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Güiza à Cadix, un étranger à domicile

Invité surprise de l'Euro 2008, Daniel Güiza n'a cessé de bourlinguer depuis ce titre. Pour son retour au pays, l'attaquant s'offre une ultime escapade à Cadix. Un club qu'il a longtemps détesté avant de le rejoindre, ce qui déplaît fortement aux nombreux supporters amarillos, pas peu fiers de leur institution.

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L'année 2008 renvoie à des heures dorées pour l'Espagne du football. Et, donc, pour Daniel Güiza. Tout juste Pichichi de la Liga avec ses 27 banderilles, la pointe de l'époque de Majorque s'offre une place inespérée dans l'escouade de Luis Aragonés. Quelques bouts de matchs et deux buts plus tard, il trône, avec ses comparses, sur le toit de l'Europe. Une domination sans partage s'ouvre pour une Roja que le natif de Jerez de la Frontera quitte, un an plus tard, dans le plus grand anonymat. Entre-temps, il découvre la célébrité et s'épanche dans les journaux. « Il est clair que si on m'en donne la possibilité, ma grande envie est de jouer ma dernière année dans l'équipe d'où je viens pour en profiter, glisse-t-il à la Voz Digital avant de s'envoler pour Istanbul et son Fenerbahçe. Et jamais je ne vêtirai le maillot jaune de Cadix. » Une déclaration qui, aujourd'hui, prête à sourire. Pour son retour outre-Pyrénées, suite à des détours par la Malaisie ou le Paraguay, le Gitano Güiza pose en effet ses valises dans un club qu'il a honni. Un passif que les supporters amarillos de Cadix lui reprochent vivement.

Güiza : « J'ai dit beaucoup de conneries dans ma vie »


Le stade Ramon de Carranza sonne creux. En ce premier jour d'août, la joie peuple pourtant les faciès des dirigeants du Cadix Club de Football. Devant un parterre de journalistes et de photographes, ils présentent leur dernière recrue : Daniel Güiza. Le teint blafard, la barbe mal taillée, les yeux embrumés, l'intéressé n'arrive à cacher une certaine gêne. Les refrains de « Güiza, meurs ! » taquinent ses oreilles et le pressent à s'excuser. « La première chose que je dois faire, c'est de demander pardon, entame-t-il. J'ai dit beaucoup de conneries dans ma vie, mais j'ai gagné en maturité et j'espère juste pouvoir monter avec Cadix. » Une tardive repentance qui ne suffit pas à calmer ses plus virulents opposants, mais qui lui redonne du crédit aux yeux de certains aficionados de l'autre Submarino amarillo d'Espagne. Fernando Arévalo, président de la Fédération des Peñas Cadistas, fait partie de la seconde catégorie : « La situation de Dani Güiza par rapport au public s'est plutôt améliorée depuis son arrivée. En ce qui concerne notre association, nous avons simplement exprimé notre mal-être au moment de sa signature. »

Un mal-être qui prend racine dans la rivalité qui gravite autour du Cadix CF et du Xerez CD, villes de la même province distantes d'une vingtaine de kilomètres. En outre de son passif xerecista, Daniel Güiza rappelle à l'aficion du Ramon de Carranza de bien mauvais souvenirs. En mai 2006, alors à la pointe de l'attaque de Getafe, il envoie en seconde division Cadix. Toute la semaine suivante, il ne cesse de rappeler, par voie de presse, son bonheur d'avoir rétrogradé les Amarillos. Une joie non dissimulée qui, neuf ans après, ne passe toujours pas. Mais qui ne l'a pas empêché d'être recruté par la nouvelle direction du club. Un recrutement qui doit tout à Quique Pina, l'homme derrière la carrière de Güiza et qui, actuellement, impulse le nouveau projet sportif du pensionnaire de Segunda Division B - le troisième échelon du football espagnol. Une importance dans l'organigramme qui fait également grincer des dents du côté des supporters : avec de nombreuses arrivées estampillées Pina, ils craignent une prise de pouvoir de cet homme de l'ombre aux dépens des dirigeants du club.

« Les résultats de l'équipe donnent le pouls de la ville »


Cette défiance vis-à-vis de Daniel Güiza, et par extension de Quique Pina, s'explique en grande partie par l'importance sociale du club. « Le club de Cadix est avant tout un sentiment pour les habitants et les supporters. Il fait partie de nos vies. Du coup, les résultats de l'équipe donnent le pouls de la ville et de son humeur » , indique Fernando Arévalo avant de révéler une anecdote qui « illustre ce sentiment d'être cadista » : « À la fin de la saison passée, au moment des playoffs, l'un de mes amis se mariait. À minuit, sa femme lui a demandé pourquoi il n'allait pas voir Cadix, qui jouait le lendemain à 16h à Oviedo. Il n'a pas su quoi lui répondre, alors il est parti se changer. Il a troqué son costume pour son maillot de Cadix et est parti pour Oviedo. » Un barrage face à l'équipe asturienne qui s'est mal terminé, puisque les Amarillos ont raté la montée. Cet échec a grandement motivé l'arrivée d'un Güiza qui peut faire pencher la balance en cette saison. Ses prémices prêtent en tout cas à l'optimisme : déjà buteur, il permet à Cadix de squatter la seconde place de son groupe. Avant mieux, en juin prochain ?

Par Robin Delorme, à Madrid
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