques anonymes, je serais mort. Je leur dois la vie. » Colin McGowan se confie sans détour lorsqu’il s’agit d’évoquer son passé de toxicomane et d’alcoolique. Si l’actuel PDG des Accies est « sobre depuis 32 ans » , ce n’est pas le cas de bon nombre de ses concitoyens et plus particulièrement à Hamilton, petite ville située à une vingtaine de kilomètres de Glasgow. « Hamilton et sa région sont victimes d’un fort taux de chômage, de problèmes d’alcoolisme, de toxicomanie et de crimes. C’est un problème grandissant en Écosse » , plaide Colin. Et pour cause. Si cet aspect du pays de Nessie n’est que peu souvent évoqué à l’étranger, celui-ci arrive pourtant en tête du classement mondial du taux de consommation de cocaïne par habitant selon une enquête des Nations Unies. D’infimes traces de cette drogue ont même été décelées récemment dans… l’eau courante ! Fort heureusement en quantité insuffisante pour être nuisible, mais bien loin de l’image d’Épinal offerte par les guides touristiques présentant châteaux forts et lacs brumeux.

Guidé par une force supérieure


PDG des Accies, Colin McGowan est passé à deux doigts de ne jamais l’être, le club aux moyens riquiqui ayant bien failli déposer le bilan en 2003. « Le nouveau stade venait d’être terminé quand je suis arrivé, mais il restait toujours des impayés, et il a fallu finir l’intérieur comme les bureaux, le bar, la moquette ou les portes. J’ai convaincu la banque de nous laisser un peu plus de temps afin que nous nous stabilisions financièrement » , rapporte Colin, membre du consortium d’entrepreneurs locaux ayant sauvé le club. Nouveau stade construit à la suite de la vente nécessaire de l’ancien, réaménagé depuis en supermarché, et exode massif de joueurs, bien malin qui pouvait prédire que les Accies sortiraient un jour la tête de l’eau.

De cette situation précaire, Hamilton a appris à composer avec les moyens du bord. Révolu le temps des seventies où le club attirait des internationaux polonais avec des machines à laver ou autres appareils électriques en guise de monnaie d’échange. L’heure est à la formation, et tout le monde tire dans le même sens. « Ronnie McDonald gère toute la partie sportive. Nous jouons avec le même style que celui d’Alex Neil (parti à Norwich, ndlr) et les mêmes méthodes d’entraînement, et ce pour toutes les équipes du club. Impossible de travailler ici sans adhérer à notre philosophie » , simplifie le PDG.


Mais Hamilton n’est pas seulement une réussite sportive. Autoproclamé « more than a football club » sur son site internet, l’allusion à un autre club de foot bien plus célèbre pourrait prêter à sourire. Seulement, c’est ici la « conscience sociale » , si importante aux yeux de Colin McGowan qui prévaut. « Je suis persuadé d’être guidé par une force spirituelle supérieure. J’aidais auparavant une association caritative appelée Blameless pour laquelle je faisais ce que je pouvais, offrant une chaise roulante à un enfant ou aidant à la réfection du toit d’une église. Puis je me suis dit qu’un club de football pouvait aider à plus grande échelle et être le cœur et l’esprit de toute une communauté » , explique-t-il. Car si la majorité des stades dans le monde est seulement ouverte le jour du match, New Douglas Park, lui, est ouvert tous les jours. « Nous organisons tous nos meetings thérapeutiques ici. Nous aidons les alcooliques, toxicomanes ou parieurs anonymes, ainsi que leurs enfants et les enfants autistes. Nous leur offrons un toit, des abonnements, des places pour les matchs et les emmenons gratuitement au carnaval, au feu d’artifice ou au cinéma. »

De la générosité à gogo et de nouveaux fans


La stratégie s’avère payante au-delà des espérances, car, au-delà de l’immense fierté d’aider des gens défavorisés, Hamilton séduit de nouveaux supporters. « Hamilton Accies a aidé des centaines, voire des milliers de personnes » , comptabilise à la louche McGowan. Dans l’ombre de la popularité des géants que sont le Celtic et les Rangers, et, à un degré moindre, du voisin et rival Motherwell, voir de nouvelles personnes se rendre au stade est chose non négligeable. « Des enfants d’alcooliques ou toxicomanes sont tombés amoureux des Accies. Tu peux parfois voir leurs grand-mères leur acheter un maillot du club et encourager l’équipe. Cela fait chaud au cœur » , se réjouit-il. Et quand il n’endosse pas la tenue de bon samaritain, il enfile celle de vendeur de rêves, permettant à quelques-uns de ces gamins de caresser celui d’être un jour professionnel, sans passe-droit, pour leur plus grand bien. « Nous leur bottons le train dès qu’il y a lieu afin qu’ils se sentent complètement l’égal des autres enfants » , recadre McGowan, impartial.

Pour les autres il reste un mur, bâti par le club, sur lequel ils peuvent librement s’exprimer ou apprendre entre autres le système solaire, une plage artificielle, un château, un green de mini-golf ou encore un jardin, le tout à l’intérieur même de l’enceinte. Colin n’est pas du genre communautariste et est bien déterminé à en faire profiter le plus d’enfants possible. « N’hésite pas à m’appeler si tu viens, des billets pour le match t’attendront, et si tu décides de venir avec un bus chargé d’enfants nous les accueilleront, les nourriront et veilleront sur eux. » Le rendez-vous est pris.


Tous propos recueillis par Grégory Sokol
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