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Grondona, l’indélogeable magouilleur

A la tête de la Fédération argentine depuis trente-deux, Julio Grondona a été réélu mardi pour quatre ans. Sans vergogne mais avec quelques casseroles.

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La messe était déjà dite. Mardi au crépuscule, à l’autre bout de la terre, une assemblée composée des plus puissants dirigeants d’Argentine a fait de Julio Grondona, 80 ans, le président de l’AFA pour un neuvième mandat, record absolu. Une fois encore, le « Parrain » a fait fi de toutes les attaques judiciaires et verbales pour se hisser au sommet d’un foot argentin en piteux état. Des clubs endettés, un championnat appauvri, tant sportivement que financièrement, une sélection au palmarès plat comme la Pampa : le dernier bilan de Grondona est sans doute le plus fade qu’il ait eu à présenter en trente-deux ans de règne.

Rattrapé par des affaires judiciaires (on a récemment trouvé la trace de plusieurs comptes en Suisse aux noms de proches pour un total de 22 millions d’euros), le vice-président et directeur de la commission des finances de la Fifa (depuis 1988) a vu défiler depuis le départ de l’entraîneur des champions du monde 86, Carlos Bilardo, à l’issue du Mundiale 90, sept sélectionneurs pour un bilan indigne du statut de l’Albiceleste (deux Copa América en 91 et 93, une Coupe des confédérations 92, titres décrochés lors du premier passage d’Alfio Basile sur le banc, puis plus rien en sélection A).

Un palmarès vierge depuis dix-huit ans

Son système clientéliste (il promet aux présidents de clubs de Primera et de Nacional B, la première et la deuxième divisions locales, des « faveurs » en échange de leur soutien inconditionnel) est connu de tous (gouvernement, médias et justice compris), mais le vieux caudillo (chef sud-américain) tient visiblement des dossiers sur tout le monde et devrait les emporter dans sa tombe, lui qui a un jour déclaré vouloir «  mourir sur scène  » - s’entend dans les locaux de la rue Viamonte, siège de l’AFA.

Ni les recours judiciaires lancés par deux petits clubs de province (Colon de San Lorenzo et Sportivo Guzman de Tucuman), qualifiés par Grondona lui-même de « tentatives de coup d’État  » , ni les caméras cachées révélées ces derniers jours, où on le voit notamment menacer de mort un journaliste de la télévision argentine et le producteur de l’émission, mais aussi évoquer des valises « d’argent sale » passées de l’AFA aux clubs, n’auront eu raison de celui qui se vanta un jour d’avoir battu le record de longévité du pape Jean-Paul II.

Ensuite, le fils ?

Ses derniers coups de maître ? Avoir obtenu en 2009 de l’État le versement de 100 millions d’euros annuels pour les droits de transmission du championnat (Programme « Futbol para Todos » ) et en début d’année le renouvellement du contrat de sponsoring avec Adidas pour 40 millions d’euros par saison, la même somme que l’entreprise allemande offre à l’Espagne. « Ils sont champions du monde, mais nous avons le meilleur joueur de la planète » , plaide Grondona, installé à la tête de la Fédération argentine en 1979, en pleine dictature militaire, sous la bienveillance du contre-amiral Carlos Lacoste, chargé par le président Jorge Videla d’organiser la Coupe du monde remportée par l’Albiceleste un an auparavant.

Dernier vestige d’un passé tumultueux dont l’Argentine essaie de tourner la page, Grondona se retirera définitivement en 2015, à l’issue de cet énième mandat. Mais son fils, Julito, président du club d’Arsenal de Sarandi (Primera), aimerait prendre la relève. Autant dire que les Argentins n’en n’ont pas fini avec les Grondona…


Florent Torchut, à Buenos Aires
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