Guerrero, l'Inca social

Actuellement engagé en Copa America avec le Pérou, José Paolo Guerrero n'est sûrement pas l'attaquant sud-américain qui fait le plus rêver. En vrai, ce mec-là est un taré.

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En Amérique du Sud, porter le surnom d' « El Loco » (le fou) est pratique courante. Ce fut le cas pour le gardien colombien René Higuita, c'est valable aujourd'hui pour le Brésilien Marcelo et l'Uruguayen Sebastian Abreu. Même Marcelo Bielsa, l'ex-sélectionneur argentin du Chili, est surnommé comme cela. Le Pérou n'échappe pas à la règle. Autrefois, c'était le gardien Ramon Quiroga que l'on appelait ainsi. Aujourd'hui, c'est Juan Manuel Vargas, le fantasque gaucher de la Fiorentina, qui a hérité de ce surnom. Mais au pays du Ceviche, tout un chacun sait que le véritable héritier de ce sobriquet, c'est José Paolo Guerrero Gonzales.

Pourtant, ce n'était pas si évident au départ. Après avoir fait ses classes au pays, à l'Allianza Lima, Paolo Guerrero s'envole en 2002 pour l'Allemagne et le Bayern Munich. A l'époque, le club le plus titré d'Allemagne est frappé par la hype « attaquant d'Amérique du Sud » : après Giovane Elber, ce sont des Paulo Sergio, Roque Santa Cruz, Claudio Pizarro et Paolo Guerrero, donc, qui débarquent en Bavière. Guerrero se fait les dents en équipe réserve, où il joue jusqu'à son départ du club, en 2006. Entre-temps, le Péruvien découvre la Bundesliga et le haut niveau lors de la saison 04/05: lors des matchs aller, il se révèle être un véritable joker, délivrant deux passes décisives et marquant à cinq reprises en six apparitions. Son premier but, il le marque face à Hanovre, à la 13ème journée. Forcément annonciateur de la suite...

Orgie et restaurant

En 2006, le Hambourg SV flaire la bonne affaire, et décide de signer Paolo Guerrero contre 10 millions d'euros. Le joueur, barré par son compatriote Pizarro et Roy Makaay, se dit qu'il pourra enfin prétendre à une place de titulaire dans un grand club. Va pour Hambourg, alors. Sa première saison n'est pas folichonne, le joueur marque cinq fois en vingt apparitions mais des buts importants (comme lors de la huitième journée, où son doublé permet à Hambourg de s'imposer 2-1 et de signer sa première victoire de la saison). Il finit par gagner ses galons de titulaire pour la saison suivante. C'est parti pour le show Guerrero.

Saison 07/08: la notion de discipline acquise au Bayern, part lentement en guenilles. Le Condor Guerrero, sûr de sa force, veut voler de ses propres ailes; il ne craint plus rien ni personne. Il fait sa vie, prend son temps. Un peu trop, même. Lors d'un rassemblement de l'équipe péruvienne à l'aéroport de Munich en octobre 2007, Guerrero, à la bourre, sprinte vers le guichet d'enregistrement, les valises à la main. Il se blesse à la cuisse. Trois semaines d'arrêt. Boum. A peine remis sur pied, Guerrero est à nouveau convoqué en sélection pour jouer le Brésil. Le match se solde par un nul 1-1, les Péruviens sont à la fête. Quatre d'entre eux (dont Pizarro et Farfan) se font choper en pleine orgie sexuelle, et sont exclus de la sélection. Des rumeurs circulent, comme quoi Paolo Guerrero était avec eux. Guerrero nie en bloc. Et il a raison. Selon des clichés dévoilés par la journaliste péruvienne Magaly Medina, le joueur était avec une nana au restaurant. Guerrero porte plainte pour atteinte à la vie privée. Verdict: Medina écope de cinq mois de prison et d'une amende de 20 000 euros. On n'atteint pas si facilement un Condor.

Un écran de 163 cm

La saison suivante est sûrement la plus accomplie qu'ait effectuée Guerrero. Quoique miné par quelques blessures, le Péruvien participe à 31 matchs de Bundesliga et atteint les demi-finales de l'Europa League avec Hambourg (défaite face au Werder). On se dit que le joueur montre enfin tout son potentiel, lui qui est capable de jouer aussi bien en pointe qu'en meneur de jeu (il fait presque autant de passes décisives qu'il ne marque de buts). L'année d'après, c'est sûr il va tout casser. Mouais. Paolo Guerrero va tout casser, mais pas forcément sur le terrain. Quelqu'un a dû le maudire en cette nouvelle année 2010, lui qui est né un 1er janvier. Car Guerrero va vivre une année folle. Et ça commence par un peu de douleur. Quelques mois auparavant, l'attaquant se blesse gravement au genou face au Venezuela, lors d'un match de qualification pour la Coupe du monde. Guerrero rentre en Allemagne; il a du temps, de l'argent, aussi, alors il décide d'aller s'acheter une télé, une grande (163 cm de diagonale) et qui coûte cher (12 000 euros), tant qu'à faire. Il négocie une réduc' de 2000 euros avec un vendeur, et promet de lui offrir un maillot en échange. La Porsche Cayenne du joueur ne pouvant contenir la télé, le vendeur se rend chez lui après le boulot, et la lui livre, gratuit. Guerrero fait la sourde oreille quant au maillot. Et une banane, une.

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La deuxième banane, Guerrero va la mettre à son club, Hambourg. Après son opération aux Etats-Unis, le Péruvien décide d'aller prendre du bon temps au bled. Mais il se découvre une nouvelle maladie: l'[aérophobie
. Le joueur tarde à revenir, Hambourg envoie le manager Marinus Bester, accompagné du médecin de l'équipe nationale du Pérou. Rien. Guerrero s'y reprendra à quatre fois avant de grimper dans l'avion et s'envoler vers l'Europe. Au total, il aura été absent six mois et demi. Quelques semaines après son retour sur les terrains, Paolo Guerrero atteint de nouveau les sommets, toujours de manière négative. Et ce n'est pas peu dire pour un ressortissant du pays andin. Lors d'un triste 0-0 à domicile face à Hanovre, le Péruvien est pris à partie par un supporter de Hambourg. Le joueur qui s'apprêtait à rentrer aux vestiaires, prend sa bouteille d'eau et la lui jette à la tronche. Verdict: cinq matchs de suspension et 180 000 euros d'amende au total (60 000 à payer au club, 20 000 à la Ligue et surtout 100 000 à payer au supporter touché).

Pourtant, Guerrero n'est pas un joueur violent. Du moins pas sur le terrain. Il n'a écopé que d'un carton rouge dans sa carrière, et c'était en sélection. Lors d'un match de qualif' en Coupe du Monde face à l'Uruguay en 2009, Guerrero avait traité l'arbitre de progéniture de péripatéticienne. Second jaune, exclusion. Son équipe s'inclinera 6-0, et il écopera de six matchs de suspension. Quelques jours auparavant, il s'était déjà illustré en provoquant des fans lors du match contre l'Equateur. L'un d'eux l'avait traité d'homosexuel; Guerrero avait répondu: « Je t'attends après le match devant le stade, viens si t'es un homme » .

Chaussures à virgule

Retour en 2010: après l'affaire de la bouteille, Guerrero retourne au pays, et arrive en retard à la reprise de l'entraînement de Hambourg, la faute à un accident de voiture au Pérou. En octobre 2010, lors d'un match face au Bayern, il est sorti par Armin Veh en cours de match. Furieux, il shoote contre un panneau d'une chaîne de télé. Il échappe de près à une nouvelle amende et une nouvelle suspension. Armin Veh le traite de gosse, et il a raison, parfois: quelques semaines plus tard, Guerrero écopera d'une amende de 10 000 euros pour avoir porté des chaussures à virgule lors de deux matchs de championnat alors que son contrat avec Hambourg stipule qu'il doit porter des souliers à trois bandes.

L'année 2010 s'achève. A l'aube d'une nouvelle décennie, Guerrero fait le bilan. Et il n'est pas très content de lui. Il regrette tout ce qui s'est passé, et promet d'être plus concentré sur son travail. A croire qu'il y a une bonne étoile qui veille sur lui, Guerrero a été rappelé en sélection. Alors qu'il est convoqué depuis 2004, il ne compte que 30 matchs sous le maillot de la Rojiblanca. A cause des performances de Pizarro et autres Farfan, peut-être. A cause des blessures et des suspensions, sans doute. Mais aujourd'hui, Pizarro et Farfan sont absents de la compétition, et c'est lui qui doit endosser le costume de héros. Il a déjà scoré, lors du premier match, face à l'Uruguay (1-1). Certes, nul n'est prophète en son pays. Mais Guerrero, lui, est un homme capable de bouleverser son destin. Et de s'amener lui-même sur le chemin de la rédemption.

Ali Farhat

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Un vrai casse-couilles dans Football Manager ...
La Coupe de l'America vient tout juste de débuter. Exit les Trimarans et les skippers, ce sont bien les footballeurs qui viennent en découdre en Argentine. Au menu forcément épicé : du football total, des dribles chaloupés, mais aussi quelques viandards aux crampons aiguisés. En 2011, l'Argentine et le Brésil ne sont plus les seuls maîtres à bord. Le Chili, la Colombie et l'Uruguay veulent aussi leur part du bateau.

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