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Green Lanterne

Dernier de Premier League avec son équipe des Queens Park Rangers, Robert Green devrait, sauf départ, goûter à nouveau aux joies de la deuxième division anglaise. Une mauvaise habitude pour un bonhomme au destin pas clément, moqué, blessé, parodié en Lego et qui expérimente sa quatrième descente.

Quand Robert Green cherche ses mots, il le fait en silence. En zone mixte, le bonhomme réfléchit, pose son regard sur le vide de ses pensées et reprend le fil de son discours en regardant dans les yeux : « C'est assez désespérant… On avait vu venir la relégation ces dernières semaines, tout le monde gagnait là où on perdait. Personne ne nous a attendus, c'est la brutalité de ce championnat. » Franc, clair, écrémé. Depuis ses débuts professionnels à Norwich City, l'Anglais en a assez pris dans la poire pour savoir tenir sa langue. Le dimanche 10 mai dernier, coïncidence de l'histoire ou triste ironie de son parcours de footballeur, son équipe s'est inclinée 6-0 face à Manchester City, le même score que lors du match de descente des Canaris de la saison 2004-2005. C'était face à Fulham, il y a presque dix ans jour pour jour. Et Green était déjà dans les cages.

Largué la veille


Relégué de Premier League pour la quatrième fois de sa carrière, le surnommé « Rob-bish » - rubbish signifiant « ordures  » en VO - rejoint sur le papier une liste de malchanceux plus ou moins notables. Le sulfureux attaquant britannique Marcus « en-couple-avec-Danielle-Lloyd » Bent, par exemple, ou le milieu de terrain écossais Nigel Quashie, sans oublier Carlton Palmer, pantin longiforme qui porte la réputation de pire joueur de l'histoire des Three Lions d'après un reportage de la BBC. Seul l'Islandais Hermann Hreidarsson, cinq descentes avec Ipswich, Charlton, Portsmouth, Crystal Palace et Wimbledon, et Nathan Blake, buteur gallois de Sheffield United, Blackburn, Wolverhampton et Bolton - deux fois - peuvent présenter un total plus élevé.

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Seulement, à la différence de ses prédécesseurs, Green aligne un CV international d'une tout autre facture. Sélectionné pour la première fois en 2004 contre la Hongrie, la Lanterne fait partie de la sélection nationale pour la Coupe du monde 2006, mais se blesse à l'aine lors d'un match amical contre la Biélorussie, envoyant valser les rêves allemands de sa bouille de Hobbit. Quatre ans plus tard, c'est LA boulette. Une erreur de main face à Clint Dempsey, et les États-Unis arrachent le match nul 1-1 en ouverture du Mondial sud-africain. Green est viré, moqué, parodié en Lego, son trentenaire de remplaçant David James en profite pour lui chiper sa place sur le terrain et on apprendra plus tard que le gaillard s'est fait lourder par sa belle Elisabeth Minett à la veille du départ. Dur.

Frédéric Piquionne, qui a côtoyé le portier entre 2010 et 2012 à West Ham, décrit un personnage « très réservé au quotidien » , qui n'a « jamais parlé de cette Coupe du monde. J'avais signé là-bas juste après, et il n'avait pas du tout le comportement de quelqu'un en manque de confiance. Pour avoir aussi connu David James (à Portsmouth, ndlr), les deux bossent énormément à l'entraînement. Après, les gardiens anglais ne sont pas réputés pour être les meilleurs au monde…  » Une goguenardise à laquelle Green n'est d'ailleurs pas innocent.

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Si ses initiales le couronnent « RG » , le gamin, jamais très bien servi par la vie, est plus à l'aise sur terre que sur gazon. Jeune, il peine d'ailleurs à trouver son oxygène sous le maillot jaune et vert de Norwich, la faute à un environnement trop football-centré : « Il n'y avait rien à 100 km à la ronde. Tout le monde supportait Norwich, tout le monde te jugeait sur ta manière de bouger, de marcher et de parler. Il n'y avait aucun moyen de s'en échapper. » Interrogé par le Guardian en début de saison, Robert Green confiait « (avoir) eu une période où je ne prenais plus la peine de parler à personne, simplement parce que je ne pensais pas que quoi que ce soit de bon en ressortirait. Je suis passé à autre chose maintenant.  » Pourri par une ère d'explosion des réseaux sociaux et de vidéos Youtube, l'Anglais a vécu l'Euro 2012 sur le banc des remplaçants, suppléé par Joe Hart dans le cœur de Roy Hodgson. Une place que certains attribuent à sa bévue sud-africaine : « C'est leur problème. J'ai probablement joué… combien de matchs depuis ? Je ne sais pas. Quelques centaines sûrement ? Ma vie ne s'est pas arrêtée là » , balance le geôlier à ceux qui doutent encore de sa fiabilité.

«  S'arracher les cheveux au milieu de la nuit »


Le bonhomme est meurtri, mais ne se plaint pas, encaisse les railleries, et tente de passer au-dessus. De toute façon, Robert a ressenti très tôt le besoin de se détacher du ballon rond pour mieux y revenir sur la pelouse : « Je ne suis pas un homme politique. Il y a une certaine gravité quand on joue au football, et tu peux perdre conscience des autres choses de la vie. (…) Ce n'est pas que je ne prenne pas le job sérieusement, (…) mais si je ne me relaxe pas à la fin de la journée, je vais m'arracher les cheveux au milieu de la nuit en m'inquiétant à propos du prochain match, alors qu'il ne se joue que dans une semaine. »

Aujourd'hui promis au Championship, Robert Green est annoncé du côté de Chelsea pour remplacer Petr Čech au cas où celui-ci irait découvrir l'herbe d'un autre stade. Un transfert, sûrement le dernier, qui ferait certes taire bien des bruits de couloir, mais toujours dans le calme : « La plupart des gens qui me critiquent n'ont jamais reçu la frappe d'un gars qui gagne sa vie en marquant des buts. La balle file à 110km/h et si vous la touchez avec la mauvaise partie de votre main, elle rentre. Elle peut dévier de 10cm dans l'air, vous toucher ce doigt-ci au lieu de ce doigt-là, taper le poteau et rentrer, et vous êtes critiqué. Non, je n'attends pas des gens qu'ils comprennent cela, cela serait trop compliqué. » Plus compliqué que de se moquer d'une boulette, c'est sûr.

Par Théo Denmat
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