Guidolin pédale vers le sommet

Au début de la saison, en Italie, on ne parlait que de Ranieri, Del Neri et Allegri. Mais finalement, le seul qui rit, pour de vrai, c'est Guidolin, coach d'une Udinese exceptionnelle. Enfin la saison consécration ?

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En Italie, Francesco Guidolin a toujours été considéré comme un entraîneur plaintif. Un brave type, mais qui semble porter tout le malheur du monde dans ses yeux de cocker. Même sa voix, toujours en proie au déraillement, laisse penser qu'il va se mettre à sangloter à tout moment. Cette réputation de plaintif, il se la traîne derrière lui depuis qu'il a foulé les pelouses de Serie A avec le maillot du Hellas Verone, dans les années 70. « J'étais technique, mais peu combattif, et pas toujours motivé. Les sifflets du public, les conditions du terrain et la météo me faisaient chier. Trop de caprices » raconte-t-il dans une interview à la Gazzetta di Parma. Pourtant, depuis quelques semaines, Guidolin n'a aucune raison d'être triste. Au contraire. Son équipe de l'Udinese emballe tout le monde, de son président à ses opposants. L'équipe du Frioul, 15ème l'an passé, est la grande révélation de cette saison en Italie, et se prend même à rêver à des objectifs interdits. Quatrième au terme de la 30ème journée, la bande de Guidolin reste sur une dynamique incroyable et demeure la seule équipe invaincue en Italie en 2011. Mieux encore, si l'on enlevait les 5 premières journées du championnat, au cours desquelles l'Udinese n'a pris qu'un misérable point, Guidolin serait aujourd'hui en tête de la Serie A. Malheureusement, une course se fait à partir de la première étape. Et ce passionné de vélo (un comble pour quelqu'un dont le nom est un homonyme de guidoline) le sait mieux que quiconque.

Une pizza, des larmes et une prémonition

Comment donc cet entraîneur, à des années lumières des démonstratifs Mourinho, Ranieri et Mazzarri, a-t-il réussi à construire un groupe capable de lutter pour les premières places du classement ? La réponse, ses joueurs la détiennent. « Notre force, c'est le groupe, qui est un bloc d'acier, soudé après les quatre défaites initiales. Il a suffi que l'on se regarde dans les yeux, et que le mister nous invite tous à dîner autour d'une bonne pizza » révèle Giampiero Pinzi, milieu de terrain de l'équipe. Une bonne pizza quatre vérités. Voilà donc le secret de Francesco Guidolin? Si seulement la solution était aussi simple qu'une sauce tomate, beaucoup en Italie l'auraient déjà cuisinée. Mais le natif de Castelfranco Veneto cultive d'autres recettes. Au cours de sa carrière d'entraîneur, il a su encaisser des crasses et des drames, qui l'ont endurci et qui lui ont appris à ne jamais se résigner face à un obstacle. A Palerme, il a notamment bataillé dur avec Maurizio Zamparini, le « mangeur d'entraîneurs » , qui l'a viré et repris trois fois en une seule année. Un record.

Mais il en a également vécu des moins drôles. Le 11 février 2001, en marge du match entre Bologne et l'AS Rome, il pleure toutes les larmes de son corps au cours d'une minute de silence bouleversante dédiée à Niccolò Galli, l'un de ses petits protégés, décédé deux jours plus tôt dans un accident de scooter. Des moments qui n'ont fait que le rendre plus fort et résistant. Alors, lors de son retour à Udine (il avait déjà entraîné ici, sans gloire, en 1998-99, après quatre années triomphales à Vicenza), Guidolin sait que son moment est enfin venu. Et ce n'est pas le mois de septembre catastrophique de son équipe qui l'inquiète. « Au-delà des défaites, au-delà de la malchance, je peux assurer que je suis tranquille et serein. Pourquoi ? Parce que si l'on continue à jouer comme cela, il n'y aura aucun problème. Mon équipe travaille bien, les garçons donnent tout et vous verrez que bientôt, ils récolteront ce qu'ils méritent » , assure-t-il, après quatre défaites consécutives, au Corriere dello Sport. Un pressentiment qui va se vérifier dès les semaines suivantes.



De seconde à première zone



3-1 contre l'Inter. 4-4 contre le Milan AC. 4-2 contre le Genoa. 7-0 contre Palerme. 4-0 contre Cagliari. Les chiffres du début de l'année 2011 de l'Udinese sont effrayants. Guidolin, adepte d'un jeu porté vers l'offensive, trouve enfin son schéma tactique, après avoir tout tenté en début d'année. 4-3-2-1, 4-4-2, 3-4-3... Finalement, il se pose sur un 3-5-2 avec Alexis Sanchez et Di Natale en pointe, supportés par Armero et Isla en rampes de lancement. Choix gagnant. A deux, les feu-follets de l'attaque claquent 25 buts en 13 matches. Du jamais vu. Et le coach savoure. «  Je n'ai jamais été un entraîneur qui pense d'abord à ne pas prendre de but. J'ai toujours enseigné à mes joueurs à proposer quelque chose. Notre style de jeu est plus porté vers l'attaque, ce n'est pas moi qui vais freiner le talent » admet-il dans Il Giornale. Face à une telle puissance, la presse italienne commence enfin à voir en Guidolin autre chose qu'un entraîneur de seconde zone.

Avec un calendrier qui les verra opposés dans les dernières journées au Napoli et au Milan AC, certains se demandent même si ces Frioulans ne seraient pas en mesure d'aller chercher autre chose qu'une place en Ligue des Champions. «  A combien de points sommes-nous du Milan AC? » s'amuse à demander le coach aux journalistes. Puis il redescend sur terre. « Nous savons que l'on ne pourra pas toujours continuer ainsi, c'est une chose impossible à répéter. Nous allons toutefois essayer de continuer pendant deux mois pour retrouver l'Europe. Je n'ai pas peur de nos incroyables statistiques actuelles, nous devons vivre le présent, et si c'est possible, nous améliorer encore » commente-t-il. En attendant, les victoires s'enchaînent, et les futurs adversaires commencent vraiment à craindre cette équipe qui n'est soumise à aucune pression. Et Guidolin, serein, guide ses troupes vers un avenir radieux. Il y a trois jours, il a renouvelé son contrat jusqu'en 2015. Le temps nécessaire pour faire disparaître l'image du plaintif, au profit de celle du vainqueur.



Eric Maggiori

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6 points séparent Milan de l'Udinese.

En 8 matchs, pourquoi pas?

Si l'équipe du Frioul garde sa vitesse de croisière!
Si l'Udinese accroche la Champion's voir le titre avec une formation en 3-5-2, je sens que ça fera des émules dans le Calcio ! Et peut-être, pourquoi pas, un changement de mentalité chez certains entraîneurs...
bah le Genoa et la Samp jouaient aussi en 343 la saison dernière il me semble...
c'est un bol d'air frais dans cette serie A barbante que de voir jouer l'udinese...un changement de mentalités s'impose
N'empêche, les articles d'Eric "Il Mago" Maggiori, et donc tous ceux concernant la série A, sont vraiment les plus passionnants de ce site.

Bravo et continue comme ça !
l'udinese de cette saison me fait pas mal penser au genoa de la saison 2008-2009 qui jouait aussi en 3-4-3 et qui était portée vers les sommets par diego milito et thiago motta entre autres. l'équipe était très offensive mais encaissait beaucoup de buts. les rossoblu avait terminé le championnat aux portes de la champions à la 5ème place mais à égalité de points avec la fiorentina 4ème. tout ça à cause des confrontations directes avec la viola et un 3-0 qui se termine en 3-3 à la 93è avec un triplé de mutu...

brava udinese!
Feu de paille !

Alexis Sanchez va bouger au prochain mercato, et l'année prochaine on les retrouvera dans le ventre mou, la où ils sont bien !
Ça fait des décennies que l'Udinese est en série A.

C'est un club sérieux et compétent qui s'approche, année après année, de la première partie de tableau.

Il finira bien par remporter la timbale un jour!

Et qui sait, devenir un grand club.

C'est un de ces clubs moyens qui en ont le potentiel.
D'ailleurs cette équipe reste sur 7 match sans prendre de buts, ce qui est presque aussi impressionnant que les buts marqués.
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