Grève prémonitoire

Il y a 34 ans, jour pour jour, Soweto se soulevait pour protester contre l'Apartheid. Aujourd'hui quelques milliers de stadiers défilent pour protester contre les promesses de salaires non tenues. Un mouvement qui risque de leur coûter leur job. Ainsi en a décidé la Fifa.

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Plus aucune trace des blousons noirs aux abords des stades. En lieu et place, les gilets fluos de la police. Depuis mardi soir, les forces de l'ordre ont pris le contrôle du Green Point Stadium et de ses alentours. Ce jusqu'à nouvel ordre. La raison : l'armée mexicaine d'agents de sécurité privés destinée à rassurer les touristes-supporters de passage a organisé une grève surprise quelques heures avant le début de la rencontre Italie-Paraguay. Un saut d'humeur peu au goût d'une Fifa aussi souple qu'un videur de boîte de nuit face à des baskets. Le soir même, l'organisateur en chef du Mondial est entré dans une colère noire. Il a promis de « prendre des mesures » contre les grévistes. Chose promise, chose due. « Je suis à la maison en attendant un accord. La société nous a dit d'attendre un SMS. Mais je n'y crois pas trop. Je peux plus attendre. Je suis obligé de chercher un nouveau travail » , lâche Amauri, dépité.

La rumeur courait déjà avant le Mondial. Au sein même du bureau des volunteers de Durban, situé entre la plage et le flambant neuf stade Moses Mabhida, quarante huit heures avant le coup d'envoi de la cérémonie d'ouverture, assis derrière son bureau de fortune, le bedonnant responsable des bénévoles n'en peut déjà plus. Les jeunes venus des quatre coins du pays se pressent depuis la matinée pour mettre un oui ou un non sur ces bruits de salaires discount. Voire même impayés. Moins d'une semaine après, ça n'a pas manqué. Les premiers à dégainer sont les employés de l'entreprise privée Stallion Security Consortium. « Déjà le matin du match France-Uruguay, il y avait eu un mouvement de foule à l'entrée principale du public, raconte Amauri, immigré congolais. Les responsables ont calmé le truc en tombant d'accord sur 205 rounds par jour (20,5 euros). Alors qu'à la base, il était prévu 500 RZ par jour même si quand j'ai signé mon contrat, jamais on a parlé salaire. Mais lundi dernier, ils sont venus en disant “Écoutez, on sait plus comment vous payer. Vous toucherez 120”. Certains dorment à l'extérieur. Il commence à faire très froid. C'était pas possible » . D'autant que si la base du salaire est journalière, le paiement est lui moins symétrique : « L'entreprise a reçu le paiement de la Fifa. Pourtant ils ne peuvent que te donner une avance et te dire que l'autre partie sera payée à la fin du Mondial. Sauf qu'après, ils ne dépendront plus de nous. Tu vois ce que je veux dire ? » . Au QG de la société à Joburg, le téléphone sonne dans le vide.

Pour palier au repos forcé des condamnés, la cavalerie a été sifflée en renfort. « Toutes les équipes ont été appelées en urgence. Même ceux qui étaient au bar ou avec Madame ont dû rappliquer fissa » , en rigolent encore Anele, policier, 36 ans, et ses deux comparses coloured au portillon d'entrée du parking. Terminés les cours pour les aspirants de l'école de police, place à la pratique. Et le compte est bon. Ou presque. « Nos horaires n'ont pas changé. De 6 heures du matin jusqu'à 6 heures du soir. On dort environ 4 heures, car le temps de rentrer dans la banlieue, il est 10h-11h. Le matin, levé vers 4 heures pour avoir le temps de ramasser tous les collègues. Mais désormais, on est deux fois moins pour le même travail » , bavarde Anele, le sourire jaune au coin des lèvres. Aussitôt corrigé par son collègue : « Il vaut mieux la qualité que la quantité » . Satané arc-en-ciel. Et sacrée Coupe du Monde. Sièges vides, entraînements à huis-clos, grève des bus, supporters sur le carreau, vuvuzelas, 1,6 but par match de moyenne... Pendant ce temps-là, au fin fond des États-Unis, au volant de son camping-car, il y en a un qui doit se féliciter. Marco Materazzi s'est juré de ne pas regarder une image du Mondial de tout l'été.

Par Maxime Marchon, au Cap

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