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Grobbelaar, la parenthèse noire

En 1994, Bruce Grobbelaar quitte les Reds après treize ans de bons et loyaux services. Direction Southampton, et un passage marqué par un procès interminable avec le Sun. Retour sur le cauchemar de Bruce tout puissant.

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Adam Lallana, Dejan Lovren, Rickie Lambert, Nathaniel Clyne… Cette année, l’axe reliant Southampton à Liverpool sur le marché des transferts a pris des airs d’autoroute surchargée à cinq heures de l'après-midi. Pourtant, si Kevin Keegan, Jamie Redknapp ou Peter Crouch avaient auparavant évolué dans les deux clubs, il est plutôt rare de retrouver la trace d’un joueur célèbre ayant effectué le trajet de 380 kilomètres séparant deux des villes portuaires les plus emblématiques du Royaume. Un des cas les plus emblématiques est celui de Bruce Grobbelaar, et ses fameuses « spaghetti legs » . Nous sommes en 1994, et le mythique gardien des Reds, désormais âgé de 36 ans, voit depuis deux saisons son statut fragilisé par l’arrivée du prometteur, mais déjà inconstant David James, arrivé en juillet 1992. Bien qu’ayant récupéré sa place de titulaire au détriment de celui qui a déjà hérité du surnom de « Calamity James » , Grobbelaar, au cours de la saison 93-94, se trouve à un tournant de sa carrière. En effet, son ancien coéquipier devenu manager des Reds, Graeme Souness, et lui ne parviennent pas à s’entendre sur la durée de son dernier bail chez les Reds. Alors que Bruce demande une prolongation de trois ans, Souness ne l’entend pas de la même oreille : « Il m’offrait un contrat d’un an, mais j’avais besoin de stabilité pour mes filles » , déclare ainsi le Zimbabwéen, en 2011, à l’Independent.

Southampton, Sun et matchs arrangés


Ainsi, le mariage entre les Reds et Grobbelaar, long de treize belles années, jalonné de six titres de champion et d’une Coupe d’Europe, s’achève brutalement. Pas le temps pour les regrets, puisque, libre de tout contrat, Bruce rebondit finalement à Southampton. Un choix surprenant au premier abord, mais qui trouve son sens dans la campagne de recrutement ambitieuse des Saints, qui se font également prêter Ronnie Ekelund en provenance du Barça, pour accompagner Le Tissier sur le front de l’attaque. Néanmoins, alors que tous les voyants semblent être au vert pour une belle saison revancharde, les premiers mois de Grobbelaar dans le Sud du Royaume tournent rapidement au cauchemar. Le 8 novembre, alors qu’il doit prendre un vol à l’aéroport de Gatwick pour rejoindre le Zimbabwe, Grobbelaar est attendu par un parterre de journalistes. La raison ? Le Sun l’accuse, en couverture, d’avoir participé à l’arrangement de plusieurs matchs, pour le compte d’un homme d’affaires malaisien, Hueng Suan Lim, avec deux autres joueurs, Hans Segers et John Fashanu, petit frère du tristement célèbre Justin. Un ancien associé en affaires du nom de Vincent était alors allé voir le Sun, moyennant 40 000 livres, en indiquant aux tabloïds que Grobbelaar avait reçu 40 000 livres, là aussi, pour laisser filer un match face à Newcastle, tout en étant prêt à porter un micro pour faire cracher le morceau à son ancien partenaire. Va alors suivre une campagne de démolition du Sun, qui n’hésite pas à titrer : « Grobbelaar coupable : escroc, tricheur, menteur, traître. » Ce qu’on appelle une couverture à charge. Pour autant, Alan Ball, le manager des Saints à l’époque, lui maintient sa confiance, et Bruce permet aux siens de réaliser une saison très correcte, terminée par une honorable dixième place au classement général, avant de définitivement prendre place sur le banc lors de la saison 95/96. Sur le terrain judiciaire cependant, le match ne fait que commencer.

« Quelle vie j’ai eu avec 9 livres ! »


En 1997, Grobbelaar, qui a toujours plaidé non coupable, est acquitté en première instance. Puis est dédommagé de 85 000 livres en 1999 après avoir poursuivi le Sun en justice pour diffamation. Seulement, en cour d'appel, le jury se prononce en faveur du tabloïd. Finalement, Grobbelaar fait à son tour appel de cette décision devant la chambre des Lords, alors plus haute instance judiciaire du pays, qui rend le verdict final : Grobbelaar sera indemnisé d’une petite livre et devra payer les frais de justice du Sun, estimés entre 500 000 et un million de livres, entraînant son insolvabilité. « Même si je suis sorti du tribunal en tant qu’innocent, le Sun, au final, a eu ce qu’il voulait. Ce qu’il me reste dans la gorge est la manière dont cela s’est passé. Je ne connaissais pas le système. Eux, oui. Ils avaient les ressources pour me briser. Mon plus haut salaire à Southampton était de 2800 livres. J’avais mis mes filles dans des écoles privées, et mes maisons n’étaient pas à mon nom. La seule solution était la cessation de paiement » , déclarera plus tard le gardien à Four Four Two. Avant de relativiser sur cette mésaventure à oublier : « Je suis arrivé dans ce pays avec 10 livres dans ma poche et après que les Lords en ont terminé avec moi, il me restait une livre. Mais quelle vie j’ai eu avec 9 livres ! » Une belle manière de voir les choses.

Par Paul Piquard
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Dans cet article

ToxikCheese Niveau : Loisir
Oui donc Gerard Jugnot a fait du foot.... Allez y prenez nous pour des idiots !


Sinon pour redevenir sérieux, c'est ouf comme histoire ! Et la conclusion est tout à l'honneur du gars !
J'ai adoré la dernière citation !!
Franchement respect à lui d'être aussi philosophe...car ce verdict est d'une grande injustice. Comment peut on le condamner à payer les frais de justice de ce torche cul alors qu'il a été innocenté?
Car franchement si ce n'est pas de la diffamation qu'à fait le sun...
A se demander si le jury de la cour d'appel et la chambre des lords ne sont pas corrompus jusqu'à la moelle...ce genre de torchon ne mériterait qu'une chose : perdre en appel procès sur procès à en devenir insolvables. Mais avec des jury pareils ils ont encore de beaux jours devant eux. Je comprend mieux pourquoi ils sont finalement assez peu attaqués par les personnalités qu'ils traînent dans la boue.
Flying salsifis Niveau : District
Seulement 2800 livres... Même pour l'époque ça semble un tout petit salaire.

Shocking.
assez surprenant la décision de la chambre des lords donc ils donnent raison à grobbelaar mais l'indemnise d'une livre pour ensuite le condamner à payer les frais de justice qui étaient entre 500 000 et un million c'est impressionnant l'absence de logique de cette décision donc on dit clairement au sun diffamez les gens et s'ils vous attaquent ils paieront les frais de justice pas de soucis
Message posté par themiz
A se demander si le jury de la cour d'appel et la chambre des lords ne sont pas corrompus jusqu'à la moelle...ce genre de torchon ne mériterait qu'une chose : perdre en appel procès sur procès à en devenir insolvables. Mais avec des jury pareils ils ont encore de beaux jours devant eux. Je comprend mieux pourquoi ils sont finalement assez peu attaqués par les personnalités qu'ils traînent dans la boue.


Il est impossible de rendre insolvable ce "fleuron" du journalisme d'investigation qu'est le Sun.
Un titre ultra-racoleur diffamatoire ou non, véridique ou non, fera toujours plus vendre que l'amende prise dans un procès.

Et puis de toute façon le premier Lord qui donne raison trouvera sa tête en une du Sun avec une photo photoshoppée ou non le montrant en train de faire des choses pas très catholiques soit :
- Dans un costume Nazi
- Dans un cochon (mention Black Mirror/David Cameron)
- Dans un cochon en costume Nazi
- Dans un autre truc salace auquel je n'ai pas pensé ou alors la photo montrera que c'est dans lui que se passe les trucs salaces.

Et diffamation ou non, le nom du Lord est déjà trainé dans la boue et coupable aux yeux du lectorat du Sun (qui doit être toujours nombreux) si ce journal vit encore.
C'est bien le problème : ces torchons intéressent le peuple lobotomisé. C'est donc sans espoir...
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