Grégory Arnolin : « J'essaie de préparer la reconversion en jouant »

Grégory Arnolin a passé une bonne partie de sa carrière au Portugal avant de rejoindre le FC Goa la saison dernière. Un fin connaisseur de la culture portugaise donc, mais aussi un manager au sein de la structure de gestion sportive ProEleven. Interview d'un type qui a de la suite dans les idées.

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Comment a commencé ton parcours dans le foot ?
J'ai commencé à Montfermeil. J'ai fait ma formation au Red Star, puis 4 mois au PSG à 15 ans, j'ai même pas eu le temps de jouer en compétition. Après, j'ai fait plusieurs clubs : Livry-Gargan, Les Lilas, Torcy... J'ai rebondi à Villemomble, en DH. J'avais toujours le rêve d'être un footballeur professionnel. À Villemomble, on est venu me voir, une équipe portugaise de 3e division, ils m'ont demandé si je voulais tenter. J'ai dit « En France, on ne me donne pas ma chance, alors OK, pourquoi pas ! » À ce moment-là, je passais des diplômes, j'étais en licence STAPS, mais j'ai décidé de risquer et voilà ! Aujourd'hui, je ne m'en plains pas.

« Zico voulait me retenir cette saison, j'y retourne en septembre »

Tu as fait l'essentiel de ta carrière dans la péninsule ibérique...
J'ai fait un an et demi en 3e division, après je suis passé en 1re, ça fait presque 10 ans : Gil Vicente, Marítimo, Guimarães. J'ai été vendu en Espagne où j'ai fait 4 ans. Je suis revenu à Paços de Ferreira pour 6 mois. On a fait le préliminaire de Ligue des champions, contre le Zénith, on a perdu les 2 matchs, 4-1 à la maison, 3 ou 4-0 chez eux. Du coup, on a joué en Ligue Europa, contre la Fiorentina, le Dnipro, et une autre équipe, je sais plus, une équipe de Roumanie... J'ai fait 6 mois, après j'ai passé 6 mois sans rien faire, parce que je voulais prendre un peu de recul. C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à penser à la suite, avec ProEleven. Le patron, Carlos Gonçalves, est un ami, un conseiller depuis mon passage à Guimarães en 2008.

Mais d'abord, un passage en Inde avec Zico et Pirès ?
L'année dernière, j'ai été drafté, je suis tombé à Goa, et ça s'est bien passé. Je suis tombé sur un des meilleurs endroits. Y a la mer, ils aiment bien le football, puis Zico, Robert Pirès... C'était super. Goa, c'était portugais, Zico parle portugais, il y avait des joueurs portugais... Je pouvais pas demander mieux ! Au bout de la première partie, on était dans les derniers. On a fini 2es, on a fait les play-offs, et on s'est fait sortir aux tirs au but contre Kolkata, qui a gagné à la fin. Mais avec Zico, l'objectif, c'est toujours de gagner. Il a voulu me retenir pour cette saison, donc j'y retourne en septembre.

Ça ressemble à quoi le foot en Inde, sur le terrain et dans les tribunes ?
Il y a de très bons joueurs. Les gens peuvent avoir une image différente, parce qu'il fait 33-34 °C, alors le jeu peu paraître lent. Une D2 en France peut-être... Non, le niveau en France, je connais pas. Au Portugal, ce serait une bonne D2, ou une D1 qui vient de monter. Quant aux tribunes... L'année dernière, le stade où il y avait moins de monde, c'était le nôtre, et il y avait toujours entre 25 000 et 35 000 personnes, plus 20 000 dehors qui ne pouvaient pas entrer parce qu'il manquait de billets. Franchement, c'est un exploit, ils ont commencé très, très fort. Il y a des choses à améliorer, mais ils font ça bien.

« L'unique sortie, c'est d'émigrer »

Tu n'as jamais songé à revenir en France ?
Je ne suis pas rancunier, mais la France ne m'a rien donné, niveau foot. J'ai dû émigrer pour montrer mon talent, partir à l'étranger pour qu'on parle de moi. Les gens maintenant savent qui je suis. En dehors des frontières, les gens font pas attention aux préjugés, d'où on vient... C'est ce qu'on montre sur le terrain qui est valorisé. C'est un petit peu dommage, car mon exemple, il y en a beaucoup en France. Et l'unique sortie, c'est d'émigrer.

La suite pour toi, c'est donc le management sportif ?
Carlos Gonçalves (le fondateur de ProEleven), je le connais comme mon grand frère, comme mon père au niveau du foot, il m'a beaucoup aidé. On fonctionne sur une base de confiance, il n'y a jamais eu de contrat de signé. Ce n'est pas l'amour, mais c'est à peu près la même chose... Il m'a dit « Prochainement, tu vas être avec moi » , et depuis un petit bout de temps, on travaille ensemble. Il aime bien ma manière de voir les choses, j'aime bien sa manière de voir les choses. Il n'y a rien d'officiel, mais ça fait un moment que je suis dedans. Je dois préparer ma reconversion, j'arrive à un âge où il faut que je pense au futur, c'est un monde qui me plaît beaucoup, et voilà quoi ! On m'a confié la partie championnats francophones, avec les contacts que je peux avoir, ça m'aide beaucoup. J'aime bien ce monde, et pourquoi pas, après ma carrière, y rester. Tout ce qui est management, agent, ça m'intéresse.

« Les contacts que je me suis faits, il faut s'en servir ! »

Concrètement, comment se passe le boulot ?
Je suis responsable de la filière française. Que ce soit des joueurs portugais qui veulent aller en France ou des Français qui veulent venir au Portugal, je fais un peu tremplin, quoi. D'ici peu, je vais ouvrir une porte, avec des joueurs auxquels on a pensé, Carlos et moi, pour les placer dans le championnat de France. C'est un championnat qui met beaucoup en vitrine les joueurs, ça peut être intéressant. On est 18 personnes, on fait le travail de scouting, les joueurs sont vus. Si on part sur certains joueurs, c'est qu'il y a quelque chose de concret. Les joueurs sans agents aussi, ça peut nous intéresser. Le but, c'est de trouver des sorties pour les joueurs, plus que des entrées, parce que des entrées, il y en a beaucoup.

Tu es très sollicité ?
On a au moins 120 actifs, beaucoup de joueurs. On a Marco Rojo de Manchester, Marco Silva de l'Olympiakos, Villas-Boas... Tu peux pas t'imaginer le nombre de messages que je reçois, de personnes qui veulent être avec nous, vu le succès de la boîte. Mais maintenant, on est de plus en plus sélectifs. En fonction des besoins des clubs, on sélectionne le type de joueurs qu'on veut, en France ou dans les autres pays. Mais c'est vrai que les joueurs français sont bien vus, notamment au Portugal.

Quand penses-tu prendre le virage définitif de ta carrière à la reconversion ?
Ça va dépendre de mon corps. Quand je ne pourrai plus, quand je ne prendrai plus de plaisir. Après, j'ai mes diplômes d'entraîneur aussi, le but c'est surtout de rester dans le football. C'est le problème des joueurs, la reconversion, vu la durée de la carrière. Moi, j'ai anticipé un peu, j'essaie de faire la transition en jouant, pour ne pas sentir un vide entre ma carrière de footballeur et ce que je vais faire après. Avec les contacts que je me suis fait au Portugal, en Espagne, ça peut m'aider, donc faut s'en servir ! Pour l'instant, c'est de l'organisation. En Inde, je fais seulement 4 mois par an, donc ça va pour gérer les 2 de front.


Propos recueillis par Eric Carpentier
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c'est moi ou sur la photo, sous les chaussures, il lui manque des crampons ?
Tu ne devais pas être encore né lorsque la COPA MUNDIAL était la chaussure de référence. Donc pour ton information, c'est une paire de chaussure en cuir de vachette équipée de crampons moulés. Généralement tu la portes sur terrain sec. Sur terrain souple ou gras, il y avait la WORLD CUP qui etait équipée de crampons vissés. Bref! Ce joueur a préféré la solution alternative qui etait assez répandue à l'époque. C'est à dire, dans les années 90- début 2000, jouer sur terrain gras avec des COPA en l'équipant comme une WORLD CUP. Tu coupes à la scie les crampons moulés et tu mets 6 crampons alu sur la chaussure à l'aide de cheville. Avant de balancer ta vanne, instruis toi un minimum. Tu paraitrais moins con que tu ne l'es en réalité.
C'était peut etre une simple question.

Mais ta réponse, bien que condescendante, est fort instructive.
J'avais jamais vu quelqu'un se vexer pour une sombre histoire de crampons...
"Je ne suis pas rancunier, mais la France ne m'a rien donné, niveau foot".

Ben si, ta formation, tu le dit toi-même 30 secondes avant.
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