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Grégory Sertic : « C’est la bonne saison ! »

Toujours aussi dispo, sympa et rieur, Grégory Sertic, qui parle de foot avec décontraction, s’est mis du plomb dans la tête. Avec ses 391 minutes jouées cette saison, du haut de ses 23 ans, il est une valeur montante du collectif bordelais. Même si parfois, il dit n’importe quoi. Mais bon, il aime Xavi, alors, on lui pardonne.

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Greg, comment ça va, après quatre journées de championnat ?

Ça va très bien ; sur le plan collectif, on est heureux de ce début de saison qui est très bon, même si l’on aurait pu faire mieux face à Nice (1-1, 4e journée). Mais l’objectif numéro un pour nous, le staff et les dirigeants, c’était la qualification en Europa Ligue. Elle a été dure, éprouvante, mais on a réussi. Après, sur un plan personnel, c’est bien, j’ai fait quatre matches sur six, et je suis entré en jeu lors des deux autres… Donc, tout ça, c’est très bon à tous les niveaux !

On sent que tu montes en puissance, là…

Je suis très content de ma préparation en juillet et en août ; après, il faut que ce soit régulier et pas un mois par-ci, un mois par-là. Il faut que je continue sur ça et que je sois constant, comme me le demande le coach. Mon objectif, c’est de faire une saison complète et pas en demi-teinte. Maintenant, il faut oublier l’éternel espoir et bien passer la seconde ! Mais je n’aime pas trop en parler parce que ça porte la scoumoune ! (Rires). Je dois travailler pour faire en sorte qu’il y ait un déclic. A un moment donné, il faut se rendre compte des choses : voilà, j’ai 23 ans, je ne vais pas non plus commencer ma carrière à 30 ans ! Je dois le faire maintenant, c’est la bonne saison… On a un groupe solide, on se connait tous, donc j’ai tout pour réussir.

On commence à louer ta polyvalence…

Je suis bien comme face à Évian (1ere journée), par exemple, avec Lamine Sané qui est très défensif, positionné devant la défense, quand moi, je suis un peu plus libre… Relayeur, je pense que c’est le rôle qui me convient car j’aime bien défendre, et j’aime bien courir. Après, je peux développer mon jeu et jouer pour l’équipe. Avec mon jeu long, je pense que c’est plus avantageux pour moi, aussi. Le jeu passe par nous ; avec Lamine, on touche des ballons et c’est ce que j’aime, moi, toucher la chique ! Quand tu la touches, c’est que tu es bien, c’est un plaisir.

Francis Gillot dit que « tu es capable de courir longtemps et assez vite » , soit « deux qualités remarquables à haut niveau » , dont tu dois profiter… Tout en disant aussi que peut-être tu n’en avais pas « conscience » jusque-là… Tu en penses quoi ?

Alors, c’est vrai que concernant le test des quarante mètres, j’ai été le plus rapide et j’ai fini premier. Bon, Lamine, qui court hyper vite n’était pas là… Mais ça montre que j’ai des qualités qui sont autres que la technique et la vision du jeu. Je cours longtemps et j’ai une très bonne endurance. Donc, le coach m’a dit de prendre conscience de ça… C’est aussi comme ça que je vais évoluer et grandir.

Te fixes-tu un objectif-buts ou passes décisives, cette saison ?

Non, pas particulièrement… J’essaie déjà d’être bon sur le terrain. Après, vu l’importance des coups de pied arrêtés à haut niveau, j’essaie aussi de m’appliquer au maximum dans cet exercice. Alors, peut-être qu’à terme, ça me permettra de faire des passes décisives ou pourquoi pas des buts. Mais si je joue juste devant la défense, ce sera dur, à moins de faire des passes plus longues pour les attaquants. Mais si en jouant en relais derrière, je peux en marquer un max, ce sera tout bonus pour moi.

Est-ce qu’à cause de ça, tu te fais chambrer par tes partenaires ?

Non, non… Je chambre plus que je ne suis chambré !

Et tu chambres qui, alors ?

Flo (Marange), Marc (Planus), Carrasse (Carrasso) et Matthieu (Chalmé)…

Pourquoi ceux-là ?

Parce que c’est la 9e Compagnie ! On s’entend hyper bien, on se voit à l’entraînement et en dehors car on s’est vraiment liés d’amitié. Bon, on ne rejette pas les autres, au contraire ! On s’entend hyper bien avec tout le groupe, qui tourne très bien. Ce sont juste ceux avec lesquels je m’entends le mieux. C’est notre petit groupe avec lequel on fait nos petites conneries…

Quel genre de conneries ?

Disons, quand on part en stage… ben, on retourne les chambres ! On s’occupe surtout de Rémi, l’intendant… Lui, c’est notre cible numéro un ! Notre ennemi public !

Et les coaches, vous les ciblez, aussi ?

Euh non, non, non ! On ne peut pas les cibler, parce qu’après, si on ne joue plus, on va comprendre pourquoi ! Enfin, Carrasse, lui, il ne risque rien… Mais nous, c’est plus difficile ! Non, on ne va pas faire n’importe quoi non plus !

Tu as participé au barrage de C3 face à l’Étoile Rouge de Belgrade ; ça fait quoi de jouer contre des Serbes ?

Ah ouais, d’accord… Disons que j’ai personnellement reçu des messages de la part de Croates indiquant qu’il fallait les battre, et comme quoi ils n’étaient pas copains-copains entre eux… Mais bon, je suis passé au-dessus de ça, parce que je ne suis pas croate à 100 %. J’ai des origines… mais je ne suis pas entré dans le contexte, celui qui oppose Croates et Serbes ; enfin, entre guillemets, les vrais… L’important, c’était de se qualifier car c’était très primordial pour nous.

Les messages, là, ils étaient de quelle nature : soft ou hard ?

C’étaient des messages toujours gentils, pas méchant du tout… C’est pas non plus la guerre, hein ! On sait que c’est chaud dès qu’il y a des Serbie-Croatie, mais non, rien de tout ça.

Et après les avoir éliminés ?

Alors là, j’ai reçu des messages de félicitations, et de la part d’amis serbes, aussi. Et ma prof de croate, qui est serbe… elle me disait qu’elle était certes très déçue d’être battue, mais quand même contente pour nous pour cette qualification. Il y en a eu de la part de Serbes qui n’étaient pas contents – mais ce sont des amis –, dans le sens où ils espéraient aller loin dans la compétition. Mais je leur ai dit que Bordeaux, c’était Bordeaux, et que c’était tant pis pour eux !

Donc, tu parles bien le croate…

J’apprends pas mal de mots, et je vais parfaire tout ça cette année encore… mais c’est difficile, parce que j’aimerais parler avec ma prof tous les jours, histoire de garder le rythme. Le truc, c’est que je ne la vois que deux heures par semaine, et là, c’est compliqué, parce qu’à la maison… je ne suis plus à l’école, et reprendre son classeur et l’ouvrir le soir, c’est plus trop mon désir ! C’est difficile, mais j’essaie de le faire.

Dans ces matches face à l’Étoile Rouge, as-tu été victime d’insultes de la part des adversaires, comme ça, là, dans le jeu ?

Eh bien pas du tout, au contraire ! Ils ont été plus cool avec moi qu’avec les autres ! Peut-être qu’ils croyaient que j’étais serbe, je ne sais pas ! (Rires) Comme mon nom finit en « ic » (prononcer « itch, ndlr), c’est possible. Franchement, ils ont été polis. Bon, je comprenais certaines astuces que je traduisais à mes coéquipiers, gentiment aussi. Sinon, rien à dire à ce niveau-là.

Et dans ta carrière, quelle est l’insulte qui t’a le plus fait… plaisir, sur le terrain ou en dehors ?

Alors là… Je me souviens, quand on était en finale de Gambardella, face à Rennes, Brahimi m’a dit : « Tu me casses les couilles avec tes putain de coups-francs ! » Et après, il a ajouté : « Tu ne veux pas échanger le pied gauche avec le droit, comme ça tu ne nous feras plus chier, et on gagnera tranquillement ! » J’avoue que ça m’avait bien fait rigoler… surtout que l’on perdait déjà 2-0 ! Après, faut pas se leurrer : bien sûr qu’il y a des insultes entre nous… entre joueurs de Ligue 1. Mais bon, c’est normal, c’est dans le contexte… Comme dans toute petite guerre, que l’on se livre sur le terrain, c’est logique de voir quelques petites échauffourées.

La saison dernière, tu nous confiais ne pas être « très chalant » . Est-ce que tu l’es un peu plus maintenant ?

Oui, un peu plus, toujours… (Rires) C’est vrai que là, j’ai connu un grand moment de solitude… Même ma mère m’a remis droit. C’est sorti comme ça… Ne vous inquiétez pas, j’ai des diplômes, quand même… Mais je ne l’ai pas remarqué sur l’instant, et ça a fait rire du monde. Tant mieux pour tous, mais il y a des gens qui font beaucoup de conneries, que ce soit à la radio ou autres, là… tous ceux qui se moquent, qui parlent et rigolent sur les autres, mais quand ça tombe sur eux, ils font moins les malins ! Bon, tout ça, c’est pas grave, c’est comme ça, ça ne m’a pas blessé. J’ai de l’humour, aucun souci ! Mais un jour, j’aurai l’occasion d’écouter une certaine radio, et je me rappellerai de quelqu’un…

Quelle radio ?

Non, non, j’attends de voir… je ne veux pas citer. C’est bon enfant… Allez, j’aime bien les plaisanteries, c’est rien, tout ça !

Oui, mais ta mère, elle t’a allumé…
Elle s’est un peu moquée de moi, aussi, parce qu’elle sait que chaque fois que je viens en conférence de presse, j’essaie de bien parler. Donc, là, c’est parti sans le vouloir… et ça a désolé ma famille ! (Rires)

Bon, c’était une connerie rigolote, mais d’autres de tes confrères en font des plus tristes, parfois. Est-ce pour ça que l’image du footballeur pro n’est pas bonne aujourd’hui ?

C’est vrai qu’elle n’est pas très bonne, mais il ne faut pas non plus tous nous mettre dans le même panier. Il y a aussi beaucoup de pression sur les joueurs et il est normal que certains dérapent. On ne peut pas tous les excuser, mais il faut les comprendre aussi ; la pression qu’il y a eue lors de la Coupe du Monde et de l’Euro, c’est dur… Bon, je défends les joueurs parce que j’en suis un, mais c’est sûr aussi que certaines choses ne devraient pas être dites. Le gars, à un moment, il pète un plomb et c’est dommage. Pour tout. Sa notoriété en prend un coup, aussi. Mais c’est délicat, en tant que joueur…

Quel est ton joueur préféré ?

Moi, j’aime bien Xavi, de Barcelone. On dirait qu’il n’a jamais de pression… il joue tellement simple et tellement propre dans tout ce qu’il fait… Il a une qualité de relance, de passe, que ce soit court ou long, c’est pour moi un petit phénomène… Il perd deux ou trois ballons par match, contre le Real Madrid, Chelsea ou n’importe quelle équipe au monde… En plus, il joue un peu à mon poste, relayeur… C’est vraiment un exemple à suivre, un modèle. Il est excellent !

Un mot sur le prochain match, à Valenciennes, samedi ?

C’est une bonne équipe, qui est en haut du classement (6e, 7 points) et qui fait de bons résultats, surtout à domicile, contre Ajaccio, qu’ils ont battu 3-0 (3e journée), tout en perdant de justesse ensuite, à Lyon (3-2). Donc, attention. Je pensais que la perte de Renaud Cohade (Saint-Étienne) allait leur faire du mal, mais je vois que non ! Ils ont un bon groupe, peu changé de joueurs, un peu comme nous… Il ne faudra pas trop se livrer, parce que je sais qu’ils ont de bons attaquants, notamment avec Dossevi et Danic, duo qui ne fonctionne pas mal… A nous de rester dans notre continuité…


Propos recueillis par Laurent Brun, au Haillan
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