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Grenat et grenade

Le match Metz-Lyon a donc été interrompu à la suite de jets de pétards sur le gardien de l’OL, Anthony Lopes, et une scène tout aussi triste que surréaliste. En attendant les décisions et éventuelles sanctions, il est temps de comprendre cette sale affaire, et d’en tirer les conséquences.

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Anthony Lopes est impuissant, la frappe est trop pure. Une « Del Piero » dans le texte : enroulé (mais du gauche), filet opposé, et premier but en carrière pour Gauthier Hein, le jeune Messin. Après un derby complètement raté, Metz mène 1-0 face à Lyon. Pourtant, la fête va être de courte durée, la débandade complète. Quelques instants à peine après ce but, on retrouve Anthony Lopes, au sol devant ses cages et la tribune est du stade Saint-Symphorien. Un pétard a explosé, visiblement trop près de lui. L’arbitre interrompt le jeu ; kinés, joueurs de l’OL mais aussi du FC Metz, comme Cohade et Guido Milan, viennent près du portier lyonnais, sonné et étourdi. C’est à ce moment-là qu’un abruti fini jette un nouveau pétard en sa direction. Tout à côté de lui. Le pétard explose, le gardien lyonnais est touché, tout comme un médecin lyonnais. La confusion est totale, la désolation plus encore. Après plusieurs minutes d’arrêt, le speaker annonce dans un premier temps que le match va reprendre. En vain. La barre des 45 minutes d’interruption est finalement atteinte par moins cinq degrés : le match ne reprendra pas, les ennuis ne font que commencer.

Destruction Derby


Il faut dire que ce match contre Lyon arrivait pour le FC Metz dans un contexte plutôt chargé. Soit un derby perdu quelques jours plus tôt à Nancy, sur le score sans appel de 4-0. Et ça, les supporters messins n’ont pas apprécié. D’ailleurs, les plus chauds d’entre eux ne se sont pas gênés pour le faire savoir aux joueurs grenat à leur retour en bus dans la nuit de mercredi à jeudi. On parle d’accrochages avec les joueurs, on dit surtout que les plus virulents des « supporters » avaient alors sous-entendu mettre la misère samedi, lors de la venue de Lyon. Et samedi soir, l’ambiance à Saint-Symphorien est effectivement un peu tendue. Une heure avant le coup d’envoi, on évoque des charges de supporters et quelques échauffourées. D’autant plus regrettable qu’il s’agit là d’une affiche, et que beaucoup sont venus en famille, voire avec leurs enfants.


Le match commence donc dans un contexte disons un peu particulier. Valentin, du site « Grenat Factory » (site indépendant de supporters grenats, à écouter pour tout amateur du club à la croix de Lorraine), raconte ainsi sa soirée : « Alors déjà, on prend la direction du stade sans grande conviction, les joueurs nous ont déçus mercredi lors de la défaite à Nancy, et il n'y a eu aucun dialogue qui a suivi. Un sentiment de je-m'en-foutisme de la part des joueurs est donc ressenti par une bonne majorité du peuple grenat. Ce même peuple sacrifie quand même une soirée avec sa copine à boire du vin chaud au marché de Noël pour voir un match qui sent tout de même la défaite face à Lyon. Il fait froid, le stade est relativement bien rempli malgré une 19e place en ne prenant en compte que les matchs depuis octobre. Le FCM bricole dans sa compo à cause des blessés, le match s'engage. Les Lyonnais sont nombreux en tribunes, et ça fait plaisir, car c'est assez rare ces derniers temps dans notre parcage visiteur. Il y a de l'animation, quelques pyrotechnies, un beau tifo déployé sur le parcage. De notre côté, grève des kops jusqu'à la 15e, banderole et calicots fleurissent en lieu et place des drapeaux. On peut lire "Impardonnable, honteux, fiasco". (À noter ici qu’une autre banderole est également visible dans les tribunes de Saint-Symphorien, assez drôle : "Le mannequin challenge, c’est dans les vestiaires.") À la 15e minute, les chants reprennent, les bâches sont installées, le FCM n'est pas mauvais, bien que malmené. Tu sens qu'il y a un coup à faire, car Lyon joue assez haut et veut à tout prix gagner ce match rapidement, ce qui nous laisse pas mal d'occasions de contre, mais notre défense reste fébrile, donc prudence. Et là, la merveille. Gauthier Hein. Un bijou en lucarne, puis l’incompréhension. Une bouteille d'eau visiblement jetée sur Lopes, puis un pétard à proximité et un autre en plein dessus. Le match est suspendu. Une quinzaine de minutes sans communication avant que le speaker annonce la reprise dans un silence de cathédrale. Ça ne reprendra pas, le préfet est entré en jeu et a dit stop. Au bout d'une bonne mi-temps sans jeu à attendre dans le froid, le speaker revient et annonce l'arrêt définitif de la partie et l'évacuation des tribunes. Scène surréaliste d'un stade qui conspue une de ses tribunes. On rentre bredouilles après avoir vu trente minutes plaisantes, mais insuffisantes. On aurait mieux fait de rester au marché de Noël. » Effectivement.

Un ultra de Kaiserslautern suspecté


Certains en particulier auraient mieux fait de rester chez eux. D’après la rumeur et ses premiers échos sur le forum du club, les mecs qui auraient jeté les pétards seraient des ultras de Kaiserslautern. Il faut dire que la « Horda » , groupe de fans messins qui a ses habitudes en tribune est, est liée avec des supporters du club allemand. Les uns vont au match des autres et se prêtent régulièrement main forte. Mais pour l’instant, l’identité des suspects reste à vérifier. En attendant, et par l’intermédiaire de son président Bernard Serin, le FC Metz s’est engagé à identifier les auteurs de ces jets de pétards et à sévir. On peut imaginer qu’en interne aussi, ça risque de secouer. Le FC Metz lui-même n’est bien évidemment pas responsable de la conduite de deux ou trois abrutis finis, mais bien d’assurer la sécurité dans son stade, et de connaître son public et ses limites. Ainsi le derby avait particulièrement échauffé les esprits de certains « supporters » , qui prennent tout ça bien trop au sérieux et manifestent régulièrement leur mécontentement de manière bien trop virulente, surtout vu la situation actuelle du club. C’est d’ailleurs ce que tweetait, en gros, l’un des joueurs du FC Metz, Georges Mandjeck, juste après le match.


En attendant les éventuelles sanctions (Match à huis clos ? Interdiction de déplacement ? Défaite sur tapis vert ? On y reviendra), cette soirée marque incontestablement un tournant dans la saison du FC Metz, que ce soit sportivement ou politiquement. Sportivement déjà, car si le club mosellan réalisait jusque-là un début de saison irrégulier, il était tout de même classé en haut de la deuxième partie de tableau, s’évitant ainsi les angoisses d’une position synonyme de relégation. Surtout, si jamais ce match est perdu sur tapis vert, voire rejoué et perdu, ce serait dommage de manquer pour trois points le maintien en fin de saison... Politiquement ensuite, car l’image messine est forcément entachée par une telle affaire. Ainsi, le club se doit de réagir, de sanctionner les coupables, mais aussi et surtout de « profiter » de cet incident pour réfléchir et améliorer la relation avec les plus « hardcore » de ses supporters.



Finalement, si un seul individu est l’auteur de ce geste et mérite d’être condamné comme il se doit, cet incident dénote tout de même un certain malaise au sein du FC Metz, qu’il serait temps de dissiper. En cette saison de promotion, certains des « vrais supporters » du club lorrain disent parfois regretter la Ligue 2, car ils s’y estimaient plus tranquilles, voire plus heureux. Si ces paroles sont à relativiser, le sentiment exprimé, lui, est réel. Il s’agit là d'un certain désamour, voire du dépit amoureux. Car qui dit Ligue 1 dit plus de supporters au stade, plus de « footix » , plus d’attention médiatique, plus de sollicitations pour les employés et médiateurs du club, qui ont du coup peut-être un peu moins de temps et d’attention à consacrer à leurs « ultras » , qui se sentent méprisés voire bafoués, comme après ce derby contre Nancy. Blessés dans leur ego et leur fierté.

Parce qu’ils l’ont suivi jusqu’au bout de la nuit, quels que soient les résultats, le niveau de jeu, les conditions climatiques ou la division – Metz détient ainsi le record d’affluence en National –, certains de ses supporters ont le droit – légitime – de se considérer comme les vrais « supporters » du FC Metz. Mais en aucun cas les seuls. À ce titre, ils se croient un peu trop tout permis, comme de punir tous les autres pour leurs seuls actes. Samedi soir, l’un d’entre eux est ainsi devenu l’ennemi de tout un club. Il fallait évidemment qu’il soit de l’intérieur.

Par Simon Capelli-Welter
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